Donner une voix à Dieu dans un concert médiatique cacophonique

Saint-Maurice: Les Soeurs et l’Oeuvre de Saint-Augustin fêtent leur 100e anniversaire

Jacques Berset, agence Apic

Saint-Maurice, 23 janvier 2006 (Apic) La Congrégation des Soeurs ainsi que l’Oeuvre de Saint-Augustin (OSA) fêtent cette année leur 100e anniversaire. Celles qui voulaient, dès leur fondation par Louis-Augustin Cergneux, chanoine de l’Abbaye valaisanne de Saint-Maurice, «donner une voix à Dieu», réfléchissent à l’avenir. Il est dans les mains de Dieu, confie à l’Apic Soeur Claire Donnet-Descartes, supérieure générale.

«Car Dieu est fidèle, il ne lâchera pas son petit troupeau. Mais il n’a pas de plan établi, l’avenir est donc aussi de notre responsabilité!», lance Soeur Claire. Qui affirme que l’enthousiasme est toujours là, comme demeurent la mission évangélique et la spiritualité propres à la congrégation. «Sans parler de l’apport de laïcs compétents et très motivés».

Les 24 religieuses sont aujourd’hui regroupées dans une aile de leur maison de Saint-Maurice, dont la toute nouvelle chapelle ouvre une magnifique perspective sur celle de Notre-Dame du Scex, incrustée juste en face dans la falaise rocheuse. Seules 6 d’entre elles sont encore actives dans le domaine de la «Bonne Presse», pour reprendre l’expression du chanoine Cergneux.

L’époque de la «Bonne Presse»

C’était alors l’époque de la fondation du journal «Le Nouvelliste», qui allait être édité et imprimé à Saint-Maurice par l’OSA jusqu’en 1924, ou de celle du quotidien catholique du Tessin, le «Giornale del Popolo», qui allait également être lancé par les soeurs de Saint-Augustin, le 22 décembre 1926. Aujourd’hui, les soeurs sont moins nombreuses: pendant quasiment 20 ans, elles n’ont pas eu de nouvelles vocations, et c’est en 2004 qu’elles ont pu accueillir une nouvelle professe, venue de Roumanie, qui a renouvelé ses voeux pour trois ans en mai dernier.

En 1995, les religieuses se retirent de Lugano et de Fribourg (où la librairie est confiée à une laïque). L’an dernier, à Genève, suite à un «essai non concluant», elles renoncent à la gestion de la Librairie «La Procure/Le Passage», qu’elles avaient reprise en 2001. En 2003, elles avaient déjà vendu leur secteur «imprimerie», l’OSA se recentrant sur l’édition de livres, la presse paroissiale, le secteur pré-presse et les librairies.

«On a pris la décision de nous recentrer sur le coeur de notre activité, qui est la diffusion, l’édition et la librairie. On était, sans se rendre compte, des imprimeurs pour pouvoir éditer et diffuser la Parole», rappelle Soeur Claire. Mais depuis longtemps l’imprimerie est une industrie lourde en investissements, qui doivent être rentabilisés coûte que coûte. Et comme il n’était pas question que l’imprimerie accepte des contrats contraires à la mission de la congrégation… Aujourd’hui, l’OSA peut trouver sans problème des partenaires à l’extérieur pour imprimer ses publications.

C’est le groupe Gessler SA qui a repris les imprimeries – avec les employés – de l’OSA. Près des deux tiers des bulletins paroissiaux édités à Saint-Maurice – «Paroisses vivantes» en français, «Pfarrblatt» en allemand – sont imprimés par ce groupe. L’autre tiers a été repris par le Centre d’impression du Pays, à Porrentruy, sous le nom de «Bulletin du Jura pastoral», sans parler du bulletin de forme tabloïd «Trait d’Union». Destiné aux paroisses de la Riviera vaudoise, il est imprimé par les Imprimeries Saint-Paul à Fribourg, mieux équipées pour ce travail. Les bulletins de paroisse du canton de Neuchâtel sont également imprimés par Gessler SA, mais à Colombier.

«Il s’agit là d’une volonté pastorale et financière des Eglise locales, qui veulent faire travailler des gens de l’endroit», relève Dominique-Anne Puenzieux, directrice générale de l’OSA. Mais dans l’opération de l’imprimerie, Saint-Augustin n’a pas perdu de places de travail, insiste Soeur Claire, estimant que l’entreprise se doit d’honorer sa responsabilité sociale.

La réorganisation des Unités pastorales crée de l’incertitude

«Nous devons faire preuve d’une grande souplesse chez nous, car nous publions 98 éditions différentes pour les bulletins paroissiaux de langue française. Et avec la réorganisation des Unités pastorales (UP), c’est souvent l’incertitude.Tout bouge à Genève, Fribourg et Vaud, mais rien n’est encore clair», relève Mme Puenzieux. Le risque existe qu’avec la restructuration, certaines UP renoncent au bulletin de paroisse de Saint-Augustin. «C’est à nous de les convaincre de l’intérêt à poursuivre». Mais pour le moment, l’avenir du bulletin «Paroisses Vivantes» semble bien assuré.

Comme il a repris la «clientèle» de l’Echo des Paroisses – un mensuel qui a cessé sa parution fin 2004, après avoir repris en juillet 2002 les pages paroissiales du défunt hebdomadaire «L’Echo romand» à Lausanne – le bulletin a plutôt gagné de nouvelles paroisses. «Paroisses Vivantes» – qui tire actuellement à plus de 1,2 million d’exemplaires par an, sans compter les 800’000 exemplaires du Pfarrblatt – voit cependant son tirage global se tasser. Nombre de paroisses renoncent en effet, pour des raisons financières, à distribuer «Paroisses Vivantes» en tous ménages. Du fait aussi que le lectorat type du bulletin est avant tout des femmes de plus de 50 ans, qui participent à la vie paroissiale.

