Israël: Réactions indignées après la profanation de la Basilique de l’Annonciation à Nazareth
Nazareth/Jérusalem, 5 mars 2006 (Apic) Le président israélien Moshé Katsav tentait encore dimanche de minimiser les incidents provoqués par la profanation de la Basilique de l’Annonciation à Nazareth. Le gouvernement israélien a annoncé cependant qu’il allait se réunir pour débattre de l’agression de vendredi soir, qui a provoqué des réactions d’indignation un peu partout dans le monde.
L’incident a provoqué d’importantes manifestations qui n’ont cependant fait que des blessés lors d’une intervention sans ménagement de la police israélienne. Les auteurs de cette profanation ont été arrêtés: il s’agit de trois Israéliens, Haïm Eliahu Habibi, juif de 43 ans, son épouse Violette, une chrétienne de 40 ans, et leur fille Odelia, 20 ans. Ils ont lancé des pétards dans la Basilique pendant une célébration pour l’entrée en carême, et ils avaient camouflé des bonbonnes de gaz et du liquide inflammable dans un landau.
Samedi, une importante marche emmenée par Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, des leaders religieux chrétiens, des députés arabes et responsables politiques israéliens, a rassemblée plusieurs milliers de manifestants dans les étroites rues de la ville arabe de Galilée. Le président de la Commission des lois de la Knesset, Michael Eitan (Likoud), a demandé au Premier ministre ad interim Ehud Olmert de créer une commission d’enquête sur les incidents de vendredi.
Moshé Katsav a qualifié la provocation de «grave et dangereuse»
Moshé Katsav a certes reconnu que cette provocation était «grave et dangereuse», mais il a estimé qu’il s’agissait d’un acte isolé qui ne doit pas être mis sur le compte de l’Etat d’Israël. «Israël protège tous les lieux saints, juifs, chrétiens et musulmans», a-t-il affirmé. La version officielle est que l’incident a été provoqué par la «détresse économique» du couple, qui serait mentalement dérangé.
Les plus jeunes enfants du couple ont été placés par les services sociaux. Selon la fille, ils voulaient provoquer cet incident dans un haut lieu chrétien pour attirer l’attention internationale sur leur sort. Ils avaient déjà menacé en mars 2003 de faire exploser la Basilique de la Nativité à Bethléem, en Cisjordanie. Le père a affirmé devant la justice n’avoir rien contre les chrétiens ou les musulmans, mais «tout ce que je veux, c’est mes trois enfants que l’Etat m’a pris cruellement».
Les explosions à l’intérieur de la basilique – qui n’ont pratiquement pas fait de dégâts mais ont dégagé beaucoup de fumé et des odeurs de gaz – ont causé une vive panique parmi la foule, qui a cru à un attentat terroriste. La famille Habibi a été emmenée par des fidèles, des ecclésiastiques et des officiers de police dans une pièce à l’intérieur de l’église, en attendant son évacuation. Des centaines de jeunes s’étaient rassemblés en dehors de la Basilique dans le but de s’en prendre aux auteurs de cette profanation et la police est intervenue sans ménagement, craignant un lynchage public comme celui qui a coûté la vie au terroriste juif Eden Natan-Zada à Shfaram il y a quelques mois.
Le Vatican informé rapidement
Alors que la police tentait de repousser les manifestants avec des gaz lacrymogènes, les responsables religieux, le maire et le vice-maire de Nazareth, Ramiz Jaraisy et Ali Salaam, ont appelé la foule à se disperser. Lors de la manifestation de samedi, le patriarche Michel Sabbah a estimé que l’existence d’Israël dépendait des bonnes relations entre ses composantes ethniques. Il a demandé au gouvernement israélien d’assurer que toutes les communautés religieuses puissent vivre en paix dans le pays.
D’après des sources du patriarcat latin de Jérusalem, toute l’information sur ces graves incidents a été transmise au Vatican, directement au pape Benoît XVI, et l’affaire est prise très au sérieux. La ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a contacté le Vatican pour donner des assurances à l’Eglise catholique. Le Ministre israélien de la Sécurité publique, Gideon Ezra, a estimé pour sa part que les députés arabes à la Knesset – qui ont protesté contre la haine et les discriminations dont est victime le secteur arabe de la société israélienne – tentaient d’exploiter les incidents «pour des motifs électoraux».
Dirigeant du mouvement islamiste Hamas, Ismaïl Haniyeh, Premier ministre palestinien désigné, a pour sa part condamné samedi le «crime» commis contre la Basilique de Nazareth. Selon la tradition chrétienne, la Basilique de l’Annonciation est le lieu saint où l’ange Gabriel est apparu à Marie pour lui annoncer qu’elle porterait l’enfant Jésus. C’est un endroit très visité par les pèlerins chrétiens. (apic/haar/ag/be)
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