Suisse: Design de meubles liturgiques

Apic Interview

Un Romand à Zurich

Par Valérie Bory, Agence Apic, Fribourg

Zurich, 24 octobre 2005 (Apic) Chargé de concevoir le mobilier et les objets liturgiques d’une Eglise de style Bauhaus, un Fribourgeois d’origine innove dans un art encore peu connu. Au sein d’une équipe, il a oeuvré à la restauration de l’église catholique Sainte-Thérèse, à Zurich. Une rénovation faite dans la pureté de lignes et la simplicité qu’animait l’esprit de sa patronne, sainte Thérèse de Lisieux.

Auteur des petits bâtons lumineux du Pavillon OUI (Mariez-vous pendant 24 heures!) à l’Expo 02 et de son mobilier, Frédéric Dedelley s’est lancé un peu par hasard dans le design très particulier du mobilier liturgique et des objets de culte. Une très belle réalisation en atteste, fruit d’un travail d’équipe – il tient à ce qu’on n’oublie pas de le souligner -.

Apic: On est frappé par la grande simplicité et la beauté de cette église sainte Thérèse, dans le quartier zurichois de Friesenberg.

Frédéric Dedelley: Oui. La patronne de l’église, Thérèse de Lisieux accordait beaucoup d’importance aux détails et à la modestie des choses. Cet esprit a guidé le concept développé par l’architecte Fritz Metzger et ensuite par Christophe Hänsli, auteur du concept de la rénovation. Sol noir, murs blancs, de même que le mobilier liturgique en terazzo, une pierre calcaire semblable à du marbre, concassée et liée par un ciment blanc. Les sièges dans le choeur n’ont pas de fonction liturgique. On a choisi que des matériaux pauvres – là c’est du matériau industriel, pour être en accord avec la philosophie de Thérèse de Lisieux . Les sièges du choeur sont en multipli de bouleau, avec un revêtement bakélisé brun aubergine. J’ai aussi travaillé avec le laiton, qui était déjà présent dans l’église: les porte-bougeoirs muraux, qui sont d’époque, ont été restaurés. Le sol est noir, en asphalte poli, avec les nez de marche en marbre de St Triphon.

Apic:Quelle a été votre intervention au sein du groupe de travail qui s’est attelé à la rénovation de Ste Thérèse?

Frédéric Dedelley: On m’a demandé de dessiner le mobilier liturgique, c’est- à-dire l’autel, l’ambon, le tabernacle, les socles pour les offrandes, les socles pour les statues, les bougeoirs, les sièges qui se trouvent dans le choeur (je n’ai pas conçu les nouveaux luminaires, dessinés par le bureau Moser Siedler). L’équipe en place a refait tout l’intérieur. Mais la chaire est d’origine. Cela a été un point de discussion. Fallait-il la garder? En effet, après Vatican II, le curé ne prêche puis depuis la chaire mais depuis l’ambon ou depuis l’autel. «Mais elle est très importante!» se sont écriés les architectes Twerenbold et Schneider: surtout au niveau de l’équilibre des volumes; elle délimite la nef et le choeur.

Apic: Il y a une salle de méditation, à droite du choeur?

Frédéric Dedelley: Oui, l’idée de Thérèse de Lisieux était de faire descendre le ciel sur la terre, on l’a illustrée ici par un tapis représentant un ciel. Et dans la chapelle de jour, à droite de l’entrée de l’église, l’artiste Christophe Hänsli a accroché 3 tableaux de ciel sous un puits de lumière, qui a été la seule grosse intervention architecturerale. Il y a des liturgies quotidiennes dans la chapelle qui est aussi utilisée pour les baptêmes. Pour les grandes messes, les fêtes comme Pâques et Noël, on peut ouvrir cette chapelle, qui existait déjà, faire disparaître les parois vitrées dans le mur et tourner les bancs de manière à agrandir la nef.

Apic: Vous avez aussi dessiné les nouveaux bancs de la chapelle, qui sont en mélèze?

Frédéric Dedelley: Oui. En m’inspirant des anciens bancs de la nef, d’époque. Ils ont été en partie restaurés. Je ne voulais pas faire de la copie, mais dans mon travail, j’ai cherché à être en accord avec l’ancien. A travailler dans la prolongation de ce qui existait déjà. C’était l’attitude de tout le groupe de travail. Je considère que le design ou l’architecture c’est aussi un service et qu’on doit se mettre au service d’une fonction, d’un esprit. La trace qu’on laisse peut être discrète et respectueuse du contexte.

C’est la même démarche, dans une situation différente et avec un mandat plus petit,

que j’utilise dans une autre église de Zurich, le Neumünster. Dans ce temple protestant, je suis aussi chargé du mobilier liturgique.

Apic: Les formes religieuses ont une symbolique particulière.

