Berne: La Fédération des Eglises protestantes publie le rapport «Globalance»

Perspectives chrétiennes pour une mondialisation à visage humain

Berne, 21 octobre 2005 (Apic) Après l’achèvement en septembre dernier du Sommet du Millénaire +5 à New York, c’est le « Cycle de Doha » de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui devrait s’achever en décembre prochain à Hong Kong. « L’année 2005 sera donc décisive pour la construction d’une mondialisation respectueuse de l’être humain », affirme la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS).

Au cours d’une conférence de presse vendredi à Berne, le Conseil de la FEPS a présenté un document fouillé, intitulé « Globalance – Perspectives chrétiennes pour une mondialisation à visage humain ». L’étude est réalisée par Christoph Stückelberger, ancien secrétaire central de l’oeuvre d’entraide « Pain pour le prochain » (PPP) et directeur depuis la fin de l’an dernier de l’Institut de Théologie et d’Ethique (ITE) de la FEPS, et l’Allemande Hella Hoppe, spécialiste des questions économiques enseignant à l’Université de Münster.

Ce document d’information, dans lequel la FEPS définit sa position dans le contexte des discussions ecclésiastiques, économiques et politiques menées au niveau national et international, est désormais accessible au grand public, même s’il s’adresse avant tout à des groupes cibles de l’Eglise.

Mettre l’être humain au centre des préoccupations

Si le Sommet du Millénaire +5 de l’ONU a permis certaines avancées, notamment dans le domaine des droits de l’homme et de la consolidation de la paix, il apparaît à la veille de la Conférence ministérielle de l’OMC que la volonté politique de la communauté internationale ne suffira pas à élaborer un système de commerce mondial qui mette l’être humain au centre des préoccupations. La mondialisation à visage humain implique une répartition du pouvoir, affirme les auteurs de l’étude. La concentration actuelle du pouvoir économique et politique présente une menace pour le développement équitable.

Les auteurs proposent l’adoption d’une politique structurelle globale fondée sur les principes de la « gouvernance mondiale  » (global governance) qui permettrait de contrôler les dérapages, les déficiences et les risques liés à la mondialisation des marchés. Ce concept ne vise pas la mise en place d’un gouvernement mondial, mais le renforcement d’un système politique basé sur une organisation décentralisée et subsidiaire.

La mondialisation d’un point de vue chrétien

D’un point de vue chrétien, il est nécessaire de porter un jugement éthique et théologique sur la mondialisation. Depuis des années, questions préoccupent les Eglises. Lors de son assemblée générale à Accra en juin 2004, l’Alliance réformée mondiale (ARM) a adopté un document de base intitulé « Alliance pour la justice économique et écologique ».

Du côté du Conseil oecuménique des Eglises (COE), un processus de sept ans de recherche de solutions aux questions soulevées par la mondialisation économique trouvera une conclusion provisoire lors de la prochaine assemblée générale à Porto Alegre, en février 2006. Elle prendra la forme du document « AGAPE » (une autre mondialisation au service des

êtres humains et de la terre).

Entre Accra et Porto Alegre, entre New York et Hong Kong, le document « Globalance – Perspectives chrétiennes pour une mondialisation à visage humain » présenté par le Conseil de la FEPS entend apporter une contribution à la définition des valeurs éthiques fondamentales à l’aune desquelles doit se mesurer la mondialisation. « La mondialisation a besoin d’une balance globale de valeurs. Si elle parvient à éviter les extrêmes et à trouver l’équilibre entre des valeurs partiellement divergentes mais indissociables les unes des autres, elle peut se révéler utile à l’être humain », affirment les auteurs de l’étude.

Les effets de la mondialisation: multiples et contradictoires

Ces effets peuvent être positifs dans la mesure où l’interdépendance croissante et généralisée favorise le partage du savoir et la communication entre les être humains et peut renforcer leur sécurité. L’intensification de la politique internationale permet d’améliorer l’efficacité des conventions et décisions multilatérales.

L’interdépendance économique, dès lors qu’elle implique une plus grande répartition du travail à l’échelle internationale, a produit dans de nombreux pays des effets positifs en terme de prospérité. S’agissant des conséquences négatives, l’interdépendance globale se traduit par une plus grande vulnérabilité, comme en témoignent notamment les crises financières. La concentration du pouvoir incite aux abus de pouvoir. Le développement économique, s’il ne génère pas suffisamment d’emplois, attise les tensions sociales.

Souvent, la libéralisation des marchés renforce les inégalités existantes et on assiste par ailleurs à une commercialisation et une instrumentalisation de la culture et de la religion. Cela étant, relèvent les auteurs de l’étude, il ne faut pas perdre de vue que les phénomènes de société ne sont pas tous directement et exclusivement liés à la mondialisation.

Un système acceptable, à condition qu’il soit régulé

Si l’on pèse les effets positifs et négatifs de la mondialisation, concluent les auteurs de « Globalance », on aboutit finalement à la conclusion « qu’une économie de marché socialement et économiquement régulée représente un système acceptable pour relever les défis actuels ». A la fin, la FEPS dresse une liste de recommandations à ses Eglises membres, aux paroisses et aux particuliers.

En effet, les Eglises peuvent donner des signes tangibles au sein de la société comme dans leur propre institution en faveur d’une mondialisation socialement et écologiquement équilibrée. Les Eglises et les paroisses sont ainsi invitées à « renforcer les faibles à l’aide des objectifs du Millénaire », par exemple en augmentant leurs investissements éthiques de manière à ce qu’ils atteignent 20 % au moins de l’ensemble de leurs placements, et soutenir les programmes oecuméniques de micro-crédits.

