Rome: Béatification de Jean Paul II

Apic Interview

Le point de vue du postulateur de la cause, Mgr Slamowir Oder

Propos recueillis à Rome, par Ariane Rollier, I.MEDIA/APIC

Rome, 22 janvier 2006 (Apic) Rencontré à Rome par l’Agence I.Media, partenaire de l’Agence Apic, le postulateur de la cause en béatification de Jean-Paul II, le polonais Mgr Slamowir Oder, explique comment se déroule le processus et le nombre de témoignages qui affluent à la cause de la postulation.

Apic: Monseigneur, peut-on ’quantifier’ le procès de béatification de Jean-Paul II en nombre de lettres, de témoignages, de personnes travaillant à la postulation ?

Mgr Slamowir Oder: Au début du procès (qui s’est ouvert le 28 juin 2005, ndlr), l’afflux de lettres était très élevé. Ainsi, nous en avons récolté jusqu’ici un millier par la poste ainsi qu’environ 2’000 mails venant du monde entier. Concernant les petites images du serviteur de Dieu, nous en avons imprimé presque 2 millions, distribuées un peu partout dans le monde. Quant au nombre de personnes travaillant ici, nous avons installé un petit secrétariat de la postulation. Nous commençons aussi à lancer une Lettre d’information sur la cause. Notre idée serait de le faire avec une fréquence mensuelle.

Apic: Avez-vous déjà entendu beaucoup de témoins au tribunal de la cause ? Comment sont-ils choisis ?

Mgr Slamowir Oder: Le tribunal est une chose différente de la postulation et les témoignages relèvent du secret du procès. Je peux seulement dire que nous sommes dans la moyenne du nombre de témoins pour une personnalité comme celle de Jean Paul II. Leur liste a été établie selon le critère de la véritable connaissance du pape par des personnes qui ont réellement pu le rencontrer en diverses circonstances. L’objectif du procès est de recueillir les témoignages de personnes pouvant donner des informations autour de sa vie, ses vertus et sa réputation de sainteté.

Apic: Pour cela, le tribunal de Rome est aidé par un sous-tribunal à Cracovie.

Mgr Slamowir Oder: Oui, le tribunal diocésain de Rome, qui a en main tout le procès, a demandé l’aide du tribunal de Cracovie qui collabore en tant que tribunal dit ’rogatoire’. C’est la pratique normale pour ce type de procès. Au lieu de déplacer tout le tribunal à Cracovie, on a institué ce tribunal qui a pour tâche de recueillir les témoignages des personnes vivant en Pologne. Car la plupart des témoins sont regroupés ici à Rome ou en Pologne.

Apic: Pourquoi le procès ne s’est-il pas ouvert dans la Cité du Vatican puisque le pape y est mort ?

Mgr Slamowir Oder: Peut-être parce qu’il était l’évêque de Rome. Il s’agit de quelque chose d’un peu compliqué du point de vue juridique, parce qu’il existe deux vicariats. Il y a celui de Rome et celui du Vatican, qui composent un diocèse unique, celui de Rome.

Apic: Quand pensez-vous que la première phase du procès puisse se conclure ? Certains voudraient que le pape soit béatifié rapidement, d’autres soutiennent qu’il faut prendre le temps de constituer un dossier sérieux.

Mgr Slamowir Oder: Je serais en effet de cet avis. Il faut faire les choses avec une certaine célérité, mais qui ne porte pas préjudice au sérieux du travail. Je ne vois pas pourquoi il faudrait courir de façon injustifiée. Nous ne faisons pas ce procès pour nous qui sommes convaincus de la sainteté du pape, ni pour lui, car je suis convaincu qu’il est déjà saint. Il s’agit d’un procès réalisé pour l’Histoire. Il doit être fait avec des critères de sérieux et de professionnalisme, pour éviter que quelqu’un puisse, demain, mettre en doute un élément ou soulève quelque objection ou critique envers le travail que nous aurons fait, mais aussi pour ne pas réduire la figure du pape aux stricts canons prévus par la loi pour les exigences du procès. Il faut qu’à travers notre travail, émerge vraiment la grandeur de Jean Paul II.

