Rome: Synode sur l’Eucharistie
Rome, 23 octobre 2005 (apic) Les propositions finales de la 11e Assemblée générale du Synode des évêques sur l’Eucharistie ont été exceptionnellement rendues publiques le 22 octobre 2005, au terme des travaux des quelque 250 pères synodaux au Vatican. Une série de recommandations qui recentrent les questions épineuses au plus près des enseignements de l’Eglise.
La liste de 50 propositions finales de la 11eAssemblée générale du Synode des évêques sur l’Eucharistie a été publiée dans une version ’officieuse et non officielle’ en italien. La version officielle en latin ayant été remise à Benoît XVI. Le Synode des évêques sur l’Eucharistie, premier synode du pontificat de Benoît XVI, s’est ouvert le 2 octobre 2005 et s’est terminé solennellement le 23 octobre par une messe présidée par le pape sur la place Saint-Pierre.
Hommes mariés devenant prêtres: un chemin à ne pas emprunter
La proposition 11 des pères synodaux concerne le manque de prêtres et réaffirme clairement «l’importance du don inestimable du célibat ecclésiastique dans la pratique de l’Eglise latine». A propos des «viri probati» – des hommes mariés recevant l’ordination sacerdotale à certaines conditions – le Synode précise que «cette hypothèse a été jugée comme un chemin à ne pas emprunter». Les pères synodaux encouragent alors la promotion des vocations sacerdotales et invitent à une «distribution plus équitable du clergé» dans le monde. Dans une autre proposition, il est indiqué que les évêques et les Conférences épiscopales devront envisager que soit donnée la communion dans les assemblées «dans l’attente de prêtre» (expression préférée à celle d’assemblées ’en absence de prêtre’, ndlr). «Il conviendra d’éviter toute confusion entre célébration de la sainte messe et assemblée dominicale en l’attente de prêtre», réclame encore le document, et «d’encourager les fidèles à se rendre, lorsque c’est possible, là où la messe est célébrée».
Communion et divorcés-remariés: s’engager à la chasteté
Le document synodal réaffirme «la tradition de l’Eglise» selon laquelle les divorcés remariés «ne peuvent être admis à la sainte communion», mais précise qu’ils «appartiennent cependant à l’Eglise qui les accueille. Ils ne doivent pas manquer de «cultiver un style de vie chrétien à travers la participation à la messe, même sans recevoir la communion». La proposition 40 rappelle que les divorcés remariés qui n’ont pas obtenu la nullité de leurs mariages respectifs et désirent communier devront «s’engager à vivre leur relation selon les exigences de la loi de Dieu, la transformant en une amitié loyale et solidaire», c’est-à-dire dans la chasteté.
Dans le même temps, les pères synodaux souhaitent que soit renforcé le travail des tribunaux ecclésiastiques concernant les causes de nullité de mariage, «approfondissant ultérieurement les éléments essentiels pour la validité du mariage, tenant compte aussi des problèmes qui surgissent du contexte de profonde transformation anthropologique de notre époque». Enfin, le Synode demande qu’une grande attention soit prêtée à la formation des candidats au mariage.
Concélébration oecuménique exclue
L’admission des fidèles non catholiques à la communion fait l’objet de la proposition 41. Les pères synodaux notent que «l’unique baptême» permet «la communion de tous les chrétiens», «même si elle n’est pas encore complète», mais que «la séparation à la table du Seigneur est vécue dans la douleur». Ils rappellent donc que «la communion eucharistique avec les chrétiens non catholiques n’est généralement pas possible» et que «la concélébration oecuménique est encore plus exclue». Les pères synodaux demandent aux chrétiens non catholiques qu’ils «comprennent» et «respectent» cette impossibilité inscrite dans le catéchisme de l’Eglise catholique. Dans une autre proposition, il est précisé par ailleurs que «le caractère ecclésial de l’Eucharistie pourrait être aussi un point privilégié dans le dialogue avec les communautés nées de la Réforme».