Les Eglises doivent également faire pression sur le parlement et le gouvernement fédéral pour qu’ils s’engagent à augmenter les fonds de l’aide publique au développement de manière à ce qu’ils atteignent au moins 0,7% du PIB d’ici à 2015, par analogie à l’objectif de l’Union européenne. JB

Encadré

Pour une mondialisation alternative

Manger des mangues du Cameroun, délocaliser la production textile en Asie, mettre en oeuvre en quelques heures une vague de solidarité mondiale après un tsunami, regarder un film de Hollywood dans une baraque d’un bidonville de Sao Paulo, prendre acte d’une nouvelle « mégafusion » entre deux multinationales: mondialisation est un mot-clef qui électrise et qui polarise. Les uns l’associent à l’espoir d’ouverture, de croissance, de liberté, de paix et de collaboration internationale. D’autres y voient le fossé grandissant entre riches et pauvres, l’injustice, l’exploitation, la disparition d’emplois et de l’Etat social, et la centralisation du pouvoir entre les mains de quelques-uns. Certains réclament une accélération de la mondialisation et ce faisant pensent avant tout à libéraliser et privatiser le plus rapidement possible de nouveaux domaines de la vie, d’autres demandent une mondialisation alternative et pensent en particulier à une mondialisation de la justice, des droits humains et des valeurs fondamentales communes. JB

Encadré

Les concepts de mondialisation ou de globalisation

Pour rappel, le terme de mondialisation ou globalisation désigne l’accroissement d’une interdépendance complexe et sans limites géographiques ou temporelles entre personnes, capitaux, marchandises, prestations de services, institutions, Etats, organisations, cultures, sciences, communautés religieuses et valeurs. Cette interdépendance varie qualitativement et quantitativement selon les régions, les secteurs, les couches sociales et les sexes. Les processus de mondialisation franchissent et modifient les frontières politiques et réduisent ainsi l’autonomie des Etats-nations.

Parallèlement, le transfert de responsabilités à un niveau supranational et international a pour effet un renforcement du pouvoir décisionnel d’institutions multilatérales. La mondialisation n’est pas un phénomène naturel, mais le résultat d’efforts humains et de décisions politiques aux motivations diverses.

Les causes de la mondialisation sont complexes. Cette évolution n’est pas une fatalité, mais le résultat de l’action humaine. Parmi les principaux facteurs à l’origine de ce phénomène, on peut citer l’évolution des technologies de la communication, le développement d’instruments financiers internationaux, des prix de transport qui ne reflètent pas les atteintes occasionnées à l’environnement.

Un autre facteur important est la volonté d’élargissement du pouvoir (y compris de domination hégémonique) par des moyens scientifiques, économiques, politiques, religieux ou militaires dans le but d’étendre le plus possible sa sphère d’influence, que ce soit en tant qu’entreprise privée, que nation, qu’union d’Etats ou qu’idéologie. Mais la volonté de dépasser les nationalismes et les terribles séquelles historiques laissées par deux guerres mondiales constitue également une puissante source de motivation de la mondialisation. JB

Encadré

Le débat oecuménique autour de la mondialisation

Le débat oecuménique des sept dernières années sur la mondialisation, de même que la plupart des autres positions adoptées par des Eglises, permettent de dire que « la foi chrétienne doit se préoccuper de l’orientation de l’activité économique, car celle-ci doit refléter l’amour et la justice divines ».

La dignité de l’individu, les droits humains et la justice universelle sont des valeurs de référence auxquelles doit se mesurer l’activité économique et le processus actuel de mondialisation économique offre des chances d’amélioration du niveau de vie, de rencontre et d’entente, mais il entraîne aussi de nombreuses injustices qui doivent être clairement dénoncées et combattue », affirment Christoph Stückelberger et Hella Hoppe.

L’analyse selon laquelle la mondialisation ne serait pas seulement un processus réel, mais aussi un projet dirigé par des puissances impérialistes et soutenu par une idéologie néolibérale, se retrouve dans les documents du COE, de l’ARM et de la FLM, mais pas dans ceux de l’Eglise réformée allemande (EKD), par exemple. Cette appréciation de la mondialisation comme un projet impérialiste est du reste la partie la plus controversée du débat oecuménique et celle qui recueille la plus faible adhésion, notent les auteurs.

On voit poindre ici en toile de fond le vieux débat oecuménique des années 70 et 80 sur la question: « développement ou libération ? ». En 1996, le COE avait admis que les discussions avaient été menées de façon trop idéologique. Il est donc important que les débats actuels aussi soient abordés plus objectivement, de façon à mettre fin à la confrontation idéologique, affirment les deux auteurs de « Globalance ». JB

Et tout ceci est vrai.

La banquière altruiste

Les idées préconçues ont ceci de bien qu’elles obligent à toujours revoir nos copies. L’autre jour, par exemple, en entrant dans une importante banque, j’observais la sculpture de bronze plantée au beau milieu du hall: celle d’un homme qui, selon l’imaginaire, je le concède, ploie sous la charge de beaux gros lingots qu’il transporte. Qu’il remonterait des coffres. Bref, de quoi cogiter. Et ne m’en privais nullement, surtout en dévoilant le montant désiré devant la charmante employée face à qui je me trouvais grâce au hasard d’un numéro. Pas de quoi affoler les comptes de la banque. Sauf que, les minutes passant, les billets tant désirés n’étaient toujours pas là. Angoisse! La banque manquerait-elle à ce point de liquidités? Devant ma consternante question, et tant de naïveté surtout, l’employée, compatissante, se devait de rassurer: « Je prendrai l’argent de mon porte-monnaie, et me ferai rembourser par mon patron. Avec les intérêts ». Mot magique s’il en est dans une banque. Puisque aussitôt apparurent les billets demandés. (apic/pierre rottet)

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