Frédéric Dedelley: Les formes ont toujours des connotations, même quand ce sont des formes industrielles. Mais dans le cas de l’église sainte Thérèse, il y a des références dans le mobilier liturgiques qu’on ne peut pas ignorer et si on choisit cette forme là, il faut être bien conscient de ce qu’elle transporte comme images. Les critères fonctionnels sont peut-être moins contraignants. Les critères formels, eux, sont à la fois liés aux symboles religieux, mais aussi au contexte architectural, par exemple pour l’autel principal (Réd. conçu par le designer) avec ses deux ailes, ses deux surfaces en porte-à-faux, c’est une forme que j’ai trouvée dans l’architecture romane et qui symbolise les bras du christ qui s’étendent à la rencontre de ses disciples.

Apic: Pourquoi vous être installé à Zurich. Y a-t-il plus de design d’église?

Frédéric Dedelley: Non, pas forcément. Quand je suis rentré en Suisse après les Etats-Unis, j’ai décidé de m’installer à Zurich, car c’est la ville en Suisse où il se passe le plus de choses dans le domaine du design. Ceci dit, avoir mandaté un designer pour concevoir ce mobilier liturgique est une exception, même en Suisse allemande. Souvent ce sont des artistes qui sont mandatés pour concevoir le mobilier liturgique, mais en l’occurrence, Christophe Hänsli, qui est lui-même un artiste, s’est adressé à un designer qui pense plutôt en termes de fonctions et de formes, pour éviter que la patte de l’auteur soit trop visible.

Apic: Vous ne pourriez pas faire ce que vous faites en Suisse romande?

Frédéric Dedelley: Disons qu’il y a moins de possibilités, parce que, bien que cela ait beaucoup changé ces dix dernières années, le design, tout comme l’art contemporain, est beaucoup mieux reçu en Suisse allemande qu’en Suisse romande. Les Romands sont plus conservateurs au niveau du goût que les Suisses allemands, qui se montrent beaucoup plus ouverts à tout ce qui est contemporain.

Apic: Cela n’a rien à voir avec la fréquentation des églises.

Frédéric Dedelley: Non. Le Neumünster, le projet sur lequel je travaille, est une église qui a un problème de baisse de fréquentation . Il y a très peu de paroissiens qui viennent encore à la messe régulièrement. Et l’église est très grande. Comme elle a une excellente acoustique, on y organise beaucoup de concerts, on la loue pour des enregistrements de disques.

Apic: Qui a financé la rénovation de l’église sainte Thérèse?

Frédéric Dedelley: Elle a été décidée sur la base d’un devis et la rénovation a été financée par la paroisse. C’est le «Commission de bâtiment» représentée dans le groupe de travail par Markus Sauter qui a initié le projet, validé le budget et accompagné le déroulement des travaux. Le budget de la rénovation s’est monté à environ 2, 3 millions. VB

Encadré

Une église, dans les années 30, pour les immigrés italiens

L’Eglise Sainte-Thérèse, dans le quartier de Friesenberg, a été construite par l’architecte Fritz Metzger au tout début des années 1932-33 dans ce qui était alors un nouveau quartier. Très fidèle à l’esprit du Bauhaus, l’architecte a construit, avec un tout petit budget (200’000 francs à l’époque) un nouveau lieu de culte catholique rendu nécessaire par la présence importante d’immigrés italiens. Plus grande que l’église protestante du quartier, bâtie à la même époque, elle est conçue avec des «matériaux simples, des volumes simples, rien de luxueux», résume Frédéric Dedelley, designer d’objets, à la base, volontiers tourné vers le design de mobilier liturgique. Les fresques murales sont venues en 1945, bien qu’elles aient été intégrées à la conception de base, par l’artiste religieux très connu à l’époque, Richard Seewald. Un splendide tryptique au fond du choeur représente au centre l’adoration des rois mages, puis l’Annonciation, avec Marie et l’ange, et l’annonce de la naissance de Jésus aux bergers.

Les vitraux étaient de simples surfaces de verre teinté dans la masse aux délicats tons pastels, qui reflètent toujours leurs tons doux sur les embrasures des fenêtres – constituées d’une quinzaine de rectangles côte à côte.

Suite au Concile Vatican II et aux nouveau principes liés à une liturgie moderne, l’église a subi une première transformation et le mobilier liturgique original, en marbre noir (le seul luxe du projet original), a été éliminé. «Les principes géométriques architecturaux de base n’ont pas été respectés et en 2’000 la paroisse Sainte Thérèse a voulu rénover l’église pour retrouver les principes architecturaux du projet original de Fritz Metzger».

Un groupe de travail se crée autour du prêtre Othmar Kleinstein, avec un artiste responsable du concept de rénovation, Christophe Hänsli, les architectes Twerenbold et Schneider, et Frédéric Dedelley, designer d’objets, chargé du mobilier liturgique. Plus de deux ans sont nécessaires pour concevoir le projet définitif de la rénovation et deux ans pour la réalisation. Le Conseil de paroisse avalisant les décisions de rénovation, en mai 2002, l’église est bénie par l’évêque auxiliaire du diocèse de Coire, Mgr Peter Henrici . VB

Photos de la rénovation intérieure de l’église sainte-Thérèse et du mobilier liturgique conçu par le designer Dedelley disponibles à l’agence Apic, Fribourg: Tél.026 426 48 11, en format JPEG.

.(apic/vb)

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