Genève: Mgr Jacques Gaillot parle de l’exclusion sociale et de la violence

Les banlieues, des « cocottes minutes » qui ont explosé

Michel Bavarel, pour l’Apic

Genève, 17 février 2006 (Apic) Mgr Jacques Gaillot, ancien évêque d’Évreux, a été invité par le Centre de rencontres et de loisirs de Chêne-Bougeries à débattre de l’exclusion et de la violence en compagnie de Mehdi Messadi, médiateur de rue. Les deux orateurs se sont efforcés de répondre à la question: Que pouvons-nous faire?

« Vous me croisez sans me voir, vous ne voyez que mes mains, sans donner, sans recevoir ». « Fabrique d’humains où ce qui est défectueux est jeté dans un gouffre à chagrin ». Deux des textes, accompagnés de photos, exposés sous le titre « Exclusion » dans la salle communale de Chêne-Bougeries où avait lieu cette soirée. Un travail réalisé par l’atelier d’écriture de La Feuille de Trèfle, « journal des gens en rade ».

Né en France, Mehdi Messadi connaît de l’intérieur ces banlieues, véritables « cocottes minutes » qui ont récemment explosé. Il vit depuis une dizaine d’années en Suisse, où il a notamment contribué à l’instauration de « grands frères » et de « grandes soeurs » dans les transports publics. Il constate avec inquiétude les conséquences du chômage dans notre pays. « Quand un jeune voit son père toute la journée devant la télévision, c’est la honte ». Ce jeune, « élevé au biberon de la consommation », voudra avoir ce que tout le monde a et sera frustré. Une frustration qui risque de déboucher sur la violence.

Cependant, plutôt que d’analyser les causes de l’exclusion et de la violence, Mehdi Messadi et Jacques Gaillot se sont surtout attachés à répondre à cette question: Que pouvons-nous faire? Ils se sont exprimés dans des termes fort semblables, à partir d’expériences différentes qui se rejoignent.

La dignité ne se perd pas

Première attitude préconisée par l’ancien évêque d’Évreux: reconnaître la dignité de celui qui est victime de l’exclusion. « On peut être humilié, torturé, on reste un homme ou une femme. La dignité ne se perd pas, personne ne peut nous l’ôter, mais il faut en prendre conscience. Malgré tous les pépins, je suis quelqu’un. Et cette dignité doit être respectée. » Quelle que soit l’origine de la personne en cause. « Nous sommes tous des habitants de la planète ».

Seconde attitude: ne pas supporter l’injustice. Avec la seule charité, on entretient la misère, estime Mgr Gaillot qui craint que l’Etat se repose sur les associations pour échapper à ses responsabilités. Aussi nécessaires soient-elles, les soupes populaires ne résolvent pas les problèmes. Enfin, et c’est sans doute le plus difficile, il faut faire en sorte que les exclus prennent la parole et deviennent les acteurs de leur sortie de l’exclusion.

Comme Jacques Gaillot, Mehdi Messadi pense qu’on ne parle pas assez d’amour, y compris dans les familles aisées où des jeunes recourent à la drogue ou au suicide. « Il y a un énorme travail à effectuer pour recréer des relations humaines et du lien social », affirme-t-il. Il s’agit aussi de reconnaître les potentialités des jeunes des banlieues.

Aux citoyens ordinaires qui veulent agir contre l’exclusion et la violence, Jacques Gaillot ne donne qu’un seul conseil: « Ne restez pas seuls, rejoignez un groupe, une association, car quand on lutte ensemble, on gagne souvent ». (apic/mba/bb)

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