Genève: Rencontre interreligieuse organisée par le Conseil oecuménique des Eglises (COE)
Michel Bavarel, pour l’Apic
Genève, 13 novembre (APIC) Les identités religieuses constituent-elles aujourd’hui le principal péril pour la paix ? C’est sur ce thème sensible qu’a eu lieu, samedi soir, un dialogue d’une haute tenue, dans le cadre de la rencontre « Vivre ensemble l’interreligieux », organisée par le Conseil oecuménique des Eglises (COE), en partenariat avec la Plateforme interreligieuse de Genève.
Il appartenait à l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, samedi soir 12 novembre, de dessiner le cadre dans lequel les religions coexistent au sein de nos sociétés. Historiquement, les sphères du religieux et du politique se sont longtemps confondues. Jusqu’à ce que des personnes de différentes croyances s’établissent sur un même territoire.
Garant des libertés, c’est le pouvoir politique qui a dès lors pour tâche d’assurer le « bien vivre en commun ». Cependant, met en garde Ruth Dreifuss, personne n’accepte d’être réduit à une seule identité. « Nous avons de multiples appartenances, religieuse, nationale, de parti, etc. C’est ce qui nous permet d’être solidaires de tous », souligne-t-elle.
Ancien grand rabbin de Genève, Marc-Raphaël Guedj lui fait écho. La pureté est dangereuse, souligne-t-il. « Elle nous pousse à refouler ou à anéantir ceux qui sont différents et portent ainsi atteinte à la pureté de notre identité. Si celle-ci est multiple, elle nous ouvre à l’universel. Cela nous évite l’écueil d’une identité monolithique, pétrifiée, qui risque de devenir meurtrière ».
En temps ordinaire, « l’identité permet de reconnaître le semblable pour aller vers l’autre, mais lorsqu’il y a conflit, elle devient signe de ralliement et forteresse », relève pour sa part le pasteur Jean-Claude Basset, pionnier du dialogue interreligieux à Genève. Il observe cependant une évolution récente: celle de « la fin des identités religieuses héritées ». Dans nos sociétés pluralistes, l’on est amené à construire sa propre identité, en effectuant des choix subjectifs. Ce qui bouscule les institutions, relève-t-il.
La religion: un outil pour faire advenir l’homme
Les guerres ne sont pas produites par les religions, mais par l’exploitation et la domination, affirme à son tour Larbi Kechat, recteur de la mosquée Adda’wa, à Paris. Les religions sont alors utilisées pour justifier les conflits. Or Dieu, défini par le Coran comme le « Miséricordieux », a fait de nous des êtres de relation, insiste le sociologue algérien. « Notre tâche, c’est d’établir une communication. Il s’agit d’un état intérieur plus que d’une action: Ne dit-on pas en français que deux pièces communiquent ? Cela signifie simplement qu’il y a une ouverture entre elles ». Et Larbi Kechat de lancer un appel à l’humilité: « Je ne suis pas la totalité ». Il n’est pas facile d’être humble et religieux, reconnaît Jean-Claude Basset.
« Nous devrions relire nos textes et revisiter notre histoire pour prendre conscience de nos erreurs. Mettre en valeur la religion de l’autre, c’est rendre hommage à sa propre religion », affirme de son côté le lama Nèldjorpa Wangchouk, établi en Savoie. Il est paradoxal de voir des religions, qui devraient relier les hommes entre eux, les couper les uns des autres, lance-t-il.
Pas plus de souplesse, mais plus de profondeur
Quand l’on embrasse une religion, on cherche une identité forte, avec le risque d’un repli, d’une fermeture. Comment éviter ce risque ?, demande le rabbin Guedj. « Par l’enracinement. Plus vous vous enracinez, plus vous approfondissez votre propre identité, plus vous vous ouvrez. Ce qu’il faut proposer aux jeunes, ce n’est pas plus de souplesse, mais plus de profondeur. » La religion est à ses yeux un outil pour faire advenir l’homme. « Le but du judaïsme n’est pas le judaïsme, mais l’humain », ajoute le rabbin Guedj, avant de plaider pour une pédagogie qui aide à sortir de la violence. « On devrait créer des centres de recherche dans ce sens au sein de toutes les religions ». MBA/JB
Encadré
Un forum des jeunes
Dans le cadre de la rencontre « Vivre ensemble l’interreligieux », une centaine de jeunes de 36 nationalités et de diverses religions ont tenu un « forum interreligieux », samedi et dimanche au Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève. Ils ont commencé par écouter les témoignages de quelques anciens. « Il y a une énorme richesse spirituelle dans nos religions, mais leur message atteint difficilement les nouvelles générations. Nous nous demandons comment rétablir la communication », indique Ariane Hentsch, la coordinatrice du forum. Une célébration interreligieuse a lieu dimanche en fin d’après-midi à la cathédrale St-Pierre et un colloque aura encore lieu lundi 14 novembre au COE. (apic/mba/be)
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