Suisse: Les oeuvres d’entraide pour un moratoire sur le génie génétique dans l’agriculture
Berne, 4 novembre 2005 (Apic) Les oeuvres d’entraide suisses regroupées dans la communauté de travail «Alliance Sud» soutiennent l’initiative populaire visant à interdire l’utilisation des OGM dans l’agriculture durant cinq ans. Le peuple suisse se prononcera le 27 novembre pour ou contre un moratoire sur le génie génétique dans l’agriculture suisse.
Au cours d’une conférence de presse vendredi 4 novembre à Berne, Alliance Sud – l’ancienne communauté de travail Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas, Caritas et Eper – a estimé que cette technologie n’est pas une solution aux problèmes d’alimentation dans les pays en développement.
Un signal de soutien à tous ceux qui, dans le Sud, se battent contre les OGM
Elle contribue au contraire à la disparition des petits paysans en les rendant dépendants des grandes multinationales de l’agrobusiness. «Un moratoire en Suisse serait un signal important de soutien à tous ceux qui, dans le Sud, se battent contre les OGM», affirme Alliance Sud. L’affirmation des opposants à l’initiative selon lesquels le génie génétique contribue à la lutte contre la faim est simplement fausse. «La faim n’est pas un problème de quantité, mais de redistribution des terres et des revenus», affirment les oeuvres d’entraide.
Pour les grandes oeuvres d’entraide suisses présentes vendredi à Berne, le génie génétique dans l’agriculture cause plus de problèmes aux pays pauvres qu’il n’en résout. Ils avaient invité pour étayer leur cause le chercheur indien P.V. Satheesh, directeur de la «Deccan Development Society» (DDS), une ONG basée dans l’Etat d’Andhra Pradesh, au Sud de l’Inde. «L’exemple d’un pays comme la Suisse, considéré comme très moderne par nos paysans, est très parlant quand il propose un moratoire sur les OGM, a lancé le Dr. Satheesh, car chez nous, on disqualifie ceux qui refusent ces techniques de génie génétique; on les traite de retardataires opposés à la modernité. Un moratoire en Suisse serait une stimulation morale pour les millions d’agriculteurs qui veulent débarrasser leur agriculture des cultures transgéniques.»
Réduction de la famine dans les pays pauvres: un dangereux leurre
Le chercheur indien a ensuite démontré pourquoi son pays, une ancienne colonie britannique, ne «veut pas être colonisé une seconde fois, cette fois-ci par les OGM!». Il a ainsi contredit les arguments en faveur des OGM brandis par des multinationales comme l’américaine Monsanto, en parlant de l’échec de l’imposition du «coton Bt», qui a tourné à une vaste escroquerie qui a ruiné de nombreux paysans, souvent acculés au suicide.
Malgré les nombreuses promesses faites par le secteur des biotechnologies, le «coton Bt», a-t-il affirmé, n’a pas permis aux paysans indiens de réduire de façon significative l’utilisation des pesticides ni d’augmenter le rendement des cultures. Une recherche scientifique indépendante menée par deux scientifiques pendant trois ans et portant sur environ 5% des cultures de «coton Bt» produit par les paysans dans l’Etat d’Andhra Pradesh, a révélé «des vérités effrayantes sur les performances du coton Bollgard de Mahyco Monsanto».
Les paysans qui avaient été induits en erreur par Monsanto ont payé cher cette «escroquerie». Le coton transgénique Bollgard n’a en effet pas permis de réduire de façon significative l’utilisation de pesticides. Entre les exploitants de «coton Bt» et les autres exploitants «non Bt», la différence de coûts liée à l’utilisation de pesticides représentait tout au plus 2% du coût total de production. De plus, sur trois ans, le «coton Bt» ou coton Bollgard a eu un rendement de 8% inférieur au coton «non Bt».
Le coton Bollgard n’a pas rapporté de bénéfices aux exploitants: ils ont eu des revenus de 60% inférieurs à ceux des exploitants «non-Bt» sur trois ans. Ce qui a provoqué des révoltes de paysans, qui ont brûlé les entrepôts des fournisseurs de graines et s’en sont pris aux représentants de Mahyco-Monsanto dans les villages.
Finalement, le «coton Bt» promettait – «encore une promesse vaine!» – que plus aucun pesticide ne serait nécessaire pour tuer un terrible parasite, «l’Helicoverpa Armigera», également appelé «ver de la capsule du coton» (en anglais «Bollworm»). Les variétés de «coton Bt» résistantes à ce parasite étaient censées entraîner une augmentation des rendements allant de 30 à 40% et nécessiter 70% de moins de pesticides. On a vu qu’il n’en fut rien. De plus, le coton Bollgard n’a pas crée un environnement agricole plus sain, au contraire: les agriculteurs et les chercheurs ont observé les premiers symptômes de la toxicité du sol menaçant la santé humaine et animale.
Ces résultats ont joué un rôle-clé dans la décision prise par le GEAC, le Comité d’Approbation des Méthodes Génétiques du gouvernement indien, de refuser de renouveler le permis de Mahyco-Monsanto et de son coton hybride Bt dans l’Etat de l’Andhra Pradesh. Le gouvernement de l’Etat, furieux du refus de la multinationale d’accepter sa responsabilité pour les pertes subies par les agriculteurs, a interdit à Monsanto d’opérer dans la région.
Le génie génétique exacerbe les problèmes sociaux
Ainsi les organisations paysannes partenaires des oeuvres d’entraide dans les pays pauvres refusent le génie génétique, car il exacerbe les problèmes sociaux, comme l’ont souligné les oeuvres d’entraide vendredi à Berne. Il répond aux besoins des grands producteurs et des multinationales et met sous pression les petits paysans.
La directrice de Swissaid, Caroline Morel, a pour sa part donné l’exemple de l’Argentine, où les cultures de soja transgénique ont contribué à la disparition de plus de 150’000 petites exploitations. De plus, les semences génétiquement modifiées sont plus chères que les semences traditionnelles à cause des licences sur les brevets et sont contrôlées par seulement six grandes multinationales. «Les petits paysans et paysannes sont pris au piège de l’endettement et deviennent dépendants des grandes entreprises de l’agrobusiness», a-t-elle lancé.
La technologie transgénique aujourd’hui n’est répandue que dans quelques pays émergents comme le Brésil et l’Argentine (production de soja) et en Chine (coton), mais très peu dans les pays en développement, ont affirmé les représentantes des oeuvres d’entraide. Beaucoup d’organisations de petits paysans et de nombreux gouvernements d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie refusent de céder aux exigences des Etats-Unis et des grandes firmes qui réclament l’autorisation de distribuer sans entraves leurs semences génétiquement modifiées.
«Pour ces pays et leurs paysans, l’introduction d’un moratoire en Suisse serait un signe de soutien important», a encore souligné Michèle Laubscher, d’Alliance Sud. «Cela d’autant plus que Syngenta, l’une des plus grandes entreprises de semences OGM dans le monde, a son siège en Suisse.» Syngenta mène notamment une campagne très agressive en Afrique de l’Ouest, afin d’obtenir l’accès à ces marchés, a-t-elle poursuivi.
Brigitte Oehen de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) a appelé à miser, dans la coopération au développement, sur l’agriculture biologique plutôt que sur le génie génétique. C’est seulement ainsi que l’on pourra améliorer les méthodes de production culturale à partir des savoirs traditionnels, «sans détériorer la situation économique, sans produire de nouvelles dépendances et sans porter atteinte aux ressources naturelles». (apic/be)
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