La proposition 46 aborde la cohérence eucharistique des politiciens et législateurs catholiques. Ceux-ci, explique le document synodal, «doivent se sentir particulièrement interpellés dans leur conscience, correctement formée, sur la lourde responsabilité sociale de présenter et de soutenir des lois iniques». Les pères synodaux notent l’absence de «cohérence eucharistique lorsque sont promues des lois qui vont à l’encontre du bien intégral de l’homme, contre la justice et le droit naturel». Soutenant que l’»on ne peut séparer l’option privée de celle publique», le document invite les évêques à appliquer cette orientation «face à la réalité eucharistique» avec «les vertus de la force et de la prudence».
Polygamie et baptême
La question de la polygamie est évoquée par les pères synodaux qui rappellent, dans la proposition 9, que «la nature du mariage exige que l’homme soit lié de manière définitive à une seule femme, et vice-versa». Les personnes polygames demandant le baptême sont invitées «aux renonciations et aux ruptures nécessaires» pour communier et doivent être accompagnés par l’Eglise «avec une pastorale pleine de douceur et de fermeté».
Dans son introduction, le document évoque «la validité» de la réforme liturgique post-conciliaire précisant que, si les abus liturgiques sont de moins en moins nombreux, il en existe encore. Les pères synodaux insistent alors, plus loin dans le document, sur «la valeur, l’importance et le besoin d’observer les normes liturgiques». Si les Conférences épiscopales sont invitées à «augmenter les tentatives d’inculturation» des célébrations liturgiques, l’usage du latin dans les célébrations internationales est par ailleurs encouragé.
Les pères synodaux invitent à «mieux étudier la pratique de la concélébration lorsque le nombre des prêtres est très élevé», recommandent «l’importance de s’agenouiller lors des moments forts de la Prière eucharistique» et rappellent que «le prêtre est, de façon irremplaçable, celui qui préside la célébration eucharistique tout entière». Ainsi, la proposition 33 demande que la collaboration des laïcs au service liturgique ait lieu «selon les exigences réelles», et que ces personnes soient «choisies avec soin, bien préparées et accompagnées dans une formation permanente».
Le caractère central du dimanche
La liste de proposition réaffirme «le caractère central du dimanche et de la célébration eucharistique dominicale», elle encourage aussi «fortement» l’adoration eucharistique en réclamant, par exemple, que «dans la mesure du possible, les églises dans lesquelles le saint-sacrement est présent restent ouvertes». Les pères synodaux rappellent que «l’état de grâce» (la confession des péchés, ndlr) est nécessaire pour recevoir la communion et recommandent aux évêques de «ne pas permettre dans leurs diocèses le recours aux absolutions collectives, sauf dans les situations objectivement exceptionnelles» prévues par l’Eglise. Le Synode encourage aussi «une catéchèse renouvelée» de la pratique des indulgences et demande par ailleurs que la communion soit donnée «aux handicapés mentaux baptisés et confirmés».
Les pères synodaux estiment que «l’âge juste pour la confirmation pourrait être repensé», considérant que, dans l’Eglise latine, la séquence baptême- confirmation-première communion pourrait être proposée, non seulement aux adultes, mais aussi aux enfants. Les participants au Synode suggèrent la création d’un compendium ou d’un instrument de soutien pastoral qui rassemble les éléments liturgiques, doctrinaux, catéchétiques et de dévotion sur l’Eucharistie, «afin de développer la foi et la piété eucharistique».
Plus grande attention aux homélies
Le document invite encore à une plus grande attention en ce qui concerne les homélies, proposant qu’elles reprennent les différents thèmes de la foi chrétienne tout au long de l’année. Les prières eucharistiques, peut-on lire aussi, «pourraient être enrichies par des acclamations», comme c’est déjà le cas lors des assemblées d’enfants. Les pères synodaux suggèrent que le ’baiser de paix’ échangé jute avant la communion soit éventuellement déplacé dans la célébration et que l’Ite missa est – l’envoi final – soit mieux marqué pour souligner «la mission dans le monde des fidèles qui ont participé à l’Eucharistie».