Il s’agit donc, pour ses concepteurs, d’essayer de rejoindre les jeunes, et de faire un bulletin de «proximité». Mais c’est plus vite dit que fait.»C’est sûr que dans vingt ans, le lectorat que l’on a aujourd’hui aura pour une bonne part disparu. C’est notre souci majeur, il faut retrouver un lectorat parmi les jeunes, mais ils lisent de moins en moins. Il faut trouver de nouveaux produits pour l’avenir, diversifier, voir les possibilités d’internet, des blogs, des SMS, etc. «, lâche la directrice de l’OSA. Qui a constitué un groupe de réflexion pour imaginer les développements futurs.

Plus de 20 nouveaux livres chaque année

Pour les livres, autre pilier de l’OSA depuis 1934, les imprimeurs suisses ne sont souvent pas concurrentiels au point de vue prix, reconnaît Dominique-Anne Puenzieux. Alors, l’Oeuvre travaille en général avec des partenaires près de Lyon et de Dijon. En effet, estime la directrice, «comme on vend les deux tiers de nos livres en France, il est assez logique que nous imprimions chez eux».

Les Editions Saint-Augustin, qui ont pour but avant tout la diffusion de livres religieux, cherchent également avec la collection «L’aire de famille» à toucher un public plus large sur le marché francophone: France, Suisse romande, Belgique, Luxembourg, Québec, Liban. Ces ouvrages sont diffusés en Suisse par L’Office du Livre à Fribourg. La Sofédis à Paris se charge du reste de la francophonie.

L’OSA est également propriétaire des Editions Pillet et Clé de Sel. Lancée en 2003-2004, cette dernière – qui voulait éditer des livres de littérature – n’a pas trouvé son public et est actuellement gelée. «On est identifié clairement comme une maison d’édition religieuse grand public, et aussitôt que l’on dévie de ce créneau, on ne vend plus!»

La plupart des tirages sont à 1’500 exemplaires, avec éventuellement des rééditions. Mais certains bouquins connaissent un grand succès comme le livre «Ce qui fait grandir l’enfant», de Maurice Nanchen (Collection «L’aire de famille»), déjà tiré à 12’000 exemplaires.

Le dernier livre du cardinal Ratzinger avant qu’il ne devienne pape, intitulé «L’Europe, ses fondements, aujourd’hui et demain», a été édité l’an dernier à 6’000 exemplaires. Les grands documents de l’Eglise, comme les encycliques, connaissent aussi un grand succès: 1’500 exemplaires en Suisse romande en deux semaines! Cela signifie qu’il y a quand même une attente de la part du public. Depuis quelque temps, on voit également des éditeurs catholiques d’Espagne, d’Italie, de Corée, des pays d’Europe de l’Est – roumains, polonais, tchèques – s’intéresser aux produits édités à Saint-Maurice.

Quant à savoir si la vente de ces droits de reproduction rapporte beaucoup aux Editions Saint-Augustin, Dominique-Anne Puenzieux ne se fait pas trop d’illusions. Sauf que cela fait partie de la mission des origines, à savoir la diffusion de la Bonne Parole, une mission que les Soeurs de Saint-Augustin poursuivent également dans leurs librairies de Saint-Maurice et de Fribourg, en lien avec la Librairie La Procure à Paris. JB

Encadré

Fondée en 1906 dans la clandestinité, Constitution suisse oblige

C’est le 10 septembre 1906, dans un contexte de tensions politico-religieuses, que les premières Soeurs de Saint-Augustin – Marie-Thérèse Sidler (co-fondatrice et 1ère supérieure de la congrégation), Herminie Saint-Martin et Eugénie Gard – se sont engagées à Vernayaz, paroisse desservie par le chanoine Louis-Augustin Cergneux, leur fondateur. La cérémonie d’approbation s’est déroulée dans la clandestinité, car la Constitution suisse interdisait alors de fonder de nouvelles congrégations religieuses. En fait, depuis deux ou trois ans déjà, les «Demoiselles de Saint-Augustin» s’adonnaient à des travaux de presse et une société anonyme avait été constituée le 30 mars 1905. JB

Encadré

31 soeurs de Saint-Augustin actives en Afrique

Présentes sur le continent africain depuis 1960, 31 soeurs de Saint-Augustin, aujourd’hui toutes des Africaines, dirigent à Lomé, Togoville et Kpalimé (Togo) des librairies, un Centre audiovisuel, des ateliers d’ornements liturgiques, une bibliothèque diocésaine et un service d’éditions. Au Burkina Faso, les religieuses ont la responsabilité d’une librairie et d’un atelier de couture pour des vêtements liturgiques, tandis qu’une autre soeur est professeur à l’ISCOM (Institut supérieur des communications) à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Lors de leur dernier chapitre général, en juin dernier, les religieuses suisses et africaines avaient décidé de constituer deux entités distinctes et d’ériger la communauté africaine avec le statut d’une congrégation autonome. Tout en gardant des liens très forts avec Saint-Maurice, qui maintiendrait de toute façon un partage communautaire. Rome n’a pour le moment pas donné son feu vert. «On a peur notamment à Rome que l’Europe meure davantage si elle n’a pas l’Afrique pour l’aider à maintenir la congrégation», nous dit Soeur Claire Donnet-Descartes, supérieure générale. JB

Des illustrations de cet article peuvent être commandées à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch Dorénavant, les photos de CIRIC peuvent être commandées automatiquement par internet sur le site www.ciric.ch (apic/be)

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