Sénégal: Un marabout pionnier du dialogue islamo-chrétien
Dakar, 6 février 2006 (Apic) Un marabout, El hadj Habibou Mountaga Tall, est engagé au Sénégal depuis des décennies dans le dialogue inter-religieux. Il est l’une des quatre grandes figures religieuses (musulmane et chrétienne) du pays engagées dans ce dialogue. Il a fait éviter au pays en 1985 un conflit entre musulmans et chrétiens.
Un marabout sénégalais, El hadj Habibou Mountaga Tall, 78 ans, vit au quotidien depuis des décennies le dialogue interreligieux. Inépuisable sur le sujet, il fait équipe entre autres, avec Mgr Théodore Adrien Sarr, archevêque de Dakar, l’abbé Jacques Seck, aumônier des malades de Dakar. « Je suis le premier marabout sénégalais à entrer dans une église. Seul marabout engagé avec conviction dans le dialogue islamo-chrétien depuis plus de 20 ans », a-t-il déclaré dans une interview au correspondant de l’agence Apic à Dakar.
Descendant d’un grand marabout peulh.
Descendant du grand marabout peulh de la confrèrie des tidjane, El hadj Omar Tall (1797-1864), conquérant musulman en Afrique de l’ouest, dont il est le petit-fils, ses actions dans le dialogue interreligieux sont multiples, reconnaissent ses partisans. En 1985-86, il a fait éviter au pays une bataille confessionnelle entre musulmans et chrétiens qui aurait pu faire basculer le Sénégal dans un guerre religieuse sans précédent. La source du conflit était la construction à Tivavouane (nord de Dakar) où réside le khalife général des Tidjane, d’une chapelle, sans que celui-ci n’en soit informé.
En février 1992, il a marqué de son empreinte le voyage du pape Jean Paul II au Sénégal. Il lui avait offert un bélier et un boubou, spécialement confectionné pour le saint-père, avec une croix. « Mon engagement actif dans le dialogue islamo-chrétien a commencé en 1978, à l’initiative de mon oncle paternel, a-t-il rappelé. Ce dernier, marabout et personnalité musulmane importante, Seydou Nourou Tall, fils cadet du cheikh Omar Tall, est décédé à Dakar en janvier 1980. « Il m’avait chargé d’être son représentant auprès du cardinal Thiandoum dont le père était son ami », a poursuivi le vieux chef musulman sénégalais. Le marabout « maîtrise parfaitement la bible », et chez les catholiques, son ami catholique Jacques Seck « maîtrise lui, très bien le Coran, les citations, la sunah et les hadiths », a-t-il souligné.
Pour Habibou Mountaga Tall, « toutes les religions monothéistes appartiennent à Dieu. Personne n’a le droit de rejeter ou de critiquer celles des autres, encore moins de traiter ses fidèles d’ennemi. L’unicité de Dieu est reconnue et attestée aussi bien par les musulmans que par les catholiques. Toutes les deux religions adorent Dieu et le vénèrent. Les mosquées n’appartiennent pas au prophète Mahomet, ni au Christ, mais elles sont une maison de Dieu ».
Une longue tradition de respect mutuel
Son oncle paternel, El hadji Seydou Nourou Tall était « l’artisan du dialogue islamo-chrétien ». Beaucoup de catholiques de son temps, dont les pères de feux Léopold Sédar Senghor et du cardinal Yacinthe Thiandoum, entretenaient avec lui les meilleures relations qu’il soit. Ces chrétiens savaient que Seydou Nourou Tall ne nourrissait envers eux aucune haine et était un chef musulman ouvert.
Pour les autorités coloniales françaises de l’époque, il était le marabout de l’Afrique Occidentale Française (Aof). C’est à lui qu’on doit l’emplacement actuel de la cathédrale de Dakar, ainsi qu’une parcelle à l’hôpital principal de Dakar attribué aux soeurs pour l’implantation d’une pédiatrie ».
« Le dialogue islamo-chrétien s’est tellement imposé aujourd’hui au monde que même les saoudiens qui s’y opposaient sont maintenant convaincus de sa nécessité » a dit en conclusion Habibou Tall, rappelant les nombreuses critiques dont il a été l’objet au début de son engagement (apic/Ibc/vb)
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