«Les moyens de communication, y compris Internet, rendent bien service à ceux qui ne peuvent pas participer à la messe, pour des raisons d’âge ou de maladie», peut-on lire dans la proposition 29. Les pères synodaux, qui notent que ces moyens «peuvent en outre rejoindre des baptisés qui se sont éloignés ou bien même des non chrétiens», invitent cependant à ce que les messes soient célébrées dans les «lieux dignes», «en observant toujours les normes liturgiques».
Le document synodal évoque enfin la dimension sociale de l’Eucharistie qui «encourage les chrétiens à s’engager et à oeuvrer dans la vie politique et l’action sociale». Et de citer «les environnements particulièrement préoccupants de la pandémie du virus du sida, de la drogue et de l’alcoolisme». Les pères synodaux souhaitent une attention pastorale toujours plus grande à l’égard des prisonniers. Ils précisent également que «celui qui participe à l’Eucharistie doit s’engager à construire la paix dans notre monde marqué par de multiples violences et guerres, et aujourd’hui en particulier, par le terrorisme, la corruption économique et l’exploitation sexuelle».
Des propositions habituellement gardées secrètes
La liste finale de 50 propositions, rendue publique le 22 octobre 2005, est issue du travail des 12 ’cercles mineurs’ ou ’carrefours’ linguistiques durant le Synode. Ces propositions étaient à l’origine au nombre de 280. Dans un premier temps, elles ont été réduites à 120 au niveau des groupes linguistiques, puis synthétisées en 50 propositions. Lors de leur présentation à l’ensemble des pères synodaux, elles ont fait l’objet de 500 amendements avant la rédaction de la dernière mouture du texte.
Habituellement gardées secrètes et soumises au pape pour l’aider à réaliser son Exhortation post-synodale, la version de travail ’non officielle’ des propositions finales des pères synodaux a ainsi été publiée pour la deuxième fois dans l’histoire de cette institution crée en 1965 par Paul VI. C’est seulement lors du synode de 1985, à l’occasion des 20 ans de la conclusion du Concile Vatican II, que Jean Paul II avait décidé de rendre publiques ces propositions.
Dans un préambule à la liste non officielle de propositions, le Secrétariat général du Synode a par ailleurs tenu à préciser que ce document n’excluait pas «la richesse des apports» des Lineamenta, de l’Instrumentum laboris, des différentes interventions et des rapports dans la salle du Synode ou des ’carrefours’ linguistiques. L’ensemble de ce matériel devrait désormais aider Benoît XVI dans la rédaction de son Exhortation apostolique post- synodale.
Une liste de propositions divisée en trois grands chapitres
La ’liste finale’ de 50 propositions est structurée en trois chapitres. Après une introduction qui reprend les deux premières propositions, le premier chapitre concerne «le peuple de Dieu éduqué à la foi dans l’Eucharistie», avec les sous-chapitres qui concernent «la foi dans l’Eucharistie» (propositions 3 à 6), «Eucharistie et sacrements» (propositions 7 à 12) et «catéchèse et mystagogie» (propositions 13 à 17). La seconde tranche de propositions aborde «la participation du peuple de Dieu à la célébration eucharistique», en particulier la «structure de la célébration» (propositions 18 à 24), «l’ars celebrandi» (propositions 25 à 29) et «la participation des fidèles» (propositions 30 à 37). Enfin, la troisième partie touche «la mission du peuple de Dieu nourri par l’Eucharistie», notamment «l»Eucharistie et la communauté chrétienne» (propositions 38 à 41) et «l’Eucharistie pour le monde» (propositions 42 à 49). Enfin, la 50e proposition, intitulée «Verum Corpus natum de Maria virgine», constitue la conclusion du document.
Les propositions 11, 40, 41 et 46 abordent respectivement les questions les plus délicates évoquées lors de ce Synode : le manque de prêtres, les divorcés remariés, l’accès à la communion des chrétiens non catholiques, et la cohérence des politiciens catholiques qui soutiennent des lois contraires à l’enseignement de l’Eglise.(apic/imedia/ami/vb)
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