Le pouvoir mène la vie dure aux immigrants depuis le 11 septembre

Canada: Les évêques catholiques du Canada dénoncent le sort réservé aux réfugiés

Ottawa, 11 janvier 2006 (Apic) Selon la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), le gouvernement d’Ottawa mène la vie dure aux immigrants et aux réfugiés depuis le 11 septembre 2001, date des attentats contre le World Trade Center, aux Etats-Unis.

Dans une lettre pastorale en vue de la traditionnelle Journée mondiale des migrants et des réfugiés ce dimanche 15 janvier, la Commission des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) affirme que le Canada doit déployer tous les efforts pour accueillir dignement les personnes immigrantes et réfugiées. Dans ce document intitulé « Car nous ne sommes devant toi que des étrangers et des hôtes », elle relève un certain nombre de lacunes dans l’accueil et la protection des réfugiés et plaide pour un meilleur accueil.

Les immigrés, c’est aussi contribution aux plans économique, social et culturel

La présence de l’immigration au sein de la société canadienne apporte une contribution de plus en plus significative aux plans économique, culturel, social et politique, peut-on lire dans le document des évêques. En 2004, le Canada a accueilli 235’824 nouveaux résidents permanents provenant de plusieurs pays, 14% d’entre eux étaient réfugiés. « Même si les Canadiennes et les Canadiens se considèrent généreux envers les réfugiés, ce taux d’acceptation ne fait guère le poids en regard du nombre de personnes dans le monde qui se déplacent et ont un besoin de protection », peut-on lire dans le document de la CECC. Qui rappelle qu’être un migrant ou un hôte de passage, « c’est la réalité que vivent 2,9% de l’ensemble de la population mondiale aujourd’hui ».

On évalue en effet à au moins 175 millions le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent à l’extérieur de leur pays d’origine, ce qui inclut les migrants économiques, les réfugiés et les demandeurs d’asile. « Plus que jamais, la migration est devenue un phénomène structurel de nos sociétés, une réalité importante de la condition humaine », écrivent les évêques.

Au cours des 70 dernières années, jamais le Canada n’aura compté sur une aussi forte proportion de citoyens venus d’autres pays: près de 20 % de sa population. Dans leur lettre pastorale sur l’immigration, les évêques catholiques révèlent cependant que de sérieuses lacunes minent les conditions de vie des personnes immigrantes et réfugiées.

Ils relèvent encore que plusieurs causes peuvent contribuer à expliquer l’explosion récente des migrations internationales: c’est une réaction à la perception de l’inégalité des chances entre pays d’origine et pays hôte.

La mondialisation accentue les déséquilibres dans la répartition des richesses

Selon un récent rapport des Nations Unies, 80% du produit intérieur brut mondial appartient au milliard de personnes qui vivent dans le monde développé; l’autre 20% est partagé entre les 5 milliards de personnes vivant dans les pays en développement. « Cette richesse des pays du Nord est trop souvent le résultat de l’exploitation des ressources naturelles et humaines des pays du Sud. La mondialisation économique accentue encore davantage les déséquilibres majeurs dans la répartition de la richesse sur la planète ».

Le document mentionne d’autres causes des migrations forcées: « les désastres écologiques – plusieurs sont la conséquence de pratiques inadéquates de développement -; la prolifération des conflits armés; la persécution sur la base des convictions politiques et même religieuses ou celle fondée sur le genre ou l’orientation sexuelle ».

Les évêques déplorent que les nations industrialisées de l’hémisphère Nord ont réagi à cette augmentation des flux migratoires en érigeant une « forteresse » à leurs frontières. A cause de la crainte du terrorisme, elles ont accru les mesures de sécurité et de contrôle et rendu l’immigration beaucoup plus difficile.

Perspective catholique sur les migrations

Lorsqu’elle n’est pas forcée, la migration peut être une expression de la quête humaine de la liberté et de nouveaux horizons porteurs de vie, estiment les évêques. Cependant, bien que l’Eglise soutienne le droit d’émigrer, celui-ci n’est pas vu comme un droit absolu des individus. Le droit de migrer est aussi soumis aux exigences du bien commun et, dans cette perspective, les évêques reconnaissent aux Etats le droit d’exercer un certain contrôle sur l’immigration. Néanmoins, écrivent-ils, « celui-ci ne saurait être inspiré par des ’attitudes égoïstes’ ou des ’politiques restrictives’ ».

Les évêques, qui ne veulent faire « aucun compromis concernant les droits des personnes réfugiées » et se basent sur le principe de la dignité fondamentale de chaque être humain et sur l’éthique de vie qui en découle, rappellent que le Saint-Siège a exhorté tous les Etats à adhérer à la Convention relative au statut des réfugiés de 1951, ainsi qu’au Protocole afférent de 1967. De plus, il a souvent demandé aux Etats de reconnaître l’exercice du droit d’asile proclamé par la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 14.1) et de s’abstenir d’y faire obstacle.

Déplorant la priorité accordée par les autorités depuis quelques temps aux préoccupations sécuritaires, les évêques soulignent que les politiques canadiennes de protection des réfugiés sont récemment devenues beaucoup plus restrictives. « En 2005, le Canada aura probablement reçu le plus petit nombre de demandes d’asile depuis le milieu des années 1980 (…) On constate l’effet des mesures d’interception mises en place par le gouvernement canadien, dont l’Entente sur les tiers pays sûrs conclue entre le Canada et les Etats-Unis et entrée en vigueur en décembre 2004 ».

Cette mesure exige qu’un demandeur d’asile présente sa demande dans le premier des deux pays où il arrive. Combattu par les évêques canadiens et par de nombreux organismes de défense des réfugiés de l’un et l’autre pays, cet accord est particulièrement préoccupant pour les demandeurs d’asile. Les communautés arabes et musulmanes, notamment, semblent désormais victimes d’un dangereux « profilage », certains étant même frappées d’un « certificat de sécurité » et subissant une période de détention indéterminée.

On assiste même une pratique alarmante d’ »extradition extraordinaire » de citoyens canadiens vers des pays qui pratiquent la torture. « L’enseignement catholique, peut-on lire dans le document de la CECC, voit dans les lois et les politiques donnant la préséance à l’intérêt national sur la dignité humaine des personnes une inversion fondamentale des valeurs ». JB

Encadré

Appel à renoncer à l’asile dans les églises

Durant l’été 2004, Judy Sgro, à l’époque Ministre fédérale de la Citoyenneté et de l’Immigration, demandait publiquement aux Eglises canadiennes de renoncer à la pratique traditionnelle consistant à offrir l’asile à des demandeurs du statut de réfugié menacés de déportation. Au cours des mois précédents, huit églises de différentes dénominations chrétiennes avaient donné l’asile religieux à des personnes qui n’arrivaient pas à faire reconnaître leurs besoins de protection par le gouvernement du Canada. En mars de la même année, la police de la Ville de Québec pénétrait dans un sanctuaire de l’Eglise Unie du Canada pour arrêter un réfugié algérien. Cette violation d’un sanctuaire rompait une tradition jusqu’alors respectée au Canada. La réponse des chefs des Eglises a été de rappeler que le problème n’était pas le recours à l’asile religieux, mais plutôt les lacunes du système canadien de reconnaissance du statut de réfugié, qui laisse trop de réfugiés sans protection. (apic/cecc/be)

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