Berne: Symposium des oeuvres d’entraide lors de la Journée internationale de la Femme

«Pas de développement sans droit des femmes !»

Berne, 8 mars 2006 (Apic) Quelque 160 personnes ont participé mercredi 8 mars à Berne au Symposium «Pas de développement sans droit des femmes !», organisé par les oeuvres d’entraide «Pain pour le Prochain» (PPP) et «Action de Carême» (AdC) à l’occasion de la Journée internationale de la Femme.

La coopération au développement peut être un instrument efficace pour mettre en oeuvre l’égalité des «genres», à condition qu’elle fasse effectivement une large place aux droits des femmes. Dans de nombreuses parties du monde, l’égalité des sexes n’est pas encore une réalité, et des discriminations subsistent même dans des pays avancés comme la Suisse. «Des textes à la réalité sociale, il y a un fossé, et les progrès réalisés dans le domaine législatif et juridique ne signifient pas encore que la situation des femmes se soit améliorée sur le terrain», affirment les oeuvres d’entraide.

On ne peut plus faire abstraction du droit des femmes

Suite à la Conférence de l’ONU sur le droit des femmes qui s’est tenue à Pékin en 1995, la lutte contre l’exclusion, la faim et la violence ne peut cependant plus être pensée sans aborder la question de l’égalité des «genres». Cette dernière est également l’une des dimensions des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), sans parler de la «Convention pour l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes» (CEDAW), signée depuis 1979 par 181 Etats.

Malgré tous les traités sur les droits humains, ces derniers ont constamment besoin d’être promus et défendus, même dans un pays comme la Suisse, a lancé Martina Schmidt, secrétaire romande de PPP. Et de souligner que les femmes, victimes par excellence dans les conflits armés et les situations de pauvreté, sont aussi en pointe dans le combat pour les droits humains. «Elles jouent un rôle crucial dans la lutte pour la paix et le développement humain».

La sociologue Saskia Sassen, professeure à l’Université de Chicago, a tout d’abord relevé en plaisantant que «derrière chaque grand homme, il y a une femme.». Elle a aussi rappelé que les femmes sont aux premières loges quand les pays pauvres, sous pression du Fonds Monétaire International (FMI), sacrifient leurs programmes sociaux et éducatifs pour payer leurs dettes extérieures, qui peuvent représenter jusqu’à 50% de leurs revenus.

Plus seulement des victimes, mais aussi des actrices de leur propre histoire

Face à des politiques néolibérales qui détruisent les économies de ces pays, les femmes ne sont pas seulement des victimes de la misère et de l’oppression: par leur résistance, elles apparaissent souvent, dans leurs stratégies de survie, comme de nouveaux acteurs économiques qu’il ne faut pas négliger. Ces femmes pauvres ne sont plus seulement des «receveuses d’aide et des clientes» des ONG, mais elles se mettent debout, deviennent des sujets de leur propre histoire, des entrepreneurs, des innovatrices et des facteurs de changement social. «Non à la pitié, oui à la solidarité!», a lancé Saskia Sassen.

Pour cette intellectuelle formée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, dont les livres sont traduits en 15 langues, le changement social proviendra en effet moins des instruments juridiques et législatifs traditionnels que des nouvelles formes de militance construites par les mouvements sociaux. L’auteure de «The Global City» constate que ce sont souvent les centres financiers et économiques au Nord et au Sud qui ont engendré de nouveaux mouvements sociaux qui, grâce à leur organisation en réseaux, joueront peut-être un rôle capital dans l’émergence d’un nouvel ordre plus juste.

Les intervenantes des pays du Sud se sont montrées plus sceptiques, en particulier sur la situation des femmes. Malgré lois et conventions internationales, leurs droits sont bafoués, a souligné la philosophe congolaise Albertine Tshibilondi, qui enseigne à l’Institut international «Lumen Vitae» à Bruxelles et collabore à l’Institut de sociologie de l’Université libre de Bruxelles. Mais les femmes sont en train de faire bouger le monde, a-t-elle lancé, alors qu’elle revenait d’une tournée dans sa patrie, la République démocratique du Congo, où elle a accompagné des groupes de base et des femmes du Kasaï, sa province d’origine, qui se présentent aux prochaines élections.

«Le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache!»

«La voie de la formation reste pour les jeunes filles africaines une véritable course d’obstacles», a-t-elle poursuivi, en relevant qu’une bonne formation des femmes est insuffisante quand la société reste basée sur un modèle patriarcal où la femme est d’abord perçue comme mère et épouse, confinée dans son rôle de «reproductrice».

Loin de renier ces rôles et les valeurs qui en découlent, Albertine Tshibilondi veut cependant que les femmes participent aux responsabilités et parviennent «au niveau où se prennent les décisions». Sans s’éloigner des femmes pauvres et souvent analphabètes qui travaillent à la base, et qui sont souvent ignorées des élites, avides de se partager le pouvoir. Et de conclure que «le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache!»

Pour Mary John Mananzan, religieuse philippine, c’est ce même modèle qui est responsable des nombreuses violences faites aux femmes – élimination des foetus féminins, mutilations sexuelles ou encore «crimes d’honneur» visant les femmes pour soi-disant venger l’honneur familial bafoué. Et en Afrique, les conséquences dramatiques du sida viennent s’ajouter aux violences sexuelles. «C’est surtout la vie des jeunes filles qui sont menacées et détruites», relève la théologienne kenyane Nyambura Njoroge.

Des solutions existent cependant

Le Symposium ne s’est pas limité à énumérer les problèmes rencontrés par les femmes du monde entier. Les discussions ont également esquissé des actions possibles pour une politique des droits humains qui tienne mieux compte de la problématique de l’égalité des genres.

Il a été surtout question de la «Convention pour l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes» (CEDAW). Cette convention vient heureusement compléter un ensemble de droits de l’Homme des Nations Unies qui, même s’ils se présentent comme des textes «neutres», sont souvent écrits «dans une perspective masculine» et encore souvent interprétés de cette manière. La CEDAW contient par contre des dispositions concernant les besoins spécifiques des femmes.

Pour la juriste bernoise Erika Schläppi, qui a travaillé dans la section des droits de l’homme de la DDC (Direction du développement et de la coopération de la Confédération suisse) et est maintenant consultante, la convention fait avancer la cause des femmes et de l’égalité. En effet, elle engage la Suisse et les 181 Etats signataires et les oblige de faire rapport sur les efforts mis en oeuvre pour favoriser l’égalité des sexes. «Avec les droits des femmes, la coopération au développement les sort définitivement du rôle de victimes», a souligné Erika Schläppi.

Le symposium a fait à cet égard l’unanimité: des instruments tels que la Convention sur les droits des femmes ne sont utiles que s’ils sont véritablement appliqués. Le symposium de PPP et AdC a rappelé l’existence cette convention en lui donnant un coup de projecteur. Il revient aujourd’hui aux agences de développement des Eglises et de l’Etat d’en appliquer les dispositions. (apic/be)

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