Amnesty International, l’ACAT et lifespark contre la barbarie

Suisse: Vaste campagne d’opinion contre la peine de mort dans le monde

Fribourg, 14 octobre 2005 (Apic) Une vaste campagne contre la peine de mort dans le monde a été lancée à travers toute la Suisse du 6 au 16 octobre 2005 par trois organisations: Amnesty International, l’ACAT et lifespark. Cette caravane militant pour l’abolition de la peine capitale a fait escale jeudi à Fribourg et vendredi à Genève.

Parmi les orateurs invités, Harry Wu, un rescapé des «laogai», les goulags chinois, a présenté des «photos volées» d’exécutions de femmes condamnées à mort. Si Amnesty International parle «d’au moins 3’400 exécutions» l’année dernière en Chine, les suppliciés seraient plutôt une dizaine de milliers.

«Nous n’avons cependant pas d’informations exactes, car il n’y a pas de publication officielles», explique Harry Wu, un dissident détenu 19 ans durant dans les camps de travail chinois, et aujourd’hui réfugié aux Etats- Unis.

La peine de mort, «un instrument pour instiller la peur au sein du peuple»

Dans la Chine communiste, les exécutions sont publiques, «devant la foule rassemblée dans les stades qui ne servent pas qu’aux joutes sportives». Des personnes sont exécutées pour trafic de drogues ou crimes de sang, mais également pour des crimes en col blanc, comme la fraude fiscale et les détournements de fonds. Pékin ne parle pas d’abolition de la peine de mort, insiste-t-il, car «c’est un instrument pour instiller la peur au sein du peuple».

L’historien américain Rick Halperin, qui enseigne la politique des droits humains à l’Université méthodiste du Sud, à Dallas, a rappelé que le mois prochain, on assistera à la 1000e exécution aux Etats-Unis depuis la fin du moratoire et la reprise des exécutions capitales, en juillet 1976. Le professeur a affirmé que son pays, où 3’400 personnes attendent dans les couloirs de la mort, reste l’un des pires violateurs des droits humains dans le monde. Et malheureusement, a-t-il souligné, il n’y a pas de leadership pour l’abolition dans l’opposition démocrate, alors que le président Bush joue à fond la carte de la peine capitale.

Les Etats-Unis au banc des accusés

Dans les couloirs de la mort, a-t-il affirmé, des gens attendent leur exécution 10 ans, parfois 20 ans: «C’est une terreur de tous les jours, les condamnés subissent une véritable torture psychique et physique, on exécute des jeunes, des vieillards, des gens malades, psychiquement atteints!» Et de déplorer, en évoquant les nombreuses erreurs judiciaires, «qu’on admette même qu’il est légal aux Etats-Unis de tuer des innocents.».

Cependant, affirme le président de la section américaine d’Amnesty International, la fin de la peine de mort approche aux Etats-Unis, «même si l’on ne sait pas quand cessera cette barbarie!» Ce n’est pas sa compatriote Martina Correia, qui vient de l’Etat de Géorgie, qui va le contredire: son frère attend son exécution dans les couloirs de la mort. Elle affirme qu’il est innocent et que la justice le sait, «car il a été victime d’un procès parmi les plus injustes et les plus racistes que j’aie jamais vécus».

Frappée d’ostracisme par sa communauté

Frappée d’ostracisme par sa communauté parce que son frère a été condamné pour le meurtre d’un officier de police, elle a dû quitter l’armée où elle a passé une bonne partie de sa jeunesse comme infirmière. «On a tenté de m’empêcher de lutter pour sauver la vie de mon frère, me faisant comprendre que c’était une activité antigouvernementale.» Elle a découvert à cette occasion qu’il valait mieux dans son pays ne pas être d’une famille pauvre et de couleur.

Exilée en Allemagne après que son mari ait été assassiné et elle-même menacée de mort pour s’être engagée dans le mouvement féministe et contre le régime de l’ayatollah Khomeiny, l’Iranienne Mina Ahadi milite plus particulièrement contre la lapidation. Une pratique barbare qui n’a à ses yeux rien à voir avec le Coran, texte fondateur de l’islam, mais qui sévit encore au Pakistan, en Afghanistan, au Soudan, en Iran, et plus récemment au Nigeria. Mina Ahadi a déploré que le thème de la lapidation soit quasiment un tabou en Occident, «personne n’en parle, personne ne veut voir!»

Prônée par «l’islam politique», la lapidation ne doit jamais être acceptée au nom du relativisme culturel ou du droit à la différence, insiste-t-elle, car il en va de l’universalité des droits humains fondamentaux. La militante iranienne a également dénoncé le fait que dans son pays, on exécute les gens dans la rue, même des femmes et des enfants. Mais cette femme, qui a perdu de cette façon 7 membres de sa famille, affirme que ses compatriotes sont en majorité opposés à la peine de mort. «Le régime islamique de Téhéran est sous pression, et nous avons déjà pu sauver plusieurs personnes de la mort», avance-t-elle.

Parmi les autres orateurs invités, la Marocaine Fatna El Bouih a passé cinq ans en détention comme prisonnière politique. Aujourd’hui elle est activement engagée dans la Coalition marocaine contre la peine de mort et au sein de l’Observatoire marocain des prisons. Si elle se réjouit de voir l’Afrique sur le chemin de l’abolition de la peine de mort, elle a dit ses craintes quant à la nouvelle loi antiterroriste adoptée suite aux attentats terroristes qui ont frappé la ville de Casablanca le 16 mai 2003.

C’est également l’espoir de voir la disparition de la peine capitale sur le continent noir qui anime le militant soudanais Hashim Mohammed Ahmed, réfugié à Londres. En attendant, il relève qu’au Soudan, la justice n’est pas impartiale et des innocents sont exécutés. Il dénonce également le fait que l’on pratique des amputations avant de supplicier des accusés, dont certains sont même crucifiés.

Actif au sein de l’Organisation soudanaise contre la torture (SOAT), il a témoigné dans le cadre de la Commission des droits de l’homme de l’ONU à Genève. «Grâce aux campagnes abolitionnistes, a-t-il déclaré à l’Apic, j’ai l’espoir de voir un jour l’Afrique libre de la peine de mort». JB

Encadré

Une tendance abolitionniste majoritaire dans le monde

Jusqu’à aujourd’hui, la majorité des Etats dans le monde ont totalement aboli la peine de mort ou ne l’appliquent plus, même si elle figure toujours dans leurs lois. Dans 76 pays, la peine de mort est toujours en vigueur. En 2004, au moins 3’797 personnes ont été exécutées dans 25 pays, mais ces chiffres sont encore bien en dessous de la réalité, a expliqué jeudi à Fribourg Manon Schick, porte-parole de la Section suisse d’Amnesty International. En Afrique, si la majorité des pays ont soit aboli la peine capitale, soit adopté un moratoire, 20 Etats la pratiquent encore. Mais un gros point noir reste la Chine, avec 3’400 exécutions (en réalité peut-être trois fois plus) documentées. (apic/be)

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