Le président Morales met deux promesses en application

Bolivie: Promulgation de la convocation d’une assemblée Constituante et d’un référendum

La Paz, 7 mars 2006 (Apic) Les lois pour la convocation d’une Assemblée constituante et l’organisation d’un référendum sur les autonomies locales ont été finalement promulguées par le président Evo Morales.

Le président Morales met ainsi en application ses promesses électorales, la première à l’égard des « indios » et la seconde surtout destinée à la riche province de Santa Cruz. Le tout sur fond de chantage politique nord-américain, qui a d’ores et déjà retiré une aide de 300’000 dollars en faveur de la Bolivie.

« Nous engageons une lutte d’auto libération », a affirmé Morales en annonçant ces lois, ajoutant que: « Nous agissons pour modifier un Etat colonial et un modèle néo-libéral qui ont causé tellement de dommages à notre pays ».

Au cours de la même journée, le président Morales, un indigène aymara bénéficiant d’un taux de popularité oscillant entre 79 et 85% – son vice Alvaro Garcia Linera obtient 71% – a également annoncé un plan de privatisation d’une dizaine d’industries, par le biais d’achat d’actions représentant jusqu’à 51% de leur valeur ou de décisions politiques et administratives appropriées.

Elu à la présidence de la Bolivie le 18 décembre dernier avec 53% des préférences dans la liste du Mouvement vers le socialisme (Mas), Morales – ex-dirigeant des producteurs de coca – a par ailleurs accusé les forces armées américaines de « chantage, menaces et intimidations » depuis que le gouvernement américain ne considère plus la Bolivie comme un pays associé dans la lutte contre le terrorisme, retirant par conséquent des aides en faveur de La Paz pour une somme de 300’000 dollars.

Ces dernières semaines, les rapports entre la Bolivie et Washington ont oscillé entre des déclarations de disponibilité réciproque à entretenir de bons rapports et des prises de position plus fermes, comme la suspension d’aides militaires américaines et la non concession de visas aux citoyens boliviens pour leur entrée en territoire américain.

Pour sa part, la Bolivie a déclaré son intention de ne pas adhérer à un des nombreux traités bilatéraux par lequel les Etats-Unis se soustraient à la juridiction du Tribunal pénal international (Tpi). La convocation de l’Assemblée constituante comme la future tenue d’un référendum pour les autonomies locales sont prévues pour le 2 juillet.

Garantir le droit des populations indigènes

La Constituante sera composée de 255 membres, travaillera pendant au moins un semestre et au maximum un an avec pour objectif de modifier le texte constitutionnel afin de garantir le respect des droits des populations indigènes boliviennes (70% des habitants). Les éventuelles autonomies administratives – en cas de réponse positive au référendum – laisseront dans tous les cas la propriété et la gestion des ressources naturelles (en particulier le gaz dont le sous-sol bolivien est riche) aux mains du gouvernement central.

Il semblerait que la contribution du vice-président Alvaro Garcia Linera – sociologue et mathématicien, théoricien de la « démocratie communautaire », alternative à celle libérale – ait été fondamentale dans la mise au point de ces deux lois. De race blanche, issu d’une famille bourgeoise aisée, l’actuel vice-président avait été arrêté et torturé en 1992 après avoir participé avec « l’Ejército Guerrillero Túpac Katari » – qui s’inspirait du Che Guevara mais prenait le nom d’un rebelle indigène du 18ème siècle – à des actions de sabotage de structures de distribution de l’électricité à El Alto, l’énorme bidonville sur les hauteurs de la Paz, à plus de 4.000 mètres d’altitude. Nombre d’observateurs affirment que le rôle de Linera a été décisif pour l’affirmation politique de Morales. (apic/misna/pr)

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