Rome: Le style «Benoît XVI» s’affirme en moins de huit mois de pontificat

Bientôt de nouveaux changements au sein de la curie

Ariane Rollier, agence I.Media

Rome, 11 décembre 2005 (Apic) En moins de huit mois de pontificat, Benoît XVI, 265e pape de l’Eglise catholique, a déjà su donner sa propre marque au gouvernement de l’Eglise catholique. De nouveaux changements sont attendus prochainement au sein de la curie romaine.

Si ce qui se passe au 3e étage du palais apostolique reste secret, il n’en reste pas moins que le nouveau pape travaille et que certaines choses changent. Ainsi le pape vient de nommer un nouveau secrétaire à la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements en la personne de Mgr Albert Malcolm Ranjith Patabendige Don, jusqu’alors nonce apostolique en Indonésie et au Timor oriental. Comme l’a dit le pape au président de Ferrari, Luca Cordero di Montezemolo, qui a offert lors d’une audience le 5 décembre, un volant de formule 1 «au pilote de la chrétienté», «conduire l’Eglise» est une chose complexe.

Depuis l’élection de Benoît XVI, les secrets sont mieux gardés au sein du Vatican. Son entourage très proche, seul à connaître ses intentions, ne parle pas. Le nouveau pape reçoit moins que Jean Paul II et même les chefs de dicastères en savent peu. «Merci, j’y penserai», répond par exemple le pape aux cardinaux qui lui remettent leur lettre de démission, une fois leurs 75 ans passés.

Et de les reconduire dans leurs fonctions sans leur donner d’autres indications. Une attitude qui ne va pas sans déstabiliser les membres de la curie. Les rumeurs invérifiables ou infondées ne cessent de circuler sur de futurs changements. Le pape y travaille, mais à son rythme et avec parcimonie. C’est une à une qu’il a fait les premières nominations dans la curie romaine.

Depuis le début de son pontificat il a opéré quatre changements importants. Après la nomination nécessaire, le 13 mai dernier, du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr William Joseph Levada, il a fallu attendre le 1er décembre pour celle du nouveau théologien de la Maison pontificale, le dominicain polonais Wojciech Giertych.

Le souverain pontife a aussi commencé à écarter discrètement quelques uns de ses collaborateurs, dont, le 19 novembre, Mgr Domenico Sorrentino, secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Il l’a remplacé dès le 10 décembre par Mgr Albert Malcolm Ranjith Patabendige Don, jusqu’alors nonce apostolique en Indonésie et au Timor oriental. Il a également confié le 20 octobre, la charge de l’organisation de ses voyages pontificaux, jusqu’ici assumée par Mgr Renato Boccardo – nommé en février dernier au gouvernorat de l’Etat de la Cité du Vatican – à Alberto Gasbarri, directeur administratif et technique de Radio Vatican. Ces quelques changements opérés au sein de la curie ne devraient être que le début d’une série; d’autres départs et nominations sont attendus prochainement.

Vers une transformation profonde du gouvernement du Saint-Siège

Par ailleurs, le pape réfléchit à une transformation profonde du gouvernement du Saint-Siège. Il a pour cela récemment formé une commission chargée de réaliser un projet de réforme de la curie, menée par le cardinal Attilio Nicora, président de l’Administration du Patrimoine du Siège apostolique (Apsa) et, entre autres, membre de la 2e section de la Secrétairerie d’Etat et du Conseil pontifical pour les textes législatifs.

Le pape a aussi déjà discrètement fait glisser, le 1er août dernier, la responsabilité du traitement des causes de dispense de l’obligation du statut clérical pour les prêtres et les diacres de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements vers la Congrégation pour le clergé.

En outre, Benoît XVI tient à avoir un regard de contrôle sur le Saint-Siège, et signe notamment beaucoup de circulaires dont la responsabilité était laissée à la Secrétairerie d’Etat sous le pontificat de Jean Paul II. Exemple anecdotique mais symptomatique, celle concernant la tenue des employés du Saint-Siège.

Si tout cela passe inaperçu aux yeux du public, c’est qu’en général le pape travaille dans la discrétion, envoyant des lettres à des groupes précis et préférant recevoir individuellement ses interlocuteurs. Cela lui permet d’avoir de façon privée une discussion de fond avec eux, notamment avec ceux qui ne sont pas dans l’exacte ligne du magistère. Exemples parmi d’autres, il a reçu l’été dernier le théologien allemand Hans Küng ou le supérieur de la Fraternité saint Pie X, le traditionaliste Bernard Fellay.

Souci du caractère sacré de la liturgie

Benoît XVI évite aussi, s’il le peut, de recevoir en audience des groupes trop importants. Il s’est ainsi, par exemple, abstenu de rencontrer les artistes venus au Vatican pour le concert de Noël du 2 décembre. De telles audiences sont souvent accordées à la dernière minute. Il en a ainsi été pour les évêques chaldéens réunis en Synode à Rome en novembre dernier ou encore pour les participants au Congrès international sur le génome humain organisé par le Conseil pontifical pour la santé.

Par ailleurs, généralement, le pape reçoit dans la même période que les évêques en visite «ad limina» d’un pays, un chef d’Etat de la même région, pour plus de cohérence et d’efficacité. Cela lui permet aussi de donner un message global à ce pays, dans un temps limité. Adressés à des groupes, portant sur des sujets précis, les discours de Benoît XVI sont riches et travaillés. Il s’agit, dans la plupart des cas, de démonstrations didactiques à forte portée. Même les messages lors de la prière de l’angélus du dimanche se veulent d’un style professoral, mettant par exemple en perspective les textes du Concile Vatican II.

Car Benoît XVI s’attache personnellement à certains dossiers. Tout en marchant dans les traces de son prédécesseur et en s’inscrivant dans l’héritage du Concile, il approfondit les thèmes qui lui semblent importants. Il poursuit et achève les chantiers de Jean Paul II, ce qui s’est notamment manifesté par ses premiers documents comme les Motu proprio au sujet des basiliques Saint-Paul hors les Murs et de Saint-François d’Assise, visant à une plus grande tutelle de la hiérarchie sur ces lieux de culte. On l’a vu également en ce qui concerne l’Instruction de la Congrégation pour l’éducation catholique sur les séminaristes à tendance homosexuelle. Son souci du caractère sacré de la liturgie est aussi manifeste.

Côté pastoral, l’évêque de Rome fait de temps en temps une sortie un peu exceptionnelle, dans un hôpital, une université, une paroisse ou un sanctuaire. Il se plie ainsi volontiers aux traditions. Mais l’essentiel de son activité se passe dans la Cité du Vatican. Agé de 78 ans, le pape tient à ménager sa constitution plus fragile que celle de son prédécesseur. Cela correspond aussi à sa personnalité plus intérieure. (apic/imedia/ar/be)

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