Les patriarches et leaders chrétiens optimistes

Palestine: La minorité chrétienne dans l’expectative après la victoire électorale du Hamas

Jérusalem, 1er février 2006 (Apic) La minorité chrétienne en Palestine est dans l’expectative après l’écrasante victoire électorale du mouvement islamiste Hamas. Après un premier choc, de nombreux chrétiens des Territoires occupés ont désormais adopté l’attitude du « wait and see », après la proclamation des résultats des élections du 25 janvier.

Dans un communiqué rendu public mardi à Jérusalem, les patriarches et chefs des Eglises de Jérusalem félicitent le peuple palestinien pour son « action démocratique » lors des élections parlementaires de la semaine dernière. Ils font connaître publiquement leur respect et leur soutien « à la volonté du peuple exprimée à l’occasion de ces élections » et félicitent tous ceux qui ont été élus, notamment les membres du Hamas.

Certains peuvent avoir des craintes « dans cette nouvelle phase de notre histoire », écrivent les 13 responsables des Eglises chrétiennes, dont le patriarche grec-orthodoxe Theophilos III, le patriarche latin Michel Sabbah et le patriarche arménien apostolique orthodoxe Torkom II. Mais les chefs chrétiens réitèrent leur confiance dans la miséricorde divine et demandent aux Palestiniens de poursuivre leur contribution à la construction de leur histoire, « quels que puissent être les difficultés ou les obstacles, internes ou externes ».

Plaidoyer pour la non-violence

Les leaders religieux offrent aux nouveaux responsables palestiniens leur « coopération pour le bien commun et les aspirations nationales palestiniennes ». Ils plaident pour la non-violence dans la lutte pour la cause de la justice et de la paix, « que ce soit en matière de relations étrangères, de respect de la loi et de la pleine liberté religieuse, en particulier dans le champ social et éducatif ». « Nous demandons à Dieu de nous guider vers ce qui est bon pour tous et pour cette Terre Sainte avec tous ses habitants, Palestiniens et Israéliens, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs ».

Sur le terrain, interrogés par l’agence de presse catholique américaine CNS, des étudiants chrétiens de l’Université de Bethléem ont déclaré être « choqués » par la victoire du Hamas. Ils ne souhaitent pas que les islamistes s’ingèrent trop dans leur vie quotidienne, notamment en imposant le voile aux femmes, en vertu de codes basés sur la loi islamique, la « charia ».

Craintes chrétiennes face à la possible imposition de la « charia »

Malgré les craintes exprimés suite au résultat des élections, nombre de chrétiens interrogés par CNS estiment qu’il s’agit avant tout d’un vote sanction « pour punir l’Autorité Palestinienne » et le Fatah, et pas en premier lieu d’un vote en faveur d’un parti islamique. Mais dans une interview avec le quotidien canadien « Globe and Mail », Cheik Mohammed Abu Tir, un responsable important du Hamas, a déclaré que le Hamas a bel et bien l’intention de faire de la charia une base pour la législation, tant à Gaza qu’en Cisjordanie. « On n’interdira pas de vendre de l’alcool et on ne forcera pas les femmes à couvrir leur tête avec un voile », a-t-il déclaré, mais le parti veut introduire un cursus qui soit plus islamique dans les écoles publiques et exigera des classes séparées pour les garçons et les filles.

Le maire de Bethléem, Victor Batarseh, a confiance

Le maire de Bethléem, Victor Batarseh, un marxisant d’origine catholique, affirme qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur du Hamas, car tant ce parti que le Fatah ont toujours dit vouloir respecter le caractère particulier de la ville qui a vu la naissance du Christ Jésus. A Bethléem, affirme le maire de la ville, la collaboration avec le Hamas fonctionne plutôt bien: à la mairie, le Hamas dispose de cinq des sept élus musulmans, tandis que les chrétiens sont huit. Il a vivement rejeté les bruits qui couraient durant la campagne électorale selon lesquels le Hamas allait imposer une taxe spéciale aux non musulmans, les « dhimmis » ou « protégés ».

Victor Batarseh affirme pour sa part que le Hamas n’est pas du tout intéressé à interférer dans la « vie sociale normale », surtout pas dans la zone de Bethléem qui a un « caractère spécial ». Il estime également que la victoire électorale du Hamas ne va pas affecter le tourisme dont la ville sainte a besoin pour vivre.

Nouvellement élu au parlement palestinien pour le compte du Fatah, le sociologue Bernard Sabella, un catholique, pense qu’intégrer le Hamas dans le système politique est un bon moyen de transformer le mouvement islamiste en parti politique formel dont la population attend qu’il fournisse la stabilité, la qualité de l’éducation, de meilleurs soins médicaux et d’autres réformes sociales souhaitées par les gens. « Le Hamas est maintenant face à de hautes responsabilités », estime Bernard Sabella.

Une rhétorique de campagne électorale

Le sociologue assure qu’il n’est pas inquiet, « et la majorité des chrétiens non plus, bien que, naturellement, certaines voix exprimeront des inquiétudes. Nous devons attendre et voir ce qui va se passer », lâche-t-il. Pour lui, la rhétorique israélienne contre des négociations avec le Hamas fait partie du discours politique de la campagne en vue des prochaines élections prévues fin mars, de la même manière que les candidats palestiniens avaient tenu des propos anti-israéliens avant les élections de la semaine dernière.

« Israël et le Hamas doivent trouver une équation dans laquelle ils acceptant le statu quo », a-t-il insisté. « Car nous ne pouvons offrir des services et répondre aux besoins des gens à moins que nous trouvions tous une formule dans ce sens, non pour plaire à Washington, ou à l’Union européenne ou même à Tel Aviv ». (apic/cns/patlat/be)

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