Zoom sur les émissions de téléréalité

St-Maurice : Ouverture du séminaire oecuménique de télévision Farel

Par Valérie Bory, Apic

St-Maurice, 24 octobre 2005 (Apic) Le séminaire Farel, lieu de réflexion oecuménique et de formation destiné aux professionnels de la télévision, a lieu du 24 au 26 octobre à St-Maurice. Il réunit chaque deux ans producteurs et responsables d’émissions. L’édition 2005 est consacrée aux « formats », définition technique pour parler d’un certain type d’émission dont la téléréalité est l’un des avatars. Mais une télévision publique comme la TSR ne peut pas mettre l’éthique de côté. C’est ce que revendique Béatrice Barton, productrice du Mayen 1903 et de Super Seniors.

Le séminaire Farel, du nom de ce réformateur très actif en terre neuchâteloise, est oecuménique. Il est né à Neuchâtel d’une Fondation protestante et son but est « d’encourager la création et le développement d’émissions religieuses de télévision. Près de 40 participants de Suisse romande et de toute l’Europe sont réunis au Foyer Franciscain de St-Maurice du 24 au 26 octobre. Ils se penchent cette année sur le format (voir encadré), ou type d’émission dont l’idée et la conception s’achètent et qu’il faut ensuite réaliser.

Les fleurons en sont les émissions de téléréalité, du style Loft à Super Senior, en passant par La Ferme célébrités. Ces émissions à grande audience ne font pas dans la dentelle et c’est pourquoi la responsable à la TSR de la grille « formats », Béatrice Barton, forte du succès du Mayen 1903, répond non. Question d’éthique, dans une télévision de service public.

« Il nous faut trouver notre voie pour les émissions de téléréalité ». Rappelons que le jeu consiste à mettre des gens ensemble dans un lieu isolé pendant un certain temps et à les observer. « C’est un nouveau langage. On aurait pu faire une émission documentaire sur la vie dans le Val d’Anniviers en 1903. On n’aurait pas eu autant de parts de marché ». Pour Béatrice Barton, le Mayen 1903 n’est pas tout à fait un format, pourtant. La productrice fait une émission de ce genre par année, avec un budget de 1 million, après avoir écumé les marchés TV et visionné plein d’émissions.

Les critères d’une télévision de service public ne sont pas les mêmes que pour une chaîne privée. Béatrice Barton affirme qu’une réelle éthique interdit de faire n’importe quoi pour titiller l’audimat. Du moins l’exemple de sa dernière trouvaille télévisée, Super Seniors, le montre-t- il.

13 personnes de 60 à 77 ans – une tranche d’âge majoritaire et pourtant délaissée par les TV – ont été placées ensemble dans un hôtel au sommet d’une montagne pendant 2 mois. Pour créer une « revue », prétexte des 13 épisodes, et coachés par des profs de danse et de chant, bien entendu. Les sketches ont été inventés par les protagonistes, on nous l’assure.

Les protagonistes filmés au naturel, sans vrai scenario

Mais le thème sous-jacent en est les heurs et malheurs des seniors ainsi réunis. Les 13, choisis pour leurs vies encore très actives et leur curiosité – entremêlent donc le thème – la préparation d’un spectacle – à leurs histoires personnelles. Les caméras filment de 8 h à 22 h, tout est gardé et tout est vu par la productrice, au montage. « Il n’est pas question qu’on fasse des séquences qui seraient négatives, il ne faut pas non plus qu’il y ait d’élément perturbateur parmi les 13 personnes, jamais de direct, pas de scènes d’humiliation ou autre, et pas de camera à l’insu des protagonistes.

Il importe également de « protéger les acteurs improvisés contre eux- mêmes », affirme la productrice, qui ne laisse rien passer de scabreux ou de destructeur. « Les seniors parlent beaucoup de sexe. On ne peut pas diffuser cela à 20h, ou à peine », affirme-t-elle. L’équipe technique logeait elle dans un bâtiment non loin de l’hôtel. Après le montage, tous les épisodes ont été regardés en groupe. « C’est pas évident de se découvrir ainsi et en particulier dans des moments affectivement forts. Il y a une confiance qui m’est faite que je ne peux pas briser ».

Les super seniors sont sous contrat et ne s’expriment pas devant la presse jusqu’à la fin des épisodes. Les séquences éliminées au montage constituent « du matériel brut » que l’on passe sur Internet. « Les gens peuvent y aller ». Le taux d’écoute est d’ores et déjà excellent, se réjouit la productrice. Super Seniors a été payé par la TSR 5’000 euros pour l’idée et les royalties pour chaque épisode se montent à 1’500 euros pour la société productrice qui a lancé le concept.

