La religion fait face à de nouveaux défis dans l’hexagone

France: Portrait de l’Eglise réformée de France pour conclure les assises de l’ARM

Evian, 19 octobre 2005 (Apic) Cent ans après la séparation officielle des Eglises et de l’Etat en France, la position laïque du pays se trouve confrontée à de nouveau défis posés par des changements dans le paysage religieux, a constaté le président du Conseil national de l’Eglise réformée de France, le pasteur Marcel Manoel.

Les protestants – une petite minorité en France qui a été historiquement persécutée – se sont félicités de la séparation entre les Eglises et l’Etat en 1905 parce que celle-ci leur permettait d’exister « sur un pied d’égalité avec le catholicisme », a rappelé le pasteur Manoel durant une réunion du Comité exécutif de l’Alliance réformée mondiale (ARM), à Evian, sur les rives du lac Léman, tenue du 6 au 15 octobre.

Mais le changement intervenu dans le paysage religieux en France engendre des méfiances, des conflits et une certaine « raideur laïque », a fait remarquer le pasteur Manoel dans sa présentation au Comité exécutif de l’ARM, qui regroupe 75 millions de protestants à travers le monde.

Parmi les changements soulignés par le pasteur Manoel figurent la croissance de l’islam et « l’irruption » de nouvelles religions. Même s’il n’existe aucune statistique officielle sur les appartenances religieuses, les musulmans devraient représenter entre 5 et 10% des 60 millions d’habitants en France.

Pourtant, a ajouté le pasteur Manoel, « la présence musulmane est devenue plus visible mais il n’y a aucune certitude à propos de la question de savoir si la façon dont ils [les musulmans] pratiquent leur religion ne changera pas profondément dans une culture laïque ».

Ces dernières années, le port du foulard dans les écoles par des étudiantes musulmanes a provoqué un débat animé, et l’adoption par le Parlement d’une loi contre les sectes en 2001 a suscité de vives critiques de la part de responsables protestants et catholiques.

Protestantisme toujours favorable au régime de laïcité

Le protestantisme reste largement partisan du régime français de laïcité car il empêche « toute prise de pouvoir religieuse en politique », a expliqué le pasteur Manoel. Mais, a-t-il averti, la liberté religieuse n’est plus vraiment garantie à certains: « groupes évangéliques soupçonnés d’être des sectes dangereuses, Eglises issues de l’immigration soupçonnées de menées politiques, voire mouvements ou oeuvres discriminés parce qu’ils annoncent une identité protestante ».

Parmi les groupes religieux nouvellement établis en France figurent des Eglise issues de l’immigration que l’on retrouve dans les grandes villes et qui, pour beaucoup, ont des difficultés avec les autorités. Ceci signifie que les Eglises établies depuis plus longtemps doivent réagir: « Nous devons témoigner de notre solidarité. »

Mais la croissance des Eglises issues de l’immigration touche aussi les Eglises traditionnelles, a expliqué le pasteur Manoel. « Au début, elles étaient des Eglises ethniques qui se sont ensuite ouvertes au public, et aujourd’hui des Français deviennent membres de ces Eglises. La question est de savoir montrer que dans notre diversité nous sommes la seule Eglise universelle de Jésus-Christ. »

De diverses façons, l’Eglise réformée, qui rassemble environ 300’000 personnes et est la plus grande Eglise protestante de France, connaît également des changements radicaux.

La réalité des chiffres

Le nombre de membres actifs a été réduit de moitié en cinquante ans, et les paroisses des zones du protestantisme traditionnel – en particulier des zones rurales – a connu un fort déclin. Par ailleurs, il y a eu une perte de 30% du nombre des pasteurs. Pourtant, le nombre des paroisses en zones urbaines comme Paris, est aujourd’hui en augmentation, et il y a davantage de personnes, en particulier des femmes, qui désirent devenir pasteurs.

Autrefois, la participation à l’Eglise protestante était transmise par la famille, a rappelé le pasteur Manoel. Aujourd’hui l’intérêt pour l’Eglise protestante est également manifesté par des personnes sans liens traditionnels avec l’Eglise réformée, comme des catholiques déçus par leur Eglise, des évangéliques ou des non-croyants.

« Le nombre est sans doute plus petit, mais la militance est plus grande », a estimé le pasteur Manoel. « Nous commençons à voir une nouvelle façon d’être l’Eglise qui s’occupe moins de l’organisation de ses membres pour les aider davantage à témoigner dans la société contemporaine ». (apic/eni/pr)

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