Rome: Mgr Jean Laffitte vice-président de l’Académie pontificale pour la vie:

Apic Interview

Les embryons congelés vivent dans un état indigne de l’humain

Propos recueillis par Ariane Rollier, agence I.MEDIA, partenaire de l’agence APIC à Rome

Rome, 28 février 2006 (Apic) L’Académie pontificale pour la vie organise au Vatican un congrès international sur ’l’embryon humain dans sa phase pré-implantatoire’, les 27 et 28 février 2006. I.MEDIA/APIC a interrogé Mgr Jean Laffitte, le nouveau vice-président de l’Académie pontificale pour la vie, sur les problématiques d’un tel séminaire.

Apic: Quelle en est l’urgence d’un tel un congrès, organisé par l’Eglise sur l’embryon ?

Mgr Jean Laffitte: Parce que l’embryon est l’objet de recherches qui se concentrent sur l’origine de la vie humaine dans ses tout premiers moments. Il s’agit de réfléchir sur la nature de cet embryon pour pouvoir lui donner un statut juridique. Les lois, les dispositions législatives des pays, les processus scientifiques de recherche exigent que l’on soit au clair sur le sujet que l’on se propose d’étudier. On a besoin des apports de la génétique, de la médecine, de la biologie moléculaire ou encore de la biochimie, et aussi de l’anthropologie. Toutes ces matières contribuent en effet à donner un éclairage sur ce qui se passe à partir du moment de la fécondation et jusqu’à la nidation, c’est-à-dire dans la phase pré-implantatoire de l’embryon.

Apic: Les avis sont partagés: l’embryon est-il déjà un être humain ? Comment justifier qu’il y ait vie humaine dès la fécondation ?

Mgr Jean Laffitte : Il n’y a pas de discontinuité dans le processus allant de la fécondation à la nidation dans l’utérus. Cela signifie que dans les cellules initiales, il y a toute une finalité intrinsèque, qui conduit cet oeuf fécondé jusque dans l’utérus, puis le porte à se développer ensuite. C’est donc bien le même être qui est présent dans sa forme initiale, avant la nidation, et dans sa forme accomplie (corps, membres, organes.).

Apic: Pourquoi avez-vous décidé de vous pencher uniquement sur la phase pré-implantatoire de l’embryon lors de ce congrès ?

Mgr Jean Laffitte : Il s’est diffusé depuis quelque temps l’idée que les cellules embryonnaires ont une capacité particulière pour devenir un matériau de réserve à finalité thérapeutique. La difficulté est qu’on ne peut pas disposer d’une vie humaine de la même façon dont on disposerait d’un matériau chimique ou biologique. Or, il est connu que bon nombre des expérimentations sur les embryons ne respectent pas cette dignité humaine, réduisant les embryons à un matériau manipulable. En outre, ces expérimentations aboutissent souvent à leur destruction, donc à la suppression d’une vie humaine à son commencement.

Apic: Dans la divergence entre recherche et Eglise, quel terrain d’entente cette dernière peut-elle trouver?

Mgr Jean Laffitte : Il n’y a pas de complexe pour l’Eglise vis-à-vis de la science et de ses recherches possibles. Mais la science n’a pas une capacité illimitée à se donner à elle-même ses propres libertés dans le choix de son objet d’étude et dans le processus scientifique qu’elle met en oeuvre. Une science peut parfaitement approfondir sans cesse la connaissance sur l’embryon dans le domaine qui est le sien, mais elle ne peut pas se donner à elle-même la liberté de mettre en péril l’objet même de son étude.

Apic: Pour l’Eglise, l’embryon devrait-il avoir le même statut juridique qu’un enfant?

Mgr Jean Laffitte : La question est difficile. A sa naissance, l’enfant reçoit un nom et est reconnu dans ses origines parentales. A ce moment-là, comme être humain, il bénéficie d’une reconnaissance juridique pleine et entière. L’embryon est exactement ce que cet enfant a été avant de naître. Les raisons qui, après sa naissance, ont conduit à cette reconnaissance juridique étaient donc déjà là, avant. Il est donc normal de lui donner le statut juridique qui protège sa dignité.

Apic: Concrètement que peut faire l’Eglise sachant qu’il y a des embryons congelés, que les sciences évoluent malgré et en dépit de sa position ?

Mgr Jean Laffitte : Le problème des embryons congelés est un problème un peu à part puisqu’ils ont en ce moment une existence qui n’est pas digne d’eux. Ils vivent en effet dans un état de cryoconservation qui est absolument indigne d’une personne humaine. Ils ne sont pas dans le lieu où ils devraient se trouver pour vivre leur vie d’embryons. De plus, en pratique, la plupart d’entre eux ne sont pas destinés à se développer. Une question qui a été posée est celle d’une éventuelle adoption des embryons congelés. Les avis sont partagés. On ne peut exclure que l’Eglise se prononce un jour sur le sujet. Ce que peut faire l’Eglise, c’est d’abord et avant tout promouvoir une culture du respect de la vie humaine, qui justement empêche ce genre de situations absurdes de se créer.

Apic: Qu’en est-il de l’objection de conscience d’un catholique dans le contexte de la sécularisation ?

Mgr Jean Laffitte : Il existe un appel public, au nom de l’Eglise, à recourir à l’objection de conscience. Cela appartient au Magistère des pasteurs. Selon les cas, il peut s’agir d’une conférence épiscopale, comme ce fut le cas en juin dernier en Espagne, à propos des mariages homosexuels. Il peut s’agir aussi d’un évêque, dans le cadre de son diocèse. D’autre part, je dirais que toute personne peut un jour être amenée à soulever, par une objection de conscience, une question de société.

On sait par exemple que certains chirurgiens n’ont accepté d’entrer comme associés dans des cliniques qu’à la condition qu’ils ne procèderaient jamais à des Interruptions volontaires de grossesses. L’objection de conscience s’applique selon des modalités que l’Eglise n’a pas nécessairement à préciser elle-même, puisque, par définition, elle naît de l’exigence de la conscience du chrétien et des situations singulières dans lesquelles il se trouve. En tous cas, lorsque la protection de la vie humaine est en jeu, l’objection de conscience doit pouvoir s’exercer. D’ailleurs, elle s’exerce en de très nombreux endroits du monde, même si on ne le sait pas toujours. (apic/imedia/ar/vb)

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