Apic interview – 40 ans après le Concile (VI)

Le Concile Vatican II s’est conclu le 8 décembre 1965. A l’occasion de ce 40e anniversaire, l’Apic a demandé à une dizaine de témoins de cette époque de livrer leurs souvenirs et de décrire les changements qui ont marqué la vie de l’Eglise catholique. Sixième volet de cette série d’interviews avec Sr Marie-Bosco Berclaz, animatrice et responsable du service de la catéchèse d’adultes à Genève.

Genève: Jeune religieuse, Sr Marie-Bosco aspirait à davantage d’ouverture et de liberté

Le printemps d’une Eglise qui sort de son sommeil

Bernard Bovigny, agence Apic

Genève, 15 novembre 2005 (Apic) Le Concile a marqué le début d’une ère nouvelle pour les congrégations religieuses. Assouplissement des règles communautaires, ouverture, renouvellement de la formation, . Mais ce «printemps de l’Eglise» n’a pas amené tous les changements espérés par Sr Marie-Bosco Berclaz, animatrice en catéchèse d’adultes, qui en attendait davantage notamment au niveau des ministères.

«L’Eglise devrait instituer des ministères laïcs pour répondre aux nouveaux besoins d’évangélisation de toutes les couches sociales», affirme la religieuse, membre de la Congrégation des Soeurs de Ste-Ursule de Fribourg (dite des «Ursulines»).

Apic: Que faisiez-vous en décembre 1965?

Sr Marie-Bosco Berclaz: Je faisais mon noviciat chez les Soeurs de Sainte-Ursule à Fribourg. Un noviciat encore traditionnel, centré sur l’apprentissage des Règles de la Congrégation. Mais nous aspirions à une autre formation.

Apic: Quels souvenirs gardez-vous de cette époque conciliaire?

M.-B. B: Les termes qui me viennent à l’esprit sont: ouverture – aspiration à du neuf – effervescence des esprits – beaucoup de discussions – envie de changements, .

Je mettais beaucoup d’espérance en ce souffle nouveau, et la recherche d’un aggiornamento suscitait une grande vitalité. Je me souviens d’un travail où nous avions mis en lumière, sous le titre de «Nova et Vetera» un parallèle entre le concile de Trente avec Saint Charles Borromée et Vatican II avec Paul VI, faisant apparaître l’éclatement de bourgeons tout neufs comme un printemps de l’Eglise qui sort de son sommeil.

Apic: La jeune religieuse que vous étiez à l’époque avait-elle des attentes précises par rapport au Concile?

M.-B. B: Oui, beaucoup. Surtout par rapport à la vie religieuse à laquelle j’avais été initiée. Nous demandions plus d’ouverture, plus de souplesse et de liberté dans les allées et venues. Nous souhaitions la fin de la règle de la compagne pour pouvoir sortir et la possibilité de visite en famille, davantage d’adaptations pour les jeunes filles de nos écoles, ainsi qu’une libération de certaine forme trop conventuelle au profit du service apostolique. Nous voulions bâtir des passerelles entre la règle de vie et une écoute plus profonde de la Parole de Dieu. Je me souviens des premiers partages d’évangile.

J’avais une grande envie d’étudier la théologie avec cette soif d’apprendre, de comprendre, de nourrir ma foi aux sources vives de la Parole. C’était pour moi une ouverture apostolique autre que l’enseignement dans le cadre de nos écoles.

Apic: Sentiez-vous des résistances face aux réformes parmi vos conseurs?

M.-B. B: Bien sûr! Les changements demandaient du temps. le temps de transformer des habitudes liées à des valeurs transmises depuis des générations. mais aussi des mentalités forgées par une observance stricte de la règle de vie. Pour beaucoup, c’était le sentiment de perdre ces valeurs.mais nos supérieures ont été merveilleuses d’ouverture et très courageuses pour conduire au renouveau conciliaire sans briser les plus résistantes.

Personnellement, j’étais dans cette dynamique du changement et j’aurais souhaité que ça aille plus vite.