Béatrice Barton se demande « pourquoi on ne réaliserait pas un feuilleton documentaire sur Taizé ? ». Aurait-on là le premier jalon d’un « format » religieux ? Ce qui amusera ceux qui, comme M. Jourdain, ont toujours fait de la prose sans le savoir. VB

Encadré

Séminaire oecuménique et Prix Farel

Le séminaire Farel a lieu chaque 2 ans en Suisse, France, Belgique ou Italie. L’édition 2005 est organisée par le Centre catholique de radio et télévision (CCRT) et l’Office protestant de télévision, sur le thème « Quels formats pour quels publics » ? Le Prix oecuménique Farel, lui, qui récompense une oeuvre de télévision, a lieu en alternance avec le Séminaire, et est organisé par le Service protestant de la TSR et financé par la Fondation Farel. Le prochain aura lieu en 2006.

Pour la CCRT, à qui incombe cette année le déroulement du Séminaire 2005, sous le mandat du pasteur Daniel Wettstein, responsable des émisions protestantes à la TSR, quels en sont les enjeux, pour les émissions religieuses de la TV romande ? « Le séminaire de formation Farel est la seule occasion pour des producteurs européens de TV de confronter leurs idées », indique André Kolly, directeur du CCRT. Près de 40 participants le fréquentent chaque deux ans.

Comment le développement des formats, ce nouveau type d’émissions, peut-il influencer les émissions religieuses de télévision. « C’est surtout une stimulation. On verra par exemple si le format hollandais d’un jeu centré sur le religieux pourrait être transposable en Suisse. Pour l’instant, outre nos émissions Racines et les cultes et messes en direct, nous avons innové en 1997 avec l’émission intereligieuse Dieu sait quoi, où des représentants des grandes religions sont présents pour débattre d’une question ». VB

Encadré

Un « format », c’est quoi ?

Un format, en langage de tout le monde, c’est une émission de TV dont on achète l’idée et parfois toute la conception thématique et technique. Les plus connues sont les émissions de téléréalité comme La Ferme célébrités sur TF1. Il existe en outre des formats de jeux, et d’autres encore où documentaire et fiction se mêlent. « C’est en somme n’importe quoi dont on a décidé de mettre, comme pour une recette de cuisine, tous les ingrédients dans l’ordre – un peu de ceci, un peu de cela – et une fois que toute l’émission est mise en place, formalisée, on a un format ».

Pour Philippe Jacot, Chef de l’unité de coproductions de l’Union européenne de radio et télévision (UER), département télévision, il n’existe pas encore de « format » religieux, dans le sens d’une émission qui voyage d’une télé à l’autre et qui peut s’acheter, aujourd’hui. « Les formats qui marchent le mieux, c’est la téléréalité, et les jeux. Parce que ce sont deux genres de programmes dans lesquels il est relativement facile d’avoir la recette complète du jeu ou de l’émission et de la vendre à quelqu’un d’autre, qui va l’adapter à son public.

Mais alors, comment faisait-on avant ? Eh bien, les professionnels disaient : « j’ai vu ton émission, c’est pas mal, je vais faire la même chose chez moi ». Mais depuis la dictature de l’audimat, tout ce qui marche rapporte, donc se vend. Et cela touche autant les télés publiques que les télés privées. « On parle là de beaucoup d’argent », précise Philippe Jacot. Des centaines de millions d’euros, qui constituent le marché du format en Europe chaque année. C’est encore modeste par rapport aux 10 ou 12 milliards d’euros par année pour le marché des télés européennes en général ».

La messe un format religieux avant la lettre

Pour le professeur belge à l’Université de Louvain, Frédéric Antoine, la diffusion de la messe dominicale est déjà, et bien avant la lettre, un exemple de format télévisé religieux. Elle répond à un schéma universel (le mystère eucharistique, on le retrouve partout et la mise en scène télévisuelle est la même) , mais également avec une dimension locale. Quand aux inévitables fondu-enchaînés et travellings, on les retrouve dans toutes ces retransmissions.

Revenant au format nouvelle manière, Frédéric Antoine se demande s’il suffit de faire du rock chrétien pour attirer la jeunesse. Même interrogation, lance-t-il pour les émissions ainsi formatées et la religion. VB

(apic/vb)

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