Paris: Reporters sans frontières demande la libération immédiate du Père Guy Theunis

«Accusations sans fondement» lancées par le régime de Kagame

Paris, 13 octobre 2005 (Apic) L’organisation de défense de la liberté de la presse «Reporters sans frontières», basée à Paris, réclame la libération immédiate du missionnaire belge Guy Theunis, un Père blanc incarcéré dans les geôles rwandaises.

Le missionnaire d’Afrique, qui gêne le régime du président Kagame, a été arrêté à Kigali le 6 septembre 2005 et emprisonné sous l’accusation «d’incitation au génocide, de révisionnisme et négationnisme». L’organisation, qui a rencontré le Père Theunis en prison, affirme que «les accusations portées contre lui n’ont aucun fondement».

«Reporters sans frontières» rendra public très prochainement un rapport détaillé sur cette affaire, notamment sur l’ensemble des «accusations» portées contre le Père Theunis. L’organisation a enquêté sur les accusations de «négationnisme» et «d’incitation à la haine ethnique» retenues contre le prêtre lors de son audience devant un tribunal populaire, le 11 septembre. Une délégation de RSF, qui s’est rendue au Rwanda du 30 septembre au 6 octobre 2005, a pu rencontrer le Père Guy Theunis, ancien responsable de la revue catholique rwandaise «Dialogue», actuellement incarcéré à la prison centrale de Kigali.

L’organisation de défense de la liberté de la presse assure que les conditions de détention du religieux sont correctes. Mais après avoir rencontré les principaux témoins à charge et recueilli de nombreux témoignages et documents, elle confirme que rien ne justifie l’arrestation du Père Theunis.

«Les accusations portées contre lui n’ont aucun fondement. Rien, dans les documents présentés lors de l’audience devant la gacaca (tribunal populaire chargé de juger les auteurs présumés du génocide de 1994, ndr) -, ni ultérieurement, ne prouve que Guy Theunis aurait incité d’une quelconque façon à la haine ethnique ou nié l’existence du génocide rwandais de 1994», souligne RSF.

Une affaire «politique» ourdie par des cadres du FPR

Cette affaire est politique, affirme «Reporters sans frontières». Aucune enquête n’a vraisemblablement été menée en amont par les autorités judiciaires. Il semble que le parquet rwandais a signé un mandat d’arrêt sous la pression de certains cadres du Front patriotique rwandais (FPR, au pouvoir), dont certains ont témoigné contre Guy Theunis lors de son audience devant un tribunal populaire.

«Par ailleurs, affirme l’organisation, la promesse faite par le gouvernement rwandais d’extrader Guy Theunis vers la Belgique à la seule condition qu’un procès ait lieu à Bruxelles n’est pas acceptable. En effet, les éléments produits par la justice rwandaise ne justifient même pas la tenue d’un procès.»

Le 11 septembre 2005, à l’issue d’une audience publique qui ressemblait plus à un simulacre qu’à l’exercice de la justice, une gacaca du district de Rugenge (Kigali) a placé le Père Guy Theunis dans la catégorie 1 des individus accusés d’avoir une responsabilité particulièrement grave dans le génocide de 1994. Il a aussitôt été renvoyé à la prison centrale de Kigali.

Le Père Theunis a été accusé d’incitation à la haine et au divisionnisme, notamment pour avoir publié des extraits d’articles du journal extrémiste «Kangura» dans une revue de presse éditée par «Dialogue». Ce travail avait pour objectif d’informer les abonnés des dérives des médias extrémistes.

Le Père Theunis a été arrêté le 6 septembre à l’aéroport de Kigali alors qu’il s’apprêtait à prendre l’avion pour retourner en Belgique. Il s’était rendu dans l’est de la République démocratique du Congo voisine pour participer à un séminaire sur la paix et la réconciliation.

Un témoin gênant

Citoyen belge, né à Schaerbeek (Bruxelles) le 1er juillet 1945, le Père Theunis a été ordonné prêtre le 21 juin 1969 dans la Société des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs). Il est arrivé pour la première fois au Rwanda le 15 septembre 1970. Après avoir appris le kinyarwanda, et après plusieurs années de pastorale et d’enseignement, il est nommé responsable des moyens de communication sociale à Kigali, responsabilité qu’il assume de 1989 à 1994. Un témoin gênant, en quelque sorte!

Agé de 60 ans, ce missionnaire belge, membre de la Société des missionnaires d’Afrique, est le premier ressortissant étranger à comparaître devant les gacacas, ces tribunaux populaires mis en place pour juger les centaines de milliers d’individus toujours détenus et accusés d’être impliqués dans le génocide de 1994. Le nonce apostolique au Rwanda avait vu dans l’arrestation du missionnaire Père blanc un signe préoccupant pour l’Eglise au Rwanda. (apic/com/rsf/be)

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