Apic: Quels changements notables ont été accomplis chez les religieuses en général dans la période post-conciliaire?

M.-B. B: Les changements ont été multiples. Je pourrais citer entre autres l’aggiornamento de nos Constitutions avec un grand travail de retour aux sources de notre fondation et une mise en lumière de notre spiritualité. Au niveau de la liturgie, un effort de changement a été remarqué. Il s’est traduit par la restauration de notre église pour que la messe soit dite face au peuple, l’adoption de la langue vivante à la place du latin, ainsi que le renouveau du chant liturgique et en particulier de l’office des heures.

Au niveau de notre congrégation, le Concile a marqué l’ouverture des missions en Afrique et une formation renouvelée pour les soeurs. La jeune professe que j’étais a ainsi pu bénéficier des cours d’exégèse à l’université. Vatican II a également marqué une ouverture à la vie paroissiale, où nous commencions à faire les lectures liturgiques et le service de la communion, suivis par des insertions apostoliques dans les paroisses.

Je citerais encore le décloisonnement des congrégations religieuses sur le Grand Fribourg, la simplification de l’habit religieux, ainsi qu’un assouplissement des horaires, plus adaptés au service apostolique, et l’ouverture à de nouvelles formes d’engagement comme le travail en pastorale catéchétique par exemple.

Apic: Le tournant des années 60 / 70 a été marqué par une forte crise des vocations et de nombreux abandons chez les prêtres. Les communautés de religieuses ont-elles vécu un phénomène analogue?

M.-B. B: Oui, mais bien moins important que chez les prêtres. Il y avait encore des vocations et chez nous, très peu de sortie de professes perpétuelles. Par contre un certain nombre de jeunes ont quitté avant la profession.

Apic: Quels fruits du Concile n’ont pas été réalisés à votre avis ?

M.-B. B: D’abord, j’aimerais dire que le Concile a porté des fruits incontestables, notamment dans le renouveau des paroisses, mais il n’a de loin pas été au bout de ses promesses. J’en attendais davantage au niveau de la proximité de l’Eglise dans le monde des plus pauvres, de l’évangélisation du peuple et dans la catéchèse des adultes, de l’accompagnement au changement et dans la formation à la liberté de conscience.

Au niveau des ministères également, les conclusions du Concile n’ont pas abouti aux changements espérés. Je pense notamment au sacerdoce des baptisés avec la mise en valeur des charismes et à la constitution de petites communautés de foi. L’Eglise devrait instituer des ministères laïcs pour répondre aux nouveaux besoins d’évangélisation de toutes les couches sociales.

Je citerais encore la place de la femme dans l’Eglise au niveau des prises de décision, une ecclésiologie de communion, moins pyramidale, à l’écoute des réalités locales et une possibilité pour les Conférences épiscopales de prendre des orientations ajustées à la réalité culturelle et aux exigences de la vie des baptisés et des communautés locales.

Apic: Si un concile se tenait maintenant, quels thèmes devrait-il aborder en priorité?

M.-B. B: D’abord toutes les questions liées à la pauvreté et à l’exploitation des faibles par les forces du pouvoir et de l’argent. Que signifie, pour l’Eglise, l’annonce de la bonne nouvelle dans ces réalités quotidiennes?

Je souhaite également une Eglise de proximité et de solidarité, notion qui a été bien sentie par la démarche diocésaine AD 2000, ainsi qu’une réflexion sur les enjeux vitaux de l’Evangélisation dans notre société multicuturelle, multireligieuse et multiconfessionnelle. Un Concile devrait ensuite permettre le renforcement de l’autorité des Conférences épiscopales avec une marge de liberté plus grande pour la pastorale locale, en fonction des cultures et des besoins. Enfin, je pense à toutes les questions liées aux ministères: l’institution de ministères laïcs pour les besoins de l’Evangélisation, du service de la Parole en particulier et de la diaconie, le diaconat des femmes, l’accès aux ministères ordonnés. (apic/bb)

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