Apic: Combien de temps faudra-t-il donc selon vous pour clore la première phase du procès ?

Mgr Slamowir Oder: Je ne me mets aucune limite de temps. Il faut bien faire les choses et de façon scrupuleuse. La phase diocésaine durera tant que tous les témoins n’auront pas été écoutés et jusqu’à ce que tous les documents recueillis soient étudiés par la Commission historique. Je ne veux donc pas donner d’échéance.

Apic: Avez-vous eu des surprises positives et négatives depuis l’ouverture de la cause de béatification de Jean-Paul II ?

Mgr Slamowir Oder: Certaines choses pouvaient être. L’amour diffus dans le peuple de Dieu a émergé à travers des lettres qui proviennent de différentes parties du monde. La chose qui m’a le plus touché de façon positive est peut-être que ces voix reconnaissent la grandeur – je ne parle pas de sainteté mais de grandeur – et l’importance de la figure de Jean Paul II. Il y a aussi de beaux témoignages venant de non catholiques ou de non chrétiens.

Naturellement, une personne de la stature de Jean Paul II plaisait nécessairement à certains, et déplaisait à d’autres. Il y a donc ceux qui disent que le pape était trop progressiste et ceux qui disent qu’il était trop réactionnaire. Pour moi, cela signifie qu’il était incommode pour les réactionnaires comme pour les progressistes, ce qui signifie que c’était un homme du centre.

Apic: Malgré tout, comment dépasser ces objections pour le proclamer saint ?

Mgr Slamowir Oder: Je ne veux pour le moment pas entrer dans une polémique avec ces personnes, je peux seulement dire qu’en ce qui concerne les objections émanant d’un raisonnement fondé et constructif, elles devront sans aucun doute être affrontées. Certainement, il est difficile de prendre en compte les thèses disant que le pape ne peut pas être saint parce qu’il était détracteur de la morale traditionnelle de l’Eglise, parce qu’il proclamait sa doctrine morale. C’est absurde. Pour le moment, on recueille les éléments qui ont un fondement et ne sont pas seulement des expressions haineuses envers Jean-Paul II.

Apic: Comment être certain, toutefois, que les erreurs de Jean Paul II dans certains de ses choix, de ses actions ou dans sa pensée, n’empêcheront pas sa proclamation comme bienheureux ?

Mgr Slamowir Oder: L’Evangile est cause de scandale : certains saints ont été admirés, d’autres ont dérangé et ont, pour cette raison, été critiqués ou mal acceptés. Il faut aussi distinguer plusieurs choses. L’une est de reconnaître la sainteté personnelle de quelqu’un, une autre est de partager certains de ses choix de nature historique. Certains d’entre eux peuvent effectivement être objectivement critiquables. Mais cela n’a rien à voir avec la sainteté. Ce qui est important, c’est que la personne ait engagé toutes ses capacités, toute sa sainteté et toute l’héroïcité des vertus pour parvenir à une décision déterminée, inspirée de la charité, de l’amour de Dieu et du prochain. AR.

J. Navarro-Valls convaincu de la sainteté de Jean Paul II «au-delà de tout procès»

Par ailleurs, selon une interview donnée à Rai 2, le 21 janvier, Joaquin Navarro-Valls souhaite que le précédent pape «puisse être béatifié au plus vite» parce qu’il est convaincu de «sa sainteté au-delà de tout procès». C’est ce qu’il a déclaré dans une interview pour l’émission ’Sur le chemin de Damas’ transmise sur la chaîne italienne Rai 2, le 21 janvier 2006. Celui qui a été le ’porte-parole’ de Jean Paul II pendant vingt ans a confié que le pape l’avait beaucoup touché quand il l’avait appelé personnellement au moment de la mort de son père. Joaquin Navarro-Valls a aussi évoqué dans l’émission télévisée la très grande capacité de prière du pape qui y consacrait chaque jour plusieurs heures (apic/imedia/ar/vb)

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