« Dans la congrégation toutes les cultures sont représentées »
Brunnen, 13 mars 2006 (Apic) L’ordre des Soeurs de Charité de la Sainte-Croix d’Ingenbohl, qui a sa maison mère à Brunnen, dans le canton de Schwytz, fête les 150 ans de la congrégation et diverses festivités auront lieu en 2006. Dans ce cadre, Coeur en Alerte, revue éditée en commun par 12 oeuvres missionnaires suisses, a publié un portrait de la supérieure des soeurs d’Ingenbohl, Soeur Louise-Henri Kolly, dont l’agence Apic reprend l’essentiel.
Soeur Louise-Henri Kolly, supérieure générale de la communauté internationale d’Ingenbohl, interviewée par Béatrice Eichmann-Leutenegger, écrivaine et critique littéraire, de Muri (Berne) est très occupée. Les visites qu’elle effectue aux différentes communautés disséminées dans le monde se suivent à un tempo rapide et au retour l’attendent les piles de courrier et les mails.
Soeur Louise-Henri conduit son interlocutrice dans une Peugeot rouge de la gare de Brunnen à la colline où se trouvent la maison-mère des Soeurs d’Ingenbohl, la maison provinciale de la Suisse alémanique, le foyer médicalisé pour les Soeurs malades et/ou âgées et le Thérésianum, institut de formation.
La lourde tâche de supérieure générale lui a été confiée lors du Chapitre général de juillet 1996. « Peu à peu, on entre dans cette mission, dit-elle, car la grâce est une réalité et je ne me sens pas seule ». La supérieure générale, rayonnant d’une attention chaleureuse, est aidée dans sa tâche par des conseillères de différentes nationalités (toutes les cultures soient représentées dans la direction générale). A ses yeux, la direction doit être collégiale et le consensus au centre. « Il faut faire confiance et croire que l’Esprit Saint agit dans les autres », pense-t-elle.
Des soeurs de mentalités différentes
Lorsqu’elle prend des vacances, les excursions en montagne sont source de force, comme d’ailleurs la retraite annuelle de dix jours et la récollection mensuelle. « Entre les voyages et sitôt le courrier liquidé, je disparais durant trois jours en un quelconque lieu pour vivre dans le calme », confie-t-elle. « Mais l’Eucharistie quotidienne, la méditation et les temps de prière réguliers constituent des pauses bienfaisantes et agissent contre le stress ».
L’organisation de la congrégation a inclus dès le début une possible extension internationale. Des changements sont donc survenus pendant ces dernières décennies par un développement au Brésil, en Ouganda et en Inde. « Des Soeurs de cultures et de mentalités totalement diverses enrichissent et marquent de leur empreinte notre communauté »
Soeur Louise-Henri retrace l’origine du « charisme » des soeurs. Il est né d’une « vision » du fondateur, le Père Théodose Florentini (1808 – 1865) qui voulait des Soeurs ouvertes à tous et mettant la croix au coeur de la vie. Croix dont la force dynamique n’a point de limites, mais embrasse, sans réserve, l’humanité entière dans le mystère de la rédemption.
Fille d’un laitier gruyérien
A 25 ans, après ses études à l’Ecole d’infirmières de Fribourg, elle fait ses voeux. Fille d’un laitier-fromager de Billens-Hennens près de Romont, elle grandit en pays gruyérien, à Hauteville, entourée de deux soeurs et de trois frères, dans une atmosphère spirituelle, mais « très libre de contraintes », se souvient-elle aujourd’hui.
Enfant, elle pensait déjà à la possibilité d’une vie conventuelle, d’autant qu’une tante, religieuse dans la congrégation du Bon Secours de Lyon, venait en vacances dans la famille et qu’une cousine était entrée chez les Soeurs d’Ingenbohl. Elle acquiert, à Lausanne, une formation supérieure pour l’enseignement et l’administration dans le secteur hospitalier et, à Genève, une spécialisation en gérontologie. Suivent huit ans d’enseignement à Sion, quelques années à la direction d’un foyer de personnes âgées à Sierre, et quelques autres en tant que provinciale pour la Suisse romande. Avant d’être élue supérieure générale.
