Il rattacha de force l’Eglise gréco-catholique à l’Eglise orthodoxe

Ukraine: Le pape Benoît XVI regrette le pseudo Synode de Lviv, voulu par Staline en 1946

Rome, 16 mars 2006 (Apic) Benoît XVI a regretté les «jours tristes» de mars 1946 où eut lieu – sur ordre de Staline – le pseudo Synode de Lviv qui rattacha de force l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine à l’Eglise orthodoxe du Patriarcat de Moscou. Le pape l’a exprimé dans une lettre adressée au cardinal Lubomyr Husar, archevêque majeur de Kiev, rendue publique par la Salle de presse du Saint-Siège le 16 mars.

La hiérarchie gréco-catholique l’Ukraine, pays qui faisait alors partie de l’empire soviétique, fut arrêtée en avril 1946. Les autorités soviétiques convoquèrent alors, sous la menace des armes, une assemblée de 216 prêtres. Du 8 au 10 mars 1946, la cathédrale Saint-Georges de Lviv (Lvov en russe) fut ainsi le théâtre d’un pseudo synode qui annula l’union de l’Eglise gréco-catholique avec Rome pour la soumettre à l’autorité de l’Eglise orthodoxe russe.

Ce synode révoqua l’Union de Brest-Litovsk qui, en 1596, avait donné naissance à l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine (appelée aussi «uniate», une dénomination ressentie comme péjorative). Ses biens immobiliers confisqués furent cédés aux communautés orthodoxes. Les prêtres, évêques ou fidèles qui refusèrent leur assimilation, furent persécutés, emprisonnés, condamnés à mort ou déportés en Sibérie.

Staline décrète l’élimination de l’Eglise catholique de rite oriental en URSS

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, Staline avait en effet décrété l’élimination de l’Eglise catholique de rite oriental dans toute l’Union soviétique. La communauté catholique de rite oriental était particulièrement nombreuse en Ukraine, notamment dans sa partie occidentale. Parmi les figures de la résistance «uniate», on note celle du cardinal Josyf Slipyj, archevêque de Lviv, qui fut arrêté en avril 1945 par la police soviétique, 5 mois et demi après sa nomination. Il subit la torture, les interrogatoires et les travaux forcés en Sibérie. C’est en 1963 que le pape Jean XXIII réussit à obtenir sa libération en adressant un appel à Nikita Khrouchtchev.

60 ans après sa dissolution – et sa «résurrection» sous Gorbatchev – , un concert, des messes et des processions commémorent l’évènement à Lviv, sous la houlette des évêques gréco-catholiques ukrainiens. Il s’agit, selon le cardinal Lubomyr Husar, de «réfléchir encore une fois à ce qui s’est passé et, ce qui compte le plus, aux conclusions que nous en avons tirées, ainsi qu’avancer avec optimisme, sans jamais maudire qui que ce soit, ni chercher à se venger, mais aspirer plutôt à une voie commune et la reconstitution de l’Eglise unie».

Dans son courrier adressé au cardinal Husar, le pape a noté que ceux qui croient au Christ, en Ukraine, sont resté fidèles, «même s’ils ont été persécutés, opprimés, privés de leurs propres pasteurs par un appareil étatique idéologique et inhumain».

L’Eglise contrainte à redescendre dans les catacombes

Malheureusement, écrit Benoît XVI, «en ces jours tristes de mars 1946, un groupe de prêtres rassemblés dans un pseudo synode, qui se donna le droit de représenter l’Eglise, attenta sérieusement à l’unité ecclésiale». Ceci, a encore souligné le pape, provoqua «de nouvelles souffrances et contraint l’Eglise à redescendre dans les catacombes».

«Même dans les épreuves indicibles», a expliqué le pape, l’Eglise gréco-catholique a continué «à rendre témoignage de l’unité, de la sainteté, de la catholicité et de l’apostolicité de l’Eglise du Christ». Benoît XVI a enfin souhaité que l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine «maintienne visible la tradition orientale dans l’Eglise catholique» et favorise la rencontre des traditions.

Cette lettre de Benoît XVI vient renforcer le rôle du cardinal Lubomyr Husar et soutenir l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine, alors que le déménagement du haut