L’expression de la méfiance de l’Etat tchèque à l’égard des Eglises

Prague: Les Eglises fâchées par la nouvelle loi ecclésiastique votée par le Parlement

Prague, 25 novembre 2005 (Apic) Les Eglises chrétiennes de Tchéquie sont fâchées par la nouvelle loi ecclésiastique votée par le Parlement à Prague. La Conférence des évêques catholiques et Pavel Cerny, président du Conseil oecuménique des Eglises en République tchèque, ont émis de sévères critiques aux amendements apportés par la majorité parlementaire à la loi ecclésiastique.

La loi a encore besoin de la signature du président Vaclav Klaus. Le Parlement a voté avec les voix des socio-démocrates au gouvernement et des communistes (dans l’opposition) des amendements à la loi ecclésiastique prévoyant l’enregistrement des communautés religieuses et réglant leur organisation. La majorité a ainsi adopté l’amendement modifiant le statut des oeuvres caritatives et diaconales.

Des représentants des chrétiens-démocrates du KDU-CSL, qui partagent le pouvoir avec les socio-démocrates, ont annoncé qu’ils lanceront une plainte constitutionnelle. Des critiques émanant des rangs chrétiens-démocrates jugent que la modification du statut est contraire aux droits garantis aux Eglises par la Constitution. Selon cette dernière, les Eglises peuvent gérer leurs affaires indépendamment de l’Etat. Les Eglises tchèques affirment qu’ainsi les communautés religieuses et les Eglises ne pourront pas agir en dehors de la «tutelle de l’Etat». Une telle loi est en fait l’expression de la méfiance de l’Etat à l’égard des Eglises.

En contradiction avec les droits constitutionnels

La Conférence épiscopale tchèque estime également que ces amendements – qui restreignent les droits des Eglises par rapport à la loi de 1991 – sont en contradiction avec les droits constitutionnels ancrés dans la charte fondamentale du pays. Le projet de loi avait été élaboré par le ministre social-démocrate de la Culture, Pavel Dostal, décédé cet été d’un cancer à l’âge de soixante-deux ans.

En Tchéquie, pays fortement marqué par la sécularisation, les relations entre l’Eglise catholique, première Eglise dans le pays, et l’Etat tchèque, sont depuis longtemps dégradées. Le financement des institutions ecclésiastiques et la restitution des biens de l’Eglise confisqués durant l’ère communiste demeurent les principaux points de litige.

Retour de «l’époque du totalitarisme»

Les responsables de l’Eglise ont longtemps considéré que le ministre tchèque de la Culture Pavel Dostal, chargé des Eglises, était le premier coupable de cet état de fait. Il a été accusé d’empêcher l’Eglise catholique de développer ses activités, notamment dans le domaine caritatif. De son vivant, Pavel Dostal affirmait que la liberté des Eglises en Tchéquie était très grande, mais que les relations avec l’Eglise catholique ont été, dès le début, «marquées par la méfiance mutuelle».

Pour sa part, Pavel Cerny craint, comme ses partenaires catholiques, davantage d’immixtion de la part des fonctionnaires de l’Etat dans la vie des Eglises. Le président du Conseil oecuménique des Eglises en République tchèque a regretté que le nouveau ministre tchèque de la Culture n’ait pas réussi à empêcher ce changement législatif. Et de déplorer que la politique ecclésiale soit désormais menée par un appareil bureaucratique dont le but est de restreindre la liberté des Eglises. A ses yeux, il s’agit là de tentatives rappelant «le temps du totalitarisme» visant à retirer aux Eglises les oeuvres et institutions diaconales et les écoles. Il déplore que ces derniers temps, la section Eglises du ministère tchèque de la Culture a agi souvent comme si la nouvelle législation avait déjà été acceptée. (apic/kpr/be)

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