« Lasciatemi andare » (Laissez-moi m’en aller)

Rome : Quatre proches de Jean Paul II racontent sa souffrance dans un ouvrage

Rome, 15 mars 2006 (Apic) Lasciatemi andare (Laissez-moi m’en aller), tel est le titre du nouvel ouvrage sur Jean Paul II publié en italien le 15 mars 2006, par les éditions San Paolo. Trois grands témoins de son pontificat reviennent de façon inédite sur les moments de souffrance du pape polonais, mort il y a près d’un an, le 2 avril 2005.

Les auteurs de l’ouvrage sont son secrétaire particulier Mgr Stanislas Dziwisz, aidé du jésuite chargé de l’édition polonaise de L’Osservatore Romano, le Père Czeslaw Drazek, son médecin personnel, le docteur Renato Buzzonetti, ainsi que le vicaire général de la Cité du Vatican Mgr Angelo Comastri. Ce livre, vendu à 9 euros, présente en couverture une photo du vieux pape dans la pénombre, faisant un geste de salut de la main. Composé de trois parties et de 120 pages, il a pour sous-titre ’La force dans la faiblesse de Jean Paul II’. Publié uniquement en italien, il est aussi présenté dans le nouveau numéro de l’hebdomadaire des éditions saint Paul, Famiglia Cristiana, où sont rapportés les propos du docteur Buzzonetti.

Si Mgr Dziwisz a déjà raconté à différents journalistes son expérience avec le pape, ce livre est exclusif dans la mesure où trois proches d’un pape défunt donnent, à leur initiative, des détails sur sa vie dans un ouvrage privé destiné au grand public. ’Don Stanislas’ livre ainsi ses souvenirs sur les derniers moments du pape, que seul son entourage proche a pu suivre de façon intime.

Ainsi, la première partie du livre, la plus longue, porte sur le rapport de Jean Paul II à la souffrance depuis le début de son pontificat. Intitulée ’La souffrance dans la vie et dans le magistère de Jean Paul II’, elle est signée par son fidèle secrétaire Mgr Dziwisz, aidé du prêtre polonais Czeslaw Drazek. L’archevêque de Cracovie raconte ainsi, de façon exclusive, les derniers jours du pape polonais.

Il revient sur la façon dont il a vécu son dernier vendredi saint, sans pouvoir présider la traditionnelle via Crucis au Colisée. Il l’avait suivie pour la première fois depuis sa chapelle privée, un écran y rediffusant les images.

« Il vaudrait peut-être mieux que je meure »

Il parle aussi du dimanche de Pâques, quand Jean Paul II «apparut à la fenêtre de sa bibliothèque privée pour donner la bénédiction apostolique Urbi et Orbi». «En raison de l’émotion et de la souffrance», il ne parvint pas à parler en dépit de sa volonté, se souvient le secrétaire particulier du pape. Des images qui avaient été retransmises par toutes les télévisions. «Ce geste d’impuissance, de souffrance et d’amour paternel, tout comme ce silence touchant du successeur de Pierre, laissèrent une impression indélébile dans le coeur des hommes du monde entier». «Le pape fut aussi profondément marqué par l’événement», rapporte encore le futur cardinal. «Après s’être éloigné de la fenêtre», il dit en effet : «Il vaudrait peut-être mieux que je meure, si je ne peux plus accomplir la mission qui m’a été confiée», et ajouta immédiatement: «Que ta volonté soit faite. ’Totus tuus’».

«Sachant que pour lui s’approchait le temps de passer dans l’éternité, il avait décidé, en accord avec les médecins, de ne pas se rendre à l’hôpital mais de rester au Vatican, où les soins médicaux indispensables lui étaient assurés», poursuit encore l’archevêque, confirmant ce qui avait été dit jusqu’ici. «Il voulait souffrir chez lui, restant près de la tombe de l’apôtre Pierre».

«Le dernier jour de sa vie – samedi 2 avril – il prit congé de ses collaborateurs les plus proches de la curie romaine», se rappelle enfin Mgr Dziwisz. «A son chevet, la prière, à laquelle il participait, malgré la forte fièvre et son extrême fatigue, continuait. Durant l’après-midi, à un moment donné, il dit «Laissez-moi aller à la maison du Père». Vers 17h, les premières Vêpres du second dimanche de Paques furent récitées, c’est-à-dire du dimanche de la Divine miséricorde», poursuit le prélat polonais.

Le regard posé sur la Vierge de Czestochowa

«Le pape embrassa du regard à plusieurs reprises les personnes de son entourage le plus proche qui étaient présentes et les médecins qui veillaient sur lui. De la place Saint-Pierre, où des milliers de fidèles étaient réunis, spécialement des jeunes, venaient les cris ’Giovanni Paolo’ et ’Vive le pape!’ Il entendait ces mots», se rappelle le successeur de Karol Wojtyla au siège de Cracovie. Il raconte aussi que le pape fixait le tableau de ’l’Ecce Homo’ lui faisant face et qu’avant de fermer ses yeux, il posa son regard sur l’image de la Vierge de Czestochowa, à côté de lui.

Don Stanislas et le père Drazek rappellent qu’à 20h ce jour-là, l’entourage proche de Jean Paul II, dont ses deux secrétaires et plusieurs prélats et religieuses polonaises, célébrèrent la messe à côté du lit du pape.

«Avant l’offertoire, le cardinal Marian Jaworski administra encore une fois l’extrême onction au pape et, durant la communion, Mgr Dziwisz lui donna le Saint sang comme viatique, réconfort sur le chemin vers la vie éternelle». «Après quelque temps, les forces commencèrent à abandonner le pape. On lui avait mis une bougie allumée dans les mains. A 21h37, Jean Paul II quitta cette terre. Les personnes présentes chantèrent le Te Deum. Avec les larmes aux yeux, elles rendaient grâce à Dieu pour le don de la personne du pape et pour son grand pontificat», conclut avec émotion Mgr Dziwisz.

La deuxième partie du livre, ’les jours de la souffrance et de l’espérance’ , rédigée par le professeur Buzzonetti, rapporte précisément le récit des différentes hospitalisations du pape à la polyclinique Gemelli, de l’attentat de 1981 à ses derniers mois de vie, en février et en mars 2005. Ses propos sont conformes à ceux des Acta Apostolica, publiés en septembre dernier qui relatent officiellement les derniers jours de la vie de Jean Paul II.

La dernière partie du livre ’Santo Subito!’ (Immédiatement saint) de Mgr Angelo Comastri, est davantage consacrée à la dévotion des innombrables pèlerins venus sur la tombe de Jean Paul II depuis sa mort. (apic/imedia/ar/bb)

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