Fribourg: Près de 1’800 personnes à la rencontre Prier Témoigner à l’Université de Fribourg

Sur le thème du pardon: «70 x 7 fois . la miséricorde»

Jacques Berset, agence Apic

Fribourg, 6 novembre 2005 (Apic) Près de 1’800 personnes, en grande majorité des jeunes de toute la Suisse romande, ont participé ce week-end à la rencontre «Prier Témoigner» dans les locaux de l’Université de Fribourg et à l’église Ste-Thérèse. A l’occasion de son 16e rassemblement, les 5 et 6 novembre, on constate que «Prier Témoigner» attire en effet toujours davantage de jeunes.

«Vedette» très applaudie de cette rencontre, la Burundaise Maggy Barankitsé se consacre aux orphelins de la guerre interethnique qui a fait au moins 200’000 morts dans ce petit pays de l’Afrique des Grands Lacs, mais aussi aux orphelins du sida, souvent nés de filles violées par la soldatesque. Armée de son seul sourire et de ses convictions chrétiennes, celle que l’on nomme «la folle du Burundi» a déjà accueilli dans ses villages de l’ONG «Maison Shalom» plus de 10’000 orphelins.

Samedi soir, cette ancienne boursière du Foyer St-Justin et élève de l’Ecole Bénédict de Fribourg (de 1988 à 1990), a fortement impressionné le public. Entourée de deux de ses «protégés», qu’elle appelle plutôt ses enfants, Justine, une orpheline hutue dont toute la famille a été massacrée à la machette, et Alexis, un tutsi, Maggy Barankitsé a dû plusieurs fois interrompre son témoignage émouvant. A cause des applaudissements des jeunes massés dans l’aula magna de l’Université.

«La folle de Ruyigi»

C’est en octobre 1993, durant la guerre civile au Burundi, que Maggy Barankitsé commence son action, en sauvant les vies de 25 enfants réfugiés à l’évêché. «C’est le jour le plus noir de ma vie», témoigne-t-elle. Elle vient d’assister au massacre de 72 personnes – dont des prêtres et des religieuses – dans sa ville de Ruyigi, où elle était enseignante. Comme elle tentait d’empêcher la tuerie, elle a été déshabillée, tabassée et attachée par les membres de sa propre ethnie. De toute façon, devant ces assassins, elle, la tutsie, se définissait elle-même comme faisant partie de «la tribu des enfants de Dieu, la plus belle des ethnies». Ces assassinats qui n’épargnent pas les enfants sont aussi commis par des gens de sa propre famille. Peu après le début de la guerre civile, elle crée la «Maison Shalom» à Ruyigi, l’une des provinces les plus pauvres du pays. Face à ces massacres insensés, Maggy a voulu un temps se venger, «mais je ne pouvais pas m’enfermer dans la haine, je devais pardonner à ces criminels!»

Aujourd’hui, cette récipiendaire de la «Médaille Nansen pour les réfugiés 2005» remise en juin dernier à Bruxelles – avec 100’000 dollars pour un projet en faveur des réfugiés – est appelée aussi par certains extrémistes de sa propre ethnie «la punition des tutsis». Parce que, à leurs yeux, elle a trahi leur cause en accueillant sans distinction les enfants de toutes les ethnies. Elle en rit à gorge déployée, elle qui affirme que les enfants qu’elle accueille à la «Maison Shalom» sont des «hutsitwa», du nom des ethnies de son pays, les hutus, les tutsis et les twas.

Des témoignages poignants

Après ce témoignage poignant, la foule s’est rendue dans la nuit en cortège aux flambeaux à l’église de Ste-Thérèse pour l’adoration du saint-sacrement. Là, toute une cohorte de prêtres attendaient les jeunes et les moins jeunes désirant se confesser. C’est d’ailleurs ce passage de l’Evangile qui a inspiré le thème du rassemblement Prier Témoigner: «Mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner? Irai-je jusqu’à sept fois? Jésus répond: je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois».

Un autre témoignage a fait vibrer l’aula de l’alma mater, celui de l’abbé Pierre Descouvemont, prêtre du diocèse de Cambrai. Prédicateur de renom, passionné par sainte Thérèse de Lisieux, il a avec humour vulgarisé le thème du pardon. Intervenant également durant le week-end, le psychosociologue et thérapeute Jean-Baptiste Hibon a ému aux larmes les participants. Né avec un handicap moteur lié à une complication médicale à la naissance, il a expliqué comment il a pardonné au médecin qui avait commis l’erreur qui l’a invalidé.

Aujourd’hui, marié et père de famille, il exerce dans un cabinet lyonnais de consultants en ressources humaines et est l’auteur d’un savoureux petit livre autobiographique «Ivre de joie. Avec le handicap, souffrir ou renaître». Durant le week-end, c’est un groupe de musiciens et chanteurs de la région de Bourg-en-Bresse, «Sentinelles», déjà présent à Fribourg lors de l’édition précédente, qui a assuré l’animation musicale, avec le choeur «Prier Témoigner» dirigé par Philippe Hugo. La journée s’est conclue par une eucharistie présidée par Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire du diocèse. JB

Encadré

Prier – Témoigner: toujours plus de jeunes

Les jeunes – et surtout les moins de 17 ans – sont toujours plus nombreux au week-end «Prier Témoigner». Cette année, à nouveau, plus de la moitié des participants ont moins de 18 ans, alors qu’au début, ils n’étaient qu’un quart à un tiers. On a toujours continué de faire un week-end «tout public» avec un programme pour tous, affirme Claude Schenker.

«Un bruit s’est répandu disant que c’est quasiment devenu une rencontre de jeunes, alors cette année, on a écrit : inscrivez-vous, même et surtout si vous avez de 17 à 97 ans». Coordinateur de «Prier Témoigner», il précise que cette tendance est un espoir qu’il faut cultiver. «Si ce n’est pas une annexe des JMJ – les Journées mondiales de la jeunesse avec le pape – on ne peut pas nier qu’à Fribourg, il y a tout de même un ’air de JMJ’, même si les participants sont un peu plus jeunes». JB

Encadré

Des jeunes de toute la Suisse romande

Cette année, la présence valaisanne, d’habitude très visible, est moindre, alors que le reste de la Suisse romande est bien représentée, de Genève à Neuchâtel, en passant par Vaud et le Jura, même si les Fribourgeois sont en nombre. Les jeunes s’inscrivent souvent en groupes – de confirmands notamment – mais il y a aussi des individuels, qui sont déjà venus à Fribourg les années précédentes. Outre les groupes paroissiaux, des jeunes viennent attirés par des mouvements comme «Eucharistein», des groupes de participants aux JMJ, des charismatiques, etc. «C’est une des raisons de Prier Témoigner d’accueillir tous les visages présents dans l’Eglise», témoigne Marie-Louise Zurkinden, co-présidente de «Prier Témoigner». Un «noyau dur» d’une dizaine d’organisateurs – secondés au moment de l’événement par une centaine de personnes – travaillent depuis des mois pour mettre sur pied cet événement devisé à 60’000 francs. Les organisateurs, qui s’engagent de façon bénévole et paient même pour une grande partie leur billet d’entrée, comptent, outre les entrées, sur près de 20’000 francs de dons pour boucler les comptes. JB

Des photos de Prier Témoigner sont disponibles à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1700 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch Dorénavant, les photos de CIRIC peuvent être commandées automatiquement par internet sur le site www.ciric.ch

(apic/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/fribourg-pres-de-1-800-personnes-a-la-rencontre-prier-temoigner-a-l-universite-de-fribourg/