Il faudra encore du temps avant une normalisation

Chine: L’évêque de Hongkong analyse les rapports entre l’Eglise et Pékin

Rome, 6 janvier 2006 (Apic) Il faudra encore du temps pour une entente entre les autorités chinoises et le Saint-Siège, a estimé l’évêque d’Hongkong, interrogé par le quotidien italien Avvenire, le 5 janvier 2006. Mgr Joseph Zen a cependant précisé que les catholiques parvenaient désormais à conquérir « des espaces significatifs de liberté ».

« La Chine continue à être un joug très lourd. Le parti communiste veut tout contrôler, a déclaré l’évêque d’HongKong au journal de la Conférence épiscopale italienne, pas seulement les structures mais aussi l’esprit et le coeur des citoyens ». « Aujourd’hui, les méthodes ont un peu changé, a-t-il affirmé, mais la réalité de fond est restée la même ». Selon lui, « personne n’ose dire vraiment ce qu’il pense ».

Cependant, Mgr Joseph Zen estime que « les catholiques étaient en train de gagner » contre les autorités politiques. Car « avec de la patience et de la ténacité, ils sont en train de conquérir des espaces de liberté significatifs ». Si « le gouvernement communiste contrôle les structures », a illustré l’évêque, il ne contrôle plus « les coeurs et les esprits des fidèles ».

« Depuis de nombreuses années de séparation forcée en Chine, l’Eglise catholique est désormais une seule, a-t-il alors expliqué, tous veulent être unis au pape ». Pour lui, « l’obstacle » à la pleine réunification des deux Eglises en Chine, officielle et souterraine, est « comme toujours, le contrôle exercé par le parti ».

En effet, l’Eglise chinoise officielle est « à la tête de deux grandes structures », la Conférence épiscopale et l’Association patriotique des catholiques, a rappelé Mgr Zen. Or, la première n’a plus de président depuis deux ans et la seconde est dirigée par un évêque malade et « discrédité aux yeux des catholiques ». De ce fait, selon l’évêque de HongKong, « c’est le secrétaire exécutif de l’Association patriotique Liu Bai Nie qui dirige ». Toutefois, pour Mgr Zen, cette situation ne devrait pas se poursuivre longtemps.

Depuis les années 80, « beaucoup d’évêques nommés par le gouvernement de Pékin » ont en effet souhaité être « reconnus par le Saint-Siège ». Si bien que « 85% de l’épiscopat de l’Eglise officielle de Chine ont obtenu du Vatican leur légitimation », a estimé Mgr Zen. Et selon lui, les évêques qui ne sont pas reconnus par Rome, sont « marginalisés, refusés par le clergé et par les fidèles ». Mais ce qui est surtout « nouveau », c’est que désormais, ce sont « les candidats à l’épiscopat de l’Eglise officielle » et non plus seulement les évêques déjà ordonnés, qui sont « préoccupés d’avoir la nomination du Saint-Siège ».

Tour de vis des autorités

Concernant la possibilité que le Saint-Siège rompe ses relations diplomatiques avec Taiwan pour pouvoir en nouer avec Pékin, Mgr Zen a déclaré que l’Eglise universelle « est soucieuse des millions de fidèles de la Chine communiste et est prête à réaliser un pas très douloureux ». Il a aussi jugé que « nous devons bien expliquer aux fidèles de Taiwan que ce n’est pas une trahison mais une nécessité ». « Ce n’est pas une décision à prendre le coeur léger », a-t-il encore estimé. Et de s’interroger sur « ce qui sera donné en échange par le gouvernement de Pékin ». Est-il « prêt à concéder la liberté religieuse ? Telle est la question ».

L’évêque de HongKong a finalement considéré que tandis que « le Vatican pousse pour un accord », les communistes chinois « ne se pressent pas ». Pour lui, il faut d’abord « régler certains problèmes, comme les nominations épiscopales dans les nombreux diocèses vacants ». Or selon Mgr Zen, l’Association patriotique devrait vouloir placer ses hommes pour « contrebalancer avec les nominations qu’il a subies ces derniers temps, comme celle de l’évêque auxiliaire de Shanghai ». « Je ne vois pas d’entente derrière l’angle, il faut encore du temps », a alors déclaré l’évêque chinois. Et d’ajouter « encore aujourd’hui, les répressions continuent contre les catholiques et les dissidents ».

Ainsi l’agence Asianews rapportait, le 5 janvier 2006, que Mgr Han Dingxian, l’évêque de l’Eglise clandestine de Yongnian (Hebei), âgée de 66 ans, avait disparu. Arrêté en 1999 et isolé dans un hôtel tenu par le gouvernement, il était depuis interdit de tout contact avec son entourage. Cependant, certains parvenaient à l’apercevoir par sa fenêtre. Or, personne ne parvient plus à le voir ou n’entend parler de lui désormais. Mgr Han Dingxian a déjà passé plus de 20 ans en prison.

Désormais, le nombre d’évêques disparus en Chine est porté à 3, tous de la province d’Hebei: Mgr Han Dingxian, Mgr James Su Zhimin, du diocèse de Baoding, disparu en 1996 et Mgr Francis An Shuxin, évêque auxiliaire de Baoding, arrêté en 1997.

Quant au prêtre Wang Wenzhi, du diocèse de Mgr Han Dingxian, il a été arrêté le 11 décembre dernier à Fengfeng, également dans la province de Hebei. Il est lui tenu depuis isolé dans un hôtel du parti et est sujet à des pressions pour le faire rejoindre l’Association patriotique. (apic/imedia/ar/pr)

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