Qui ne « se limite pas seulement à l’accès à la communion »
Propos recueillis à Rome par Ariane Rollier
Rome, 25 octobre 2005 (Apic) La pastorale des divorcés-remariés ne se limite pas seulement à l’accès à la communion, estime l’archevêque de Bordeaux. Dans une interview accordée à I.Media, l’agence romaine partenaire de l’Apic, Mgr Jean-Pierre Ricard, qui est également président de la Conférence épiscopale française, revient sur les débats synodaux qui se sont achevés dimanche à Rome, trois semaines après l’ouverture. Interview
Q.: Durant ce Synode, les pères synodaux ne sont pas revenus sur l’accès des divorcés remariés à l’Eucharistie, mais ont abordé la question de leur pastorale et parlé de « communion spirituelle ». De quoi s’agit-il ?
Mgr Jean-Pierre Ricard: Un groupe de divorcés remariés dans le diocèse de Grenoble, où j’étais évêque auxiliaire, m’avait fait remarquer qu’il ne fallait pas se focaliser uniquement sur l’accès de ces personnes aux sacrements; même s’il s’agit d’une question qui ne doit pas être éludée. Car toute la vie chrétienne ne se réduit pas qu’à cela. Sont aussi à prendre en compte la façon dont se vit la relation à l’autre conjoint divorcé, les questions du pardon et de la réconciliation, de la gestion de ses blessures, de sa propre vie de prière, de sa relation à Dieu et de la façon dont on nourrit sa vie. Toutes ces questions, je crois, méritent d’être prises en compte dans une pastorale des divorcés remariés pour ne pas la réduire à: ces personnes peuvent-elles communier ou non.
Q.: Durant cette assemblée, n’a-t-on pas aussi encouragé l’accélération des procédures de nullité de mariage, voire la prise en compte d’autres critères ?
Mgr Jean-Pierre Ricard: Comment les tribunaux ecclésiastiques peuvent-ils accueillir encore davantage ces situations? On peut en effet les prendre plus en considération, voir si un certain nombre de critères conduisant à une reconnaissance de nullité sont présents. Dans ce cas, on reconnaît que dans l’acte qui a été posé dans le premier mariage l’engagement était vicié d’une certaine façon, soit par les problèmes psychologiques graves, soit par manque de liberté, ou par des problèmes d’immaturité. En même temps, on ne pourra pas déclarer, si le premier mariage a été fait, en vérité, dans l’amour et dans la foi, qu’il n’a pas eu lieu.
Q.: Les célébrations en l’absence de prêtres nécessitent-elles, selon vous, un document du magistère ?
Mgr Jean-Pierre Ricard: Je pense que le document existe déjà. La Congrégation pour le culte divin a publié un fascicule donnant sa réflexion et des indications pratiques pour organiser ces assemblées dominicales. On peut peut-être le ’toiletter’. Mais la question qui se pose aujourd’hui est celle de la distribution de la communion durant ces assemblées. En France, aujourd’hui, un certain nombre d’évêques se posent cette question, se demandant si on ne risque pas de voir une confusion chez les fidèles entre la messe et ces assemblées, qui comportent des chants, l’annonce de la Parole de Dieu à travers la proclamation des textes, un échange sur cette parole, des intentions de prière, la récitation du Notre-Père, la prière à la Vierge et la distribution de la communion.
Moi-même, en visite pastorale, j’ai rencontré des personnes qui m’ont dit « j’ai la parole de Dieu, j’ai la communion, que vouloir de plus ? ». Une telle réflexion manifeste que la perception de ce qu’est la messe, comme union au don du Christ qui se donne par amour et qui nous associe à son corps, est perdue. Mais j’ai entendu les évêques africains au Synode dire que si la communion n’était plus distribuée dans de telles assemblées, certaines personnes ne la recevraient peut-être qu’une ou deux fois par an dans leur pays. Ils se demandaient si on pouvait priver du pain eucharistique des personnes dans de telles situations. Quand j’ai entendu cela, je me suis dit qu’il ne pouvait y avoir une voix universelle à cause de la diversité de ces situations. Cela nous obligera à prendre, certainement, des mesures au niveau des Conférences épiscopales.
Q.: Vous avez aussi souligné l’urgence catéchétique surtout en Occident. Que faut-il faire d’après vous ?
Mgr Jean-Pierre Ricard: Je crois, qu’aujourd’hui, nous sommes amenés à relever un triple défi. Le premier est de vivre dans une dimension d’évangélisation, d’aller vers les familles quand elles ne viennent pas vers nous. Il nous faut réfléchir à la façon dont on les introduit dans l’expérience chrétienne et ecclésiale. Et il nous faut gérer aussi la question de la diversité des provenances des enfants et des jeunes.
Deuxièmement, il s’agit de soigner le contenu de la foi. Il ne suffit pas simplement de nommer quelques valeurs humanistes et de présenter quelques scènes de l’Evangile, mais de rechercher comment permettre aux enfants d’entrer véritablement dans une découverte du mystère par la liturgie et par la prière. Le dernier point est celui de la dimension communautaire de la catéchèse, ou comment retisser des liens entre les groupes de catéchèse et la communauté paroissiale. (apic/imedia/ar/pr)
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