Pékin: La Chine espère que le Vatican évitera toute ingérence
Hongkong, 7 mars 2006 (Apic) La Chine espère que le Vatican n’interviendra pas dans ses « affaires intérieures », a déclaré mardi le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing. Une déclaration faite en marge de la récente nomination, par le pape Benoît XVI, de l’archevêque de Hongkong Joseph Zen Ze-kiun, comme cardinal. Mgr Joseph Zen Ze-kiun est connu pour ses critiques sur la situation religieuse en Chine.
Benoît XVI a fait du rétablissement de relations diplomatiques avec la Chine l’une des priorités de son pontificat. Interrogé à Hongkong par le correspondant de « La Liberté » Frédéric Koller, le nouveau cardinal n’est pas vraiment surpris de cette nomination: « Il n’y avait plus qu’un seul cardinal chinois, Kao-hsiung, à Taïwan, qui est âgé de 82 ans et ne peut plus se déplacer. Il était logique d’en nommer un nouveau et Hongkong avec ses 250’ 000 catholiques est le plus grand diocèse chinois », précise-t-il d’emblée.
Fervent défenseur des droits de l’homme et réputé pour son franc-parler contre la dictature chinoise, l’évêque de Hongkong est un salésien de 74 ans né à Shanghai. Il a étudié à Rome avant de revenir en Chine en 1986. Connu pour ses critiques contre la répression et le régime chinois, Mgr Zen Ze-kiun n’en est pas moins considéré comme un acteur clé d’un éventuel rapprochement entre Pékin et le Vatican. Il estime lui aussi que sa nomination par le Saint-Siège est un geste politique pour se rapprocher de Pékin: « Tout est politique avec Pékin ».
A propos de la possibilité d’établir des relations diplomatiques dans un proche avenir avec Pékin, l’archevêque de Hongkong tempère cependant: « Nous n’avons jamais été proches d’une conclusion jusqu’ici. Des négociations ont été entamées avant 1989 puis à la fin des années 1990. A chaque fois, elles ont été stoppées. L’arrivée d’un nouveau pape peut permettre de relancer le processus. Mais cela n’ira pas vite. Quoique en Chine tout est imprévisible. Pékin a posé deux conditions: d’abord la rupture avec Taïwan. Le Vatican est d’accord. Ensuite, la nomination des évêques. Pékin ne veut pas d’interférence du Saint-Siège. C’est impossible, mais le Vatican est prêt à négocier. Dans les faits, on assiste déjà à des compromis ».
« Il est difficile d’être optimiste »
Reste que les choses demeurent: L’archevêque à son opinion: « Peut-être que le Vatican a d’autres conditions sur la direction de l’Eglise en Chine. La conférence des évêques doit être la plus haute institution de l’Eglise et fonctionner librement sans intervention du pouvoir ».
Interrogé sur Donald Tsang appointé par Pékin pour diriger le territoire de Hongkong et qui est catholique, le futur cardinal commente: « C’est un croyant. Mais je doute qu’il soit conscient de l’enseignement social de l’Eglise. Il obéit trop. D’après la Constitution, il peut faire des suggestions à Pékin. Il ne le fait pas. Moi, je ne peux pas, je suis considéré comme un rebelle ».
L’archevêque n’est guère optimiste sur l’avenir démocratique de Hongkong: « En ce moment, dit-il, je ne blâme pas tant les dirigeants de Pékin. Le problème est que beaucoup de Hongkongais s’intéressent d’abord à l’essor de leur business et qu’ils veulent bien se faire voir de Pékin ». « Il est difficile d’être optimiste ». Cela ne va pas changer rapidement. Mais, estime-t-il, la démocratie viendra car même à Pékin, « certains hauts dirigeants commencent à comprendre que le système actuel ne pourra pas durer ». (apic/fk/lib/pr)
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