Les consoeurs d’Inde, du Brésil, d’Ouganda.
Soeur Louise-Henri parle avec beaucoup d’estime de ses consoeurs actives dans des pays en difficulté comme l’Inde, le Brésil, l’Ouganda, la Russie et les Balkans. Quand elle entreprend un voyage, Soeur Louise-Henri se sent portée par la communauté et accompagnée par la prière. Dans le manque de relève religieuse que connaît l’Europe, elle voit non seulement un souci, mais une chance. « A travers l’insécurité, redécouvrir la spiritualité franciscaine, laisser surgir du neuf, même modestement ».
Elle rappelle le Père Théodose, qui voulait concevoir cette congrégation de telle manière qu’ »elle puisse s’adapter partout, trouver accueil, et qu’en toute situation elle cherche à être présente ». Elle dit encore: « Dans la société où nous vivons, ne craignons pas d’être qui nous sommes. N’est-ce pas le meilleur moyen d’accomplir le service que la société est en droit d’attendre de nous ? » L’année jubilaire de « L’Ordre des Soeurs de Charité de la Sainte-Croix d’Ingenbohl » s’est ouverte le 15 février, jour anniversaire de la mort de son fondateur, le Père Théodose Florentini, et s’achèvera le 26 octobre 2006, jour anniversaire de la béatification de Mère Marie-Thérèse, première supérieure générale.
Elle sera marquée par une série de représentations du Mystère, en septembre et octobre, « Maison de la nouvelle création », sur un texte de Sr Silja Walter, bénédictine et poétesse au monastère de Fahr, et une musique du compositeur suisse Carl Rütti. Les festivités verront également la participation du président de la Confédération Moritz Leuenberger. Le « Jeu de la fête » conçu par Sr Silja et Carl Rütti sera donné en allemand et a pour titre « Haus der neuen Schöpfung ». Dix représentations auront lieu du 14 septembre au 4 octobre à l’église du couvent, sur les hauts de Brunnen. Site: www.scsc-ingenbohl.org BE/VB.
Encadré:
Les fondateurs: Père Theodosius et Soeur Theresia
Le fondateur de la congrégation, le capucin Theodosius Florentini accompagnait en 1856 la religieuse de Menzingen Maria Theresia Scherer dans la fondation d’une branche des Soeurs de Ste-Croix à Coire, dans les Grisons. La première communauté s’est consacrée à l’accompagnement des malades, des pauvres et des orphelins. La même année, les religieuses déménagent à Ingenbohl, au bord du Lac des Quatre-Cantons. La congrégation essaime ensuite dans toutes les régions de la Suisse, où elle ouvre des internats notamment en Suisse romande. Les religieuses travaillent également comme institutrices dans les villages, ainsi que dans les institutions pour malades, pauvres et orphelins.
Sur ses quelque 800 religieuses, la province suisse de la congrégation en compte près de 300 qui ne sont plus en activité, pour des raisons d’âge ou de santé. Le manque de relève l’a obligée à abandonner plusieurs institutions ces dernières années, notamment dans le domaine de l’enseignement et de la santé.
La Congrégation des Soeurs d’Ingenbohl compte actuellement un peu plus de 4000 Soeurs dans 17 provinces et 4 vicariats, dont 800 en Suisse. Elles vivent en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique du Nord et du Sud, actives surtout dans l’éducation, la formation, la pastorale, les secteurs sanitaire et social.
Trois soeurs d’Ingenbohl ont été béatifiées: Mère Maria Theresia, première supérieure générale de l’ordre, déclarée bienheureuse par le pape Jean Paul II en 1995, Cecilija Schelingova, béatifiée par Jean Paul II en 2003 ainsi que Franziska Nisch en 1987.
(apic/bb/be/vb)
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