Genève: Rencontre interreligieuse
Michel Bavarel, Agence Apic
Genève, 14 novembre 2005 (Apic) Sans connaissance des autres religions et sans communication, point de tolérance possible. C’est ce qu’ont développé en substance les participants des différentes religions au colloque: « La fin de la tolérance? » qui s’est tenu lundi 14 novembre dans le cadre du week end interreligieux « Les identités religieuses: repli ou ouverture? » La réunion avait lieu au Conseil oecuménique des Eglises (COE) du 12 au 14 novembre « .
« La fin de la tolérance ? » tel était le thème sous forme de question du colloque qui s’est tenu lundi au Conseil oecuménique des Eglises (COE), à Genève, dans le cadre de la rencontre « Les identités religieuses: repli ou ouverture? » Du 12 au 14 novembre avait en effet lieu dans la cité de Calvin une série de manifestations – conférences, forums, célébration interreligieuse, exposition. Le tout prenant place au Conseil oecuménique des Eglises et réunissant plusieurs éminents protagonistes du dialogue interreligieux, bouddhistes chrétiens, hindous, juifs et musulmans, ainsi que 80 à 90 jeunes de toute l’Europe. Sous l’égide organisatrice de la Plate-forme interreligieuse de Genève et du Conseil oecuménique des Eglises (COE).
« La tolérance doit être basée sur la connaissance, la communication et la liberté de pensée », a déclaré en ouvrant le colloque international de lundi 14 novembre le secrétaire général du COE, Samuel Kobia. Des thèmes sur lesquels insisteront plusieurs orateurs. « Nous devons nous procurer des informations justes sur les autres religions et bien connaître au moins l’une d’entre elles », souhaite notamment la bouddhiste américaine Rita Gross. Mais cela ne suffit pas. « Nous devons aussi chercher à comprendre pourquoi la religion de l’autre a du sens pour lui. » Ce que Rita Gross ne tolère pas, c’est la prétention d’un groupe religieux à détenir seul la vérité.
Un dialogue parfois ardu
Le pasteur protestant et écrivain Shafiq Keshavjee poursuit sur cette piste : « Chaque groupe religieux, dit-il, affirme être en lien avec Dieu, fondement du tout, et porteur d’une plénitude. Comment, dans une société plurielle, les faire coexister ? Si l’on parvient avec peine à se partager la terre, il est encore plus difficile de partager le ciel. » Le dialogue interreligieux n’est donc pas aisé. On peut aboutir à une confrontation qui oblige à une certaine autolimitation, relève Shafiq Keshavjee. En cas de besoin, on doit recourir à l’arbitrage de l’Etat. Ce dialogue, selon Rita Gross, ne doit pas viser à changer l’autre, mais à se changer soi-même.
Larbi Kechat, sociologue algérien et recteur d’une mosquée à Paris, va dans le même sens : « Il ne s’agit pas de convertir l’autre : Dieu n’a pas besoin du quantitatif ». Pour lui, la diversité est le trait fondamental de la création. « Elle met en relief la grandeur de Dieu. Nous devons regarder chaque être humain comme l’expression de la grâce divine et comme un cadeau ». Pour le père Dominique Peccoud, qui tire cette conclusion d’une expérience menée au sein de l’Organisation internationale du travail, plutôt que de dialoguer face à face, les religions devraient le faire côte à côte, afin de construire l’avenir ensemble.
Rejeter toute violence infligée au nom de la religion
Dimanche soir 13 novembre s’est déroulée, dans la cathédrale Saint-Pierre, à Genève, une belle célébration interreligieuse où, plutôt que des discours, on a apprécié les couleurs, les sons et les senteurs de la diversité. C’est ainsi qu’ont retenti le chofar des juifs, l’appel à la prière des musulmans ou le gong des bouddhistes, que l’on a vu des danses hindoues et entendu le choeur bosniaque Pontania qui interprète des musiques des différentes familles religieuses. On a aussi brûlé des oiseaux de papier venus du Japon, pour que ces symboles de paix s’élèvent vers le ciel.
Engagements communs proclamés
L’assemblée a proclamé des « engagements communs » dont voici deux passages : « Nous affirmons qu’au coeur de toutes nos traditions religieuses se trouvent l’amour, la compassion et le renoncement (.) C’est pourquoi nous rejetons toute interprétation des doctrines religieuses qui prône l’hostilité, la haine ou l’exclusion. Nous nous engageons à mettre l’accent sur les doctrines et pratiques de nos traditions religieuses qui nourrissent la vie et encouragent la communauté. Nous affirmons que les conflits, la violence et la guerre sont incompatibles avec nos doctrines religieuses (.). C’est pourquoi nous rejetons toute violence infligée au nom de la religion. » (apic/mba)
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