Porto Alegre: Le COE condamne le terrorisme, mais aussi la «guerre contre le terrorisme»

L’un et l’autre ont introduit une dimension nouvelle de la violence

Porto Alegre, 24 février 2006 (Apic) Le Conseil oecuménique des Eglises condamne le terrorisme mais exhorte ses membres à combattre le concept de la « guerre contre le terrorisme ». Il estime que la législation anti-terroriste est une atteinte aux droits de la personne.

« Toute tentative pour intimider d’autres personnes en leur infligeant aveuglément la mort et des blessures doit être universellement condamnée », peut-on lire dans la résolution adoptée le 23 février dans le cadre de la neuvième Assemblée du COE, tenue à Porto Alegre, au Brésil, du 14 au 23 février. « Toutefois, insiste la résolution, la réponse au terrorisme ne doit pas consister à rendre la pareille, car cela risque de provoquer davantage de violence et de terreur ».

La plus haute instance de décision du COE affirme enfin que « le terrorisme et certains aspects de la « guerre contre le terrorisme » ont introduit une dimension nouvelle de la violence ». Le COE constate en outre que les lois et les normes internationales fondamentales, et notamment les critères relatifs aux droits humains respectés de longue date, « sont menacés ».

Selon le COE, les terroristes fondent parfois leur action sur des revendications despotiques. « La religion sert quelquefois de prétexte au recours à la violence permise par la divinité ». En tant que « représentants des Eglises du monde entier, nous affirmons sans que l’on peut jamais justifier d’un point de vue juridique, théologique ou éthique le terrorisme et ses actes de violence aveugle à l’encontre de civils non armés, pour des motifs politiques ou religieux ».

Pour le COE, « la guerre au terrorisme » a modifié la définition de la guerre et dévalorisé les normes et critères du droit international et des droits humains. « La riposte militaire au terrorisme peut provoquer des destructions aveugles et engendrer la peur dans les populations touchées. Elle peut légitimer le recours à la violence plutôt qu’à la justice pénale, seule compétente en matière de terrorisme ».

La résolution fait enfin part de la déclaration de l’Assemblée, qui dit vouloir « encourager les initiatives interreligieuses visant à mettre en oeuvre d’autres réponses au terrorisme », qui ne se fondent pas sur la violence. « Ces initiatives refuseront toute tentative de justifier des actes de terrorisme par l’existence de problèmes politiques et sociaux, et devront jouer un rôle actif dans la prévention des conflits ». APIC

Encadré

Appel à l’unité

Dans une autre déclaration, le COE exhorte ses quelque 340 Eglises membres à examiner la déclaration « Appelés à être l’Eglise unie », déclaration qui, espère le COE, va promouvoir l’ »unité chrétienne ». « Nos divisions persistantes sont autant de blessures réelles infligées au corps du Christ, et la mission de Dieu dans le monde en souffre », indique le document présenté aux délégués réunis à Porto Alegre. « Prenant acte des progrès accomplis dans le mouvement oecuménique, nous encourageons nos Eglises à continuer d’avancer sur ce chemin ardu mais joyeux ».

Le document sur « l’ecclésiologie » porte sur certaines des questions les plus sensibles qui divisent les Eglises chrétiennes, entre autres le partage de l’Eucharistie et la reconnaissance du clergé des autres Eglises. « Nous affirmons que la catholicité’ de l’Eglise s’exprime de la manière la plus visible dans le partage de la sainte communion et dans un ministère mutuellement reconnu et réconcilié », peut-on lire dans la déclaration.

Le COE a été fondé en 1948 avec pour objectif de promouvoir l’unité entre les Eglises chrétiennes et ses quelque 340 Eglises membres représentent principalement les traditions

protestantes, anglicanes et orthodoxes. L’Eglise catholique romaine n’est pas membre du COE mais compte des représentants officiels auprès de certaines de ses commissions. « La clé’ qui permet de renforcer la communion entre l’Eglise catholique romaine et le COE réside dans un discours théologique rigoureux et le maintien de l’unité visible », a fait remarquer l’évêque Brian Farrell, secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité entre les chrétiens. Pourtant, poursuit le document, « les Eglises n’ont pas toujours admis leur responsabilité mutuelle les unes à l’égard des autres »: « étant donné l’expérience de la vie que nous partageons déjà, nous pensons qu’il est temps de prendre des mesures concrètes ensemble ».

Enfin, le document pose dix questions, et exprime l’espoir qu’ »en abordant ces questions, les Eglises seront mises au défi de distinguer des domaines de renouveau dans leur propre vie, et de nouvelles occasions d’approfondir leurs relations avec les Eglises d’autres traditions ». Parmi les questions posées, il est demandé dans quelle mesure les Eglises reconnaissent le baptême des autres Eglises, et si elles croient qu’il est « nécessaire, admissible, ou pas possible » de partager la Sainte Cène avec les membres d’une autre Eglise. Le document demande en conclusion aux Eglises « selon quelles modalités chaque Eglise est-elle en mesure de reconnaître les ministères ordonnés des autres Eglises ». (apic/eni/pr)

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