Mexique: Le Mexique critique très durement Washington pour son projet de «mur de la honte

Indignation et levée de boucliers

Mexico, 19 décembre 2005 (Apic) Le projet de Washington de construire une muraille à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis provoque une levée de boucliers aussi bien au Mexique qu’aux Etats-Unis. But de Washington: freiner le passage illégal des latinos en direction du nord.

Le projet, qualifié de «mur de la honte», au même titre que celui construit par Israël dans les territoires occupés, et que celui de Berlin, aujourd’hui détruit, a provoqué l’indignation de leaders politiques, y compris du président mexicain Vicente Fox, pourtant fidèle allié de Washington.

Ce dernier a encore haussé le ton ces jours, ajoutant sa voix à celle de l’Eglise catholique, fort critique à l’égard de l’administration Bush et du congrès. «Il s’agit d’un très mauvais signal donné par le Congrès américain et le gouvernement de ce pays», a déclaré Fox dans son message délivré dimanche à l’occasion de la Journée internationale des migrants.

Le président Fox faisait ainsi allusion à l’approbation, par la chambre basse des Etats-Unis, à un projet de loi qui prévoit la construction d’un mur à la frontière mexicaine, et qui convertirait en un grave délit les entrées illégales vers les Etats-Unis.

«Pour nous, Mexicains, c’est une honte que ce mur. Il me semble que rien de tel ne devrait exister, compte tenu des relations qui unissent le Mexique et les Etats-Unis, a-t-il dit. Dans le passé, des murs semblables ont été détruits par les citoyens, détruits pierre par pierre pour la recherche de la liberté et de la démocratie, a-t-il ajouté.

Washington ne montre pas l’exemple

Même ton du côté de l’Eglise. Le cardinal Norberto Rivera, archevêque de Mexico, a repoussé l’intention nord-américaine et dénoncé l’attitude de Washington, dans une déclaration remise dimanche à la presse. «Les Etats-Unis, a-t-il dit, devraient au contraire ériger des ponts. Washington proclame la globalisation, mais ne donne pas l’exemple.

Selon des chiffres officiels, plus de 10 millions de Mexicains vivent actuellement aux Etats-Unis, dont la moitié sont sans papiers. Chaque année, un million de latinos tentent de franchir la frontière, au péril de leur vie parfois: 400 personnes trouvent en effet annuellement la mort dans ce périple qui ressemblait pourtant à un voyage vers l’Eldorado.

Pour l’économie mexicaine – et pour nombre de pays latinos – l’immigration vers les Etats-Unis représente un apport non négligeable – estimé à plusieurs milliards de dollars – , grâce aux envois d’argent destinés aux familles restées au pays.

Pour le président mexicain, ce projet de mur est une pierre jetée dans les jardins des partis traditionnellement au pourvoir dans ce pays. Pour la première fois en effet, un candidat de gauche, Andres Manuel Lopez Obrador, semble en mesure de l’emporter aux élections présidentielles prévues en été 2006, alors que l’Indio Evo Morales s’apprête à prendre le pouvoir en Bolivie. Encore des bastions des Etats-Unis qui se perdent, après le Venezuela, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et, dans une moindre mesure, le Chili. (apic/jx/pr)

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