Suisse: La Fédération des Eglises protestantes au Forum économique mondial de Davos
Berne, 12 janvier 2006 (Apic) Les Eglises protestantes de Suisse veulent profiter de l’audience du tout prochain Forum économique mondial (FEM – WEF en anglais) à Davos pour faire avancer le débat sur des dossiers comme la privatisation de l’eau, la place des femmes aux postes de responsabilité, l’avenir de l’Europe dans le monde ou les frontières morales et éthiques de la recherche.
Pour la quatrième année consécutive, du 26 au 29 janvier prochain, la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et le FEM organisent une nouvelle édition de l’Open Forum Davos, une manifestation ouverte au grand public. Il s’agit, a précisé le pasteur Thomas Wipf, d’établir un lien entre la société civile, le FEM et la population, et d’offrir la possibilité d’un débat critique et ouvert sur le problème de la mondialisation, ses conséquences et les orientations futures de la société. Le président du Conseil de la FEPS s’est défendu que cet Open Forum ne soit qu’une « feuille de vigne » alibi destinée à masquer les ravages de mondialisation néo-libérale en vogue parmi les grands patrons fréquentant le FEM.
Veiller à ce que les grandes déclarations soient suivies d’effets
Les organisateurs estiment que les résolutions prises dans les débats doivent être suivies d’effet et se disent prêts à interpeller les responsables à ce sujet. Des débats contradictoires auront lieu sur huit questions regroupées en un thème commun: « Respecter, dépasser, déplacer les frontières ». L’Open Forum 2006 est organisé en collaboration avec l’oeuvre d’entraide protestante « Pain pour le Prochain », « Terre des hommes » et la Croix-Rouge suisse.
Les organisateurs espèrent que les diverses table rondes – qui regrouperont notamment des entrepreneurs, des responsables politiques, des syndicalistes, des responsables d’ONG et d’oeuvres d’entraide – attireront du monde comme les années précédentes. En 2005, l’Open Forum Davos, organisé en parallèle au FEM, avait attiré durant quatre jours quelque 2’400 participants. Cette année, le Forum comprendra des débats sur la migration de travail, les liens entre la pauvreté et la concurrence mondiale, les droits de l’homme, l’eau, la recherche et ses limites, les femmes au pouvoir, l’avenir de l’Europe dans le monde et s’achèvera par une session sur les « frontières » à respecter ou à déplacer.
Parmi les hôtes de l’Open Forum, les organisateurs attendent notamment le président de la Confédération Moritz Leuenberger, les conseillers fédéraux Joseph Deiss et Micheline Calmy-Rey, ainsi que des patrons de grands groupes comme Daniel Vasella (Novartis) ou Peter Brabeck (Nestlé), des ministres de pays du Sud (Ouganda, Egypte, Indonésie), des défenseurs des droits de l’homme comme Kenneth Roth (Human Rights Watch) ou Peter Brey (secrétaire général de Terre des hommes).
Soumis à diverses critiques de la part d’opposants au FEM, le Conseil de la FEPS a fait procéder à une évaluation de l’Open Forum 2005. On lui reprochait de ne pas assez prendre en compte la participation des femmes et des experts venant du Sud, et de ne pas suffisamment faire passer leurs messages critiques quant à la mondialisation. Le Conseil de la FEPS a corrigé le tir cette année: la part des femmes, dans presque chaque thème de discussions, est d’au moins 40%. La représentation des pays du Sud a aussi été renforcée, notamment dans les débats sur l’accès à l’eau comme droit fondamental face aux tentatives de privatisation de cette ressource vitale, la recherche et la concurrence fiscale.
La course à l’évasion fiscale au détriment de la réduction de la pauvreté
A ce propos, « Pain pour le Prochain » (PPP), qui se montre très critique à l’égard du FEM, met l’accès sur la compétition fiscale mondiale, qui augmente la pauvreté. Aussi Reto Gmünder, secrétaire général de PPP, a-t-il rappelé que l’évitement de l’impôt par les multinationales et l’évasion vers les paradis fiscaux signifient des milliards perdus pour le développement. Et de souligner qu’aux Etats-Unis, 46 des plus grandes entreprises n’avaient payé aucun impôt en 2003, tout en réalisant plus de 40 milliards de dollars de bénéfices.
Le secrétaire général de PPP a affirmé que plus de la moitié du patrimoine des personnes fortunées d’Amérique latine a atterri dans des paradis fiscaux, les pays pauvres perdant ainsi des sommes énormes pourtant nécessaires à leur développement. Alors que selon les Objectifs du Millénaire de l’ONU, il faudrait élever l’aide au développement de 79 à 195 milliards de dollars d’ici 2015 pour réduire de moitié la pauvreté dans le monde, les Etats, qui ne pourront pas atteindre ce but, sont engagés dans une lutte fiscale à la baisse.
Encore beaucoup à faire dans le domaine des droits humains
Et Reto Gmünder de se demander quels seront les coûts sociaux de cette spirale dégressive des taux d’imposition, de cette véritable fuite des entreprises face à leurs responsabilités sociales, que d’aucunes appellent sans vergogne « optimisation fiscale ». Alors que le nombre des paradis fiscaux a doublé en 25 ans, les sommes nécessaires pour lutter contre la pauvreté sont bien inférieures à ce qui est détourné ainsi de l’impôt au niveau mondial. Finalement, a-t-il lancé, est-il possible de vouloir combattre la pauvreté sans mettre des freins à l’évasion fiscale ?
Peter Brey a pour sa part regretté que sur un total de 220 sessions à l’intérieur du FEM, il n’y en ait qu’une seule et unique qui traite spécifiquement des droits humains. « C’est aussi là que l’on voit que l’importance du respect de ces droits a encore beaucoup de chemin à faire. » Mais pour son ONG, qui participe évidemment aux manifestations du Forum Social Mondial (FSM), il est nécessaire de faire entendre la « voix du terrain » et de tenir « un miroir de la réalité » partout où cela est possible, notamment au FEM. « Ce qui compte, c’est de poursuivre le débat partout où c’est possible! »
Le FEM n’est pas un groupement de décision
Directeur général du FEM, André Schneider a rappelé qu’il ne faut pas voir les choses en noir et blanc, mais « étant donné qu’il y a tellement de problèmes, il faut appliquer toutes les solutions possibles ». Il admet certes que le Forum économique mondial porte une responsabilité par rapport aux problèmes du monde, « mais il faut aussi bien comprendre que le FEM n’est pas un groupement de décision, mais une rencontre entre des représentants de l’économie, des représentants des gouvernements et de la société civile ».
Le FEM depuis de nombreuses années attire l’attention des entreprises sur leur responsabilité sociale, insiste-t-il. « Mais nous devons aller au-delà des débats et agir! Nous avons à chaque fois entre dix et vingt initiatives que nous essayons de mettre en oeuvre, pour démontrer comment les entreprises, les gouvernements et la société civile peuvent vraiment apporter des solutions, par exemple dans le domaine de projets de formation informatique en Jordanie, en Palestine, au Rajasthan, en Egypte. »
Les manifestations de l’Open Forum sont publiques et gratuites. Elles ont lieu dans l’aula de la Schweizerische Alpine Mittelschule, Guggerbachstrasse 72, Davos Platz. Les langues des débats sont l’allemand et l’anglais (avec traduction simultanée). Le programme peut être consulté sur les sites internet suivants: www.sek-feps.ch et ww.weforum.org/openforum (apic/be)
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