Les autorités ne reconnaissent que le patriarche destitué Irineos

Jérusalem: Israël qualifie de grave erreur l’installation du nouveau patriarche grec-orthodoxe

Jérusalem, 28 novembre 2005 (Apic) L’Etat d’Israël qualifie de «grave erreur» l’installation du nouveau patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem, Theophilos III, âgé de 53 ans. Les autorités israéliennes, qui ont contesté la cérémonie d’intronisation de jeudi dernier, se comportent «comme l’empire ottoman», a déploré pour sa part le chef de l’Eglise orthodoxe de Terre Sainte.

Israël a en effet publié dimanche 27 novembre une réponse préliminaire à la pétition adressée par Theophilos III à la Cour suprême israélienne le mois dernier. Le nouveau patriarche réclame qu’Israël reconnaisse son élection par le Saint-Synode à la place du patriarche Irineos, déposé après un scandale portant sur la vente et la cession de biens immobiliers de l’Eglise à des investisseurs liés à des groupes juifs ultranationalistes.

L’Etat hébreu refuse pour le moment d’octroyer sa reconnaissance au patriarche, arguant d’anciennes règles datant de l’empire ottoman. Dans sa réponse adressée à la Cour suprême israélienne, les autorités israéliennes qualifient Theophilos de «métropolite de Tabor», en Galilée, son titre précédent. N’acceptant pas le destitution de son prédécesseur Irineos, le gouvernement israélien continue d’appeler ce dernier «Sa Béatitude le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem».

Il demande à la Cour suprême de rejeter la pétition du nouveau patriarche, relevant que la cérémonie d’intronisation a été organisée bien que Tzachi Hanegbi, le ministre israélien pour les Affaires de Jérusalem, eût informé le patriarcat des objections israéliennes.

Israël veut faire valoir son droit d’intervenir dans les affaires internes de l’Eglise orthodoxe. Il a écrit à la Cour suprême qu’il n’a pas révoqué la reconnaissance donnée en son temps au patriarche Irineos, qui continue d’être à ses yeux le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem. Le bureau du conseiller juridique du patriarcat, R. Moghrabi, a relevé que la cérémonie d’intronisation du nouveau patriarche dans l’église du Saint Sépulcre était «une cérémonie religieuse faisant partie de la tradition et de la foi orthodoxes, et que le gouvernement israélien en a été informé à l’avance, malgré le fait que ce soit une affaire interne à l’Eglise».

Israël contredit une décision interne de l’Eglise grecque-orthodoxe de Jérusalem

Israël, en soutenant le patriarche déposé, contredit une décision interne de l’Eglise grecque-orthodoxe de Jérusalem – en fait une décision du Saint-Synode de l’Eglise – qui plus est, confirmée par le Saint-Synode pan-orthodoxe de Constantinople. Commentant pour le journal israélien «Ha’aretz» le comportement des autorités israéliennes, le nouveau patriarche a estimé qu’il lui faisait penser à l’époque de l’empire ottoman, quand le patriarcat était sujet à l’arbitraire des sultans régnants.

Rappelons que jeudi dernier, c’est le président grec, Karolos Papoulias, qui conduisait une délégation de personnalités politiques et religieuses de Grèce – dont l’archevêque Christodoulos, accompagné des représentants de toutes les Eglises orthodoxes – participant à la cérémonie d’intronisation à Jérusalem. Karolos Papoulias avait salué la nomination de Theophilos comme «un nouveau commencement» pour l’Eglise.

Selon une tradition remontant à plusieurs siècles, un nouveau patriarche grec-orthodoxe à Jérusalem doit être confirmé par les dirigeants de la Terre Sainte, dans ce cas Israël, l’Autorité palestinienne et la Jordanie. La cession de biens immobiliers avait provoqué la colère de la communauté grecque-orthodoxe, très unie en Terre Sainte, dont la plupart des paroissiens palestiniens sont hostiles à la vente de biens de l’Eglise à des Israéliens.

Du côté catholique, l’installation de Theophilos III comme patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem a été saluée par le Père Atanasio, responsable du «Statu Quo des Lieux Saints» – ensemble de règles écrites ou coutumières régissant les droits des unes et des autres communautés religieuses à Jérusalem et qui acquiert valeur de droit international avec les Traités de Paris (1856) et de Berlin (1878).

Le religieux franciscain a estimé que cette intronisation ouvre une «voie nouvelle et plus cordiale» dans les rapports entre l’Eglise catholique et l’Eglise grecque-orthodoxe. Il a relevé que Theophilos III est une «personne excellente, très instruite et très cordiale» qui a déjà exprimé son désir de renforcer les liens entre les confessions chrétiennes en Terre Sainte. (apic/haar/eni/asianews/be)

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