Allemagne: Le directeur du Musée de la culture sépulcrale commente la mort sur internet

Apic interview

La mort, un sujet bien vivant dans les forums de discussion

Interview: Caroline Schulke / Traduction: Bernard Bovigny

Kassel, 26 janvier 2006 (Apic) La mort est un sujet souvent tabou dans la société. La situation est toute autre sur internet. « On y trouve des discussions très vivantes sur le décès et la mort », affirme Reiner Sörries, directeur du Musée de la culture sépulcrale à Kassel en Allemagne.

Ce fin connaisseur des questions liées à la mort a répondu aux questions de l’agence KNA, partenaire de l’Apic en Allemagne.

Apic: Le thème de la mort est souvent évincé dans la société. Sur internet aussi?

Reiner Sörries: Non, sur internet nous trouvons des discussions très vivantes sur le décès et la mort en général. C’est remarquable de voir ce thème autant présent dans ce média. Les recherches à partir des termes « mort » et « décès » donnent autant de résultats dans les moteurs de recherche que « amour ». Apparemment ces questions revêtent une grande importance. Dans tous les cas, la mort ne constitue pas un sujet tabou sur internet.

Apic: Et comment est traité ce thème sur internet?

R.S: Il y a d’abord le domaine commercial. Chaque entreprise de pompes funèbres, chaque service d’accompagnement lors des deuils et chaque fabricant de cercueils a une présence sur la toile. Ils en profitent pour donner gratuitement des informations sur leurs prix et sur la palette de leurs produits et prestations. Il y a ensuite le domaine de la communication et en particulier des discussions. Cela touche autant le domaine privé que les lieux de commémoration publics, comme les cimetières virtuels.

Apic: Quoi? Les cimetières virtuels?

R.S: Oui, il s’agit de pages internet où les noms des personnes décédées peuvent être inscrits. Et selon les sites, vous pouvez même charger des photos ou des films vidéo. Aux Etats-Unis, ces cimetières virtuels sont très courants. Chez nous, en comparaison, beaucoup moins. Dans ce domaine, nous n’acceptons jusqu’à maintenant apparemment aucune nouveauté. Peut-être cela changera-t-il avec la nouvelle génération.

Apic: Internet n’est-il pas un lieu de commémoration trop impersonnel?

R.S: Un cimetière virtuel peut constituer un complément ou un enrichissement de la culture de la commémoration. Il peut rendre le souvenir possible malgré l’éloignement. De plus, en permettant de vivre son deuil en compagnie de beaucoup d’autres, la personne touchée par un décès se sent présente dans une communautés d’endeuillés.

Sur quelques sites se trouvent également des poèmes et des informations sur le décès et la mort. En outre, il est parfois possible d’allumer des bougies virtuelles et de déposer des fleurs.

Apic: Pour quelles raisons des proches font-ils appel à des cimetières virtuels?

R.S: A ce jour, aucune étude n’a été menée dans les pays germanophones sur les motivations de ces personnes. Je suppose toutefois que cela concerne surtout les situations de mort problématiques. C’est une façon de les retravailler. On peut les assimiler aux croix sur les bords des routes. Les personnes touchées par des situations de décès dramatiques cherchent davantage à exprimer leur tristesse par des moyens divers. C’est le signe d’un désarroi important.

Apic: Internet est accessible à tous et chacun peut s’y présenter. Cela ne constitue-t-il pas un danger potentiel par rapport au thème de la mort?

R.S: Une grande diversité de mentalités est présente sur internet. On y trouve de l’ésotérisme, des images de pornographie violentes, de l’occultisme ou du spiritisme: chaque courant de pensée se trouve sur la toile. On y trouve également des forums à partir de questions comme: « Pourquoi ne pourrions-nous pas sacrifier des personnes? Ce serait pourtant formidable ».

C’est ainsi que le cannibale de Rothenburg et sa victime se sont connus à travers internet. Rien de ce qui est imaginable ne manque sur internet. Le problème réside dans l’absence de contrôles. Cela provoque naturellement le danger de voir des jeunes s’informer sur de tels thèmes, s’échanger des informations et même s’adonner à certaines pratiques, comme par exemple la communication avec les défunts ou le calcul de la date de sa propre mort. Cela peut occasionner des dégâts considérables, dont le jeune peut parfois ne pas se remettre durant toute sa vie.

Apic: Qu’en est-il du danger des forums de discussion sur la mort, dans lesquels les internautes s’échangent des informations sur la meilleure façon de mourir ou sur le suicide?

R.S: Les spécialistes, comme les psychologues et les criminologues, ne sont pas unanimes sur le danger potentiel de ces forums. Certains y voient une prévention contre le suicide, du fait que l’on parle de ses projets avec des gens animés des mêmes sentiments et la solidarité peut apporter une nouvelle force. D’autres ne partagent pas cet avis: « Lorsqu’on l’exprime, on passe à l’acte », pensent-ils.

Apic: Quel jugement personnel portez-vous sur le traitement de la mort sur internet?

R.S: Sur internet, il n’y a pas beaucoup de choses que l’on ne retrouve pas dans la vie réelle, mais elles sont présentées de façon plus dense et plus rapide. En outre, l’anonymat favorise la discussion sur des thèmes présumés tabous. Mais il y a naturellement des dangers. La fantaisie et les envies s’expriment et se réalisent par exemple plus facilement. Mais aussi longtemps que je me comporte de façon responsable avec ce média, cela amène assurément un plus. (apic/kna/job/bb)

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