Une tension permanente entre le roi et le prophète

Vaud: La gauche et les Eglises toujours opposées à la politique d’asile suisse

Déo Negamiyimana, pour l’Apic

Lausanne, 17 février 2006 (Apic) Dans le quatrième et dernier débat organisé hier soir par la Société vaudoise de théologie autour du thème de l’asile, les socialistes et les Eglises ont encore une fois manifesté leur désapprobation au sujet de la gestion du dossier de l’asile. Dans les milieux des Eglises, des voix ont réclamé plus d’écoute et d’attention de la part des autorités politiques en charge de l’asile.

Le cycle de débats sur l’asile organisé par la Société vaudoise de théologie a pris fin hier soir avec un public de plus de cent personnes. Etait présent le conseiller d’Etat UDC Jean-Claude Mermoud en charge de l’asile. A ses côtés, se trouvaient le député libéral Jacques-André Haury ainsi que Claude Ruey, conseiller national libéral.

A l’autre bout de la table, on pouvait remarquer la présence d’Amarelle Cesla, députée et vice-présidente du parti socialiste vaudois, Mgr Rémy Berchier, vicaire général du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, assis à côté de Patrick Felberbaum, conseiller synodal de l’Eglise réformée du canton de Vaud. Les deux hommes d’Eglise, si proches des socialistes dans leurs interventions, ont affirmé leur détermination à soutenir sans réserve les demandeurs d’asile.

Une attitude sévèrement critiquée par le conseiller d’Etat Mermoud, qui condamne l’angélisme de la gauche et des Eglises. « La Suisse ne peut pas accueillir tout le monde, Mesdames et Messieurs. Si elle le faisait, affirme-t-il, elle va se confronter au problème de chômage déjà plus aigu. » Et la socialiste Cesla d’objecter: « Personne ne vous demande d’accueillir tout le monde. Ce n’est pas tout le monde qui veut venir en Suisse ». Comme pour relayer le ton des Eglises, la Vaudoise fait comprendre au politicien de droite la différence entre asile et migration. « La Suisse doit protéger toutes les personnes persécutées qui demande l’asile, ce qui ne veut pas dire qu’on demande à notre pays d’accueillir tous les migrants économiques », renchérit la femme de gauche.

En qualité de chrétien engagé mais aussi de libéral, André Haury affirme qu’au-delà des divergences droite-gauche et Eglises, la question de l’asile suscite un conflit de loyauté entre le réflexe religieux et l’autorité politique qu’on ne maîtrise pas et qui risque d’entraîner de mauvaises décisions.

La Suisse n’est pas une théocratie

Si Jean-Claude Mermoud reconnaît cette difficulté de se positionner, il invite les pasteurs et les Eglises à comprendre que la Suisse n’est pas une théocratie et que le droit divin doit de temps en temps céder la place au droit humain. Ayant lui-même géré le dossier de l’asile pendant huit ans, le conseiller national Ruey abonde dans le même sens et soutient qu’il n’y a pas d’application mécanique et uniforme des principes de l’Evangile dans la vie politique de tous les jours. « Un homme politique doit appliquer la loi ou démissionner. Cela veut dire qu’on doit parfois s’opposer au réflexe chrétien ou autre tendance religieuse pour pouvoir jouer le jeu de magistrat », explique le Vaudois connu pour son engagement de chrétien réformé.

Partant de l’histoire de la Bible, Claude Ruey rappelle le rôle des prophètes et des rois dans l’ancien testament. Pour lui, les hommes d’Eglise, prophètes actuels, doivent fréquemment interpeller les magistrats, rois de nos jours, par rapport à leurs responsabilités. « Cela implique que les uns et les autres doivent se soumettre à une tension permanente entre le rôle du roi et le rôle du prophète. On ne peut pas vivre sans l’un ni l’autre », soutient le politicien libéral. Tout en approuvant l’idée du Conseiller national, un membre de l’assemblée nuance le constat de la complémentarité de l’Etat et de l’Eglise en soulignant que c’est dans la même histoire de l’Eglise qu’on déplore la persécution des prophètes par les rois et jamais l’inverse. (apic/dng/bb)

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