Italie: Mgr Fisichella dénonce le silence des Etats et des organisations internationales
Rome, 20 février 2006 (Apic) L’évêque auxiliaire de Rome, Mgr Rino Fisichella, a dénoncé le silence des Etats et des organisations internationales devant les violences perpétrées dans les pays musulmans, suite à l’affaire des caricatures du prophète Mahomet.
Mgr Fisichella, interrogé le 20 février 2006 par le quotidien italien «Corriere della Sera» a ainsi regretté que seule la presse réagisse et tente de donner un jugement à ce qui se passe dans le monde depuis plusieurs semaines.
Il faut «abandonner la voie du silence diplomatique, qui n’est plus soutenable», a ainsi regretté Mgr Fisichella, et «exiger des gouvernements du monde entier qu’ils sortent de la neutralité». Pour lui, il faut aussi «faire pression sur les organisations internationales pour qu’elles mettent les sociétés et les Etats des pays à majorité musulmane devant leurs responsabilités». C’est «à leur tour de concrétiser le principe de réciprocité».
Le recteur de l’Université pontificale du Latran a ainsi particulièrement mentionné «la Ligue arabe, qui devrait exercer un rôle de stimulant dans ce domaine pour tous les pays adhérents», ainsi que «l’Union européenne et les Nations Unies». S’il ne leur est pas possible d’agir, il faut «au moins qu’elles parlent, qu’elles exercent leur jugement sur les événements», a estimé l’évêque italien. «Il n’est pas possible que la question soit seulement traitée par la presse libre. Et de dénoncer «le manque criant de clairvoyance (des dirigeants, ndlr) pour l’avenir du monde».
«Dans tous les pays, ceux qui ont des responsabilités politiques et économiques devraient abandonner la neutralité myope et poser avec force l’exigence que le principe de réciprocité soit respecté», a insisté Mgr Fisichella. «De même que nous protégeons les minorités musulmanes, les pays à majorité musulmane ont le devoir de protéger les minorités chrétiennes», a-t-il encore estimé. «Ce n’est pas seulement le sort des minorités chrétiennes qui vivent dans le monde musulman qui est en jeu», a-t-il renchéri, «mais il en va aussi de la liberté de chacun, ses façons de l’exercer et la civilité des rapports internationaux».
Peur de la liberté?
Dans les événements qui agitent les capitales de nombreux pays musulmans depuis plusieurs semaines «se manifeste la difficulté que rencontrent les sociétés musulmanes à accepter le principe de la liberté religieuse, qui est un acquis pour nous», a par ailleurs affirmé Mgr Fisichella. «On ne comprend pas pourquoi ces sociétés ont peur de la liberté et pourquoi elles craignent les chrétiens, qui prêchent la fraternité et le pardon», a-t-il aussi ajouté.
Pour l’évêque italien, peut-être que les musulmans «plus ou moins conscients ou instrumentalisés par des groupes violents» confondent chrétiens et occidentaux qui sont parfois à l’origine de provocations comme les caricatures du prophète Mahomet. «Mais ce n’est sûrement pas l’attitude des responsables de ces sociétés, à commencer par les autorités étatiques, qui ont le devoir de garantir la parité de traitement à tous les citoyens et qui savent bien combien les chrétiens ont, dans ces pays, une action pilote en matière de cohabitation pacifique, d’accueil gratuit et de respect pour tous».
Quoiqu’il en soit, pour lui, «on ne peut pas mettre sur le même plan une caricature et l’assassinat d’un prêtre». «La provocation a été irresponsable, mais cette violence ne peut être comprise comme sa conséquence, ni comme une réaction qui lui est proportionnée», a-t-il encore dit. Des chrétiens, parmi lesquels un prêtre, ont été massacrés au Nigeria, le 18 février, lors d’une émeute contre les images satiriques du prophète publiées par différents journaux européens.
«Baissons le ton»
Interrogé pour sa part par le quotidien «La Stampa», le cardinal Tarcisio Bertone a affirmé que nous sommes dans un moment dans lequel il faut «penser et ne pas faire de gestes irraisonnés qui mettent le feu aux poudres». Pour l’archevêque de Gênes, il faut au contraire avoir «des gestes de paix». «Nous devons être attentifs parce qu’une phrase dite peut être immédiatement répercutée par les moyens de communication», a-il affirmé, avant de demander aux dirigeants d’être «plus attentifs et responsables».
«Baissons le ton. Faisons profil bas. N’exagérons pas. Il faut retremper le droit d’expression dans la sobriété», a encore affirmé l’archevêque italien, faisant référence aux auteurs des caricatures. Pour lui, le droit d’opinion, la liberté de parole ont «des limites bien précises dans le respect de la liberté des autres, surtout des valeurs dans lesquelles quelqu’un croit, de la foi de chacun». Il faut donc «se donner cette capacité d’autocontrôle et de respect, sinon on ne construit pas pour une cohabitation sereine».
Dans le contexte «très difficile, de tensions, d’émotions, de feux allumées (.) nous devons construire des ponts», a renchéri le cardinal. «Pas de croisade, s’il vous plaît» mais «au contraire un effort pour renouer, réconcilier et viser des objectifs communs et partagés», a souhaité le cardinal. Pour lui, les chrétiens doivent «faire un effort pour connaître les autres religions», même si parfois ils «paient le prix le plus fort», celui de leur vie, comme au Nigeria, aux Philippines ou en Turquie. (apic/imedia/ar/pr)
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