Débat sur la place de l’information chrétienne dans les médias
Jacques Berset, agence Apic
Genève, 12 décembre 2005 (Apic) La revue « Sources », éditée par les dominicains de Suisse romande, a fêté son 30e anniversaire vendredi soir dans les locaux de la paroisse St-Paul de Grange-Canal, à Genève. A cette occasion, une table ronde a réuni les responsables des principaux périodiques chrétiens de Suisse romande sur le thème de la place d’une information chrétienne dans les médias.
Tirée à 1’200 exemplaires – dont quelque 700 abonnés -, « Sources » a été fondée par le Père Raphaël Oechslin, un lettré du couvent St-Hyacinthe, à Fribourg, qui fut prédicateur. Aujourd’hui, l’équipe de rédaction est dirigée par le Père Guy Musy, ancien missionnaire au Rwanda, pays où il avait contribué à mettre sur pied la revue « Dialogue ».
Quel avenir pour la presse catholique ?
Animé par Alain Dupraz, journaliste au quotidien « La Tribune de Genève », le débat a montré que si les revues chrétiennes ont du mal à résister, elles ne sont pas toutes condamnées à mort. Quoique la disparition, fin décembre – après 110 ans de bons et loyaux services – de la revue BETHLEEM à Fribourg, éditée par la Mission Bethléem Immensee (MBI), donne à réfléchir.
Ancien rédacteur responsable de cette revue missionnaire, le Père Bruno Holtz a certes laissé entendre que « personne n’a vraiment besoin de nos publications pour vivre », en soulignant la difficulté de faire paraître une revue de 48 pages en Suisse romande en payant les salaires d’une rédaction. Le déficit se montant à près de 150’000 francs pour 4’000 abonnés, il n’était plus possible de continuer sur cette base. Il pense cependant possible de relancer la revue défunte l’an prochain avec une équipe de bénévoles, en réduisant la publication à 16 pages.
Discours plus optimiste du côté de l’abbé Michel Salamolard, directeur éditorial et pastoral du journal paroissial « Paroisses Vivantes », « le plus grand en termes de tirage, avec 100 à 130’000 exemplaires chaque mois, plus d’un million par an! ». Le secret de cette réussite, a-t-il souligné, c’est la collaboration très organique entre l’Oeuvre St-Augustin (éditeur) et les paroisses associées. Mais ce succès relatif n’est peut-être pas éternel, a-t-il reconnu.
Un paysage médiatique marqué par la fragilité
Il a en effet relevé que le paysage de la presse catholique en Suisse romande, marqué par la diversité, le nombre de titres et la faiblesse des tirages, était caractérisé par une très grande fragilité. « Le public cible de toutes ces revues est pour la plupart le même et commence à fondre comme neige au soleil. » Sans compter qu’avec les difficultés économiques que connaissent un certain nombre de familles, il devient difficile de s’abonner à plusieurs revues. Fini le temps où l’on avait 3 ou 4 revues missionnaires à la maison!
Le Père Guy Musy a rappelé que le lancement de « Sources » en 1975 était l’oeuvre assez personnelle du Père Raphaël Oechslin, avant de devenir « dominicaine d’un point de vue institutionnel », dans le but d’atteindre un public un peu plus large. La revue tient, elle reste stable, ce qui est un assez bon signe, a-t-il relevé, tout en soulignant que tout le travail est bénévole. Malgré tout, reconnaît-il, « nous aussi, nous sommes sur la corde raide, car nous arrivons à peine à payer les frais postaux et d’imprimerie ».
« Choisir », la revue culturelle jésuite fondée en 1959 à Fribourg, n’a pas toujours eu la vie facile, a relevé pour sa part le Père Pierre Emonet, rédacteur en chef. L’évêque d’alors aurait souhaité une publication plus docile, lui demandant même d’aller dans un autre diocèse. Finalement, « Choisir », une revue fidèle à la spiritualité ignatienne, s’installera à Genève.
Dès le début, elle pratique le dialogue oecuménique, puis interreligieux, et fait appel à des plumes comme les Pères Congar, Rahner ou De Lubac, le pasteur Lukas Vischer, Roger Schutz, le fondateur de Taizé, l’essayiste et romancier Pierre-Henri Simon ou l’ancien secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), Willem A. Visser ’t Hooft. « Nous avons un lectorat un peu restreint, car exigeant », a relevé Pierre Emonet: des juristes, des médecins, des enseignants. Sur un tirage de 3’000 exemplaires, la revue compte environ 2’400 abonnés. « C’est un lectorat très fidèle, mais qui vieillit, les jeunes ne s’abonnent pas à Choisir », note-t-il. Et de chercher du côté d’internet, pour tenter d’attirer les jeunes.
La BD de Tintin attire plus que le contenu de la publication
Fondé il y a 75 ans, « l’Echo Magazine », qui s’appelait alors « l’Echo Illustré », est né sous la houlette de Mgr Besson. « C’était un coup d’audace, dans les années 30, de lancer une revue alors que la crise économique touchait les familles ». Son succès à l’époque fut dû plus à Hergé – l’Echo publiait en effet la BD des aventures de Tintin – qu’à son contenu, plaisante son rédacteur en chef Bernard Litzler.
Aujourd’hui, l’Echo Magazine, qui se veut toujours l’hebdomadaire chrétien et culturel de la famille – tire à 20’000 exemplaires. Sa liberté face à l’institution Eglise est reconnue et il est d’ailleurs édité par une entreprise privée, Saripress SA. Le magazine ne se veut pas à proprement parler un journal confessionnel, bien qu’il soit perçu comme tel par exemple par la Radio Suisse Romande, qui ne veut pas le citer pour cette raison dans sa revue de presse.
C’est Jean-Samuel Grand, rédacteur responsable de la revue oecuménique « Itinéraires » – qui se veut une recherche chrétienne d’ouverture « née un tout petit peu protestante » – qui a lancé le débat: « Le grand problème d’aujourd’hui, constate-t-il, c’est que l’économie est en train de nous tuer. il faut désacraliser l’économie, ne pas sacrifier à la puissance ». Et de demander de ne pas faire « comme si l’argent était plus important que le message que nous devons faire connaître! ».
Le « sida économique »
Parlant de « sida économique », il s’est demandé pourquoi les chrétiens ne lutteraient-ils pas pour des valeurs qui n’ont pas de rentabilité économique. Sa revue, tirée à 6’000 exemplaires, ne compte que 2’700 abonnés. Pour lui, « il faut se détacher du nombre, et ne pas chercher à plaire à tout prix, il est plus important de défendre des valeurs ».
Au cours du débat, constatant que les revues d’essence chrétienne s’effritent – quand elles ne disparaissent pas – les participants ont convenu qu’ils répondaient certes aux attentes de leurs lecteurs, mais qu’il fallait élargir le noyau des abonnés, « en voie de disparition ». Car aujourd’hui, a insisté Bernard Litzler, « le public est en attente de valeurs et nous répondons à ce besoin ». (apic/be)
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