La liturgie, lieu d’annonce de la foi

Fribourg: 145 agents pastoraux, prêtres et laïcs, en session du 8 au 10 février à Matran

Bernard Bovigny, agence Apic

Matran, 8 février 2006 (Apic) Les agents pastoraux francophones du canton de Fribourg se retrouvent du 8 au 10 février au Collège St-Joseph à Matran pour leur session pastorale annuelle. Reprenant le thème de l’annonce de la foi, abordé depuis plusieurs années, ils se sont mis à l’écoute du moine bénédictin Patrick Prétôt, directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie à Paris.

La session a rassemblé 145 participants, dont 60 prêtres, autour de leur évêque, Mgr Bernard Genoud, et du vicaire épiscopal Jacques Banderet. Parmi les 85 autres inscrits se trouvent une grande majorité de laïcs, dont font partie les religieuses et religieux non prêtres, ainsi que quelques diacres engagés professionnellement en pastorale.

Le premier jour, les agents pastoraux se sont mis à l’écoute de quatre de leurs collègues. Le diacre Patrick Cerchia, de Givisiez, Marie-Madeleine Beer, responsable cantonale du catéchuménat, le Père Zbigniew, prêtre en Gruyère, et Sr Anne.-Françoise Camélique, animatrice au sanctuaire de Notre-Dame des Marches, ont témoigné de la place de la liturgie dans leur vocation, leur engagement pastoral et dans le quotidien de leur vie.

Reprenant leur témoignage, Frère Patrick Prétôt a souligné la double dimension de la liturgie. Lorsqu’elle est comprise comme un culte, c’est un acte accompli par la communauté à l’égard de Dieu. Mais elle est également oeuvre du Christ, et action de Dieu pour les hommes. « Certains débats autour de ces deux dimensions de la liturgie, qu’il faut tenir ensemble, sont des véritables dialogues de sourds. Or, toute liturgie est à comprendre comme une oeuvre de l’homme pour Dieu et une oeuvre de Dieu pour l’homme », a lancé le directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie à Paris.

Puis, mettant les participants en garde contre la tentation de la performance et du rendement qui caractérise le monde actuel, Patrick Prétôt a affirmé que « la liturgie doit être pensée pour les enfants, pour les personnes âgées qui n’entendent plus très bien, et pour les handicapés physiques et mentaux ». Il a également mis en évidence la perception subjective de ce qui se vit dans nos églises.

« Les prêtres n’ont plus l’expérience de ce qui se passe dans la nef. Ils ne s’entendent pas parler. Et c’est dommage ». Pour remédier à cela, il a invité les agents pastoraux à prendre du temps pour la relecture des célébrations. « On consacre beaucoup d’énergie et de temps à la préparation, mais pas à la relecture de ce qui a été vécu », a lancé Frère Patrick, tout en mettant en garde contre les jugements hâtifs du genre « c’était nul » ou « c’était sympathique ». Selon lui, il importe d’être attentif à ce qui reste d’une célébration quelques jours après l’avoir vécue.

La tradition est tournée vers l’avenir

La première conférence du directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie à Paris a porté, en fin de matinée du 8 février, sur l’évolution de la liturgie depuis Vatican II. Alors que pour certains catholiques, la réforme n’est pas allée assez loin, d’autres rendent le Concile responsable de la désertion progressive des églises et l’accusent d’avoir abandonné la tradition. « Pour moi, Vatican II a permis de la remettre dans une mouvance de vie. Beaucoup considèrent la tradition comme un élément figé, qui empêche l’évolution, or elle est à situer dans l’avenir », a affirmé Frère Patrick Prétôt.

Le conférencier a rappelé la place importante consacrée par le Concile à la liturgie. La Constitution sur la liturgie « Sacrosanctum Concilium » a été le premier document adopté par les Pères conciliaires, et cela par une immense majorité, dont Mgr Lefebvre. Il s’en est suivi une immense pression pour la mise en pratique de ses conclusions, et notamment l’adoption de la langue du peuple à la place du latin. « Tout cela a été réalisé par les évêques dans tous les diocèses du monde en moins de deux ans, ce qui est exceptionnel », a relevé le conférencier.

La prière eucharistique est l’affaire de l’assemblée

Puis d’autres documents compléteront les années suivantes la réforme liturgique lancée par le Concile. Ainsi, en 1968 trois nouvelles prières eucharistiques compléteront le « Canon romain ».

« Cela n’a l’air de rien, mais voilà un acte essentiel du point de vue oecuménique, car ces nouveaux textes ont été enrichis d’apports d’autres traditions chrétiennes », a souligné le moine bénédictin. Puis suivront en 1969 la traduction liturgique des Saintes écritures, la réforme du calendrier liturgique, qui est recentré autour du mystère de Pâques, puis la promulgation par le pape Paul VI du nouveau Missel romain. « Trop souvent, le missel est considéré comme l’affaire du prêtre. C’est une erreur. L’assemblée doit comprendre que la prière eucharistique est sa prière. Elle est dite par le président de l’assemblée, au nom de tous ».

En conclusion de sa première conférence, Frère Patrick Prétôt a souligné les accents liturgiques mis en route par Vatican II. Le plus important est la participation active de tous les membres de l’assemblée. Mais « participer » ne signifie pas « faire quelque chose ». « Aujourd’hui, pour faire plaisir aux jeunes, on leur fait faire quelque chose durant la messe. Mais cela ne signifie pas encore qu’ils entrent dans le mystère de la célébration », a averti le conférencier. « La première forme de participation active consiste en une présence et une écoute actives ». BB

Trois questions à Mgr Jacques Banderet, vicaire épiscopal pour la partie francophone du canton de Fribourg

Apic: Pourquoi avez-vous choisi cette année le thème de la liturgie?

Mgr Jacques Banderet: C’est dans la suite des précédentes sessions basées sur l’annonce de la foi. Nous l’avons déjà abordée sous l’angle de l’évangélisation, de l’écoute de la Parole de Dieu, . L’an dernier, le conférencier, le Père Souletie, nous avait proposé d’aborder la proposition de la foi sous l’angle de la liturgie et nous a recommandé Frère Patrick Prétôt.

Apic: Vous-même, avez-vous repéré dans le canton de Fribourg des pratiques liturgiques qui demanderaient à être corrigées?

Mgr J.B: Non, rien de grave. Mais il existe parfois des initiatives pas très heureuses, trop éloignées de la pratique habituelle de l’assemblée. Certains se croient obligés de chambouler la messe, de prendre d’autres prières liturgiques. Juste pour changer.

Apic: Qu’est-ce que vous attendez d’une bonne liturgie?

Mgr J.B: Il ne suffit pas qu’elle soit impeccable au niveau de son ordonnance ou même belle. Elle doit surtout être porteuse de prière. La liturgie ne consiste pas à imposer des rites pesants. J’attends d’elle qu’elle accompagne la prière de l’assemblée. (apic/bb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/fribourg-145-agents-pastoraux-pretres-et-laics-en-session-du-8-au-10-fevrier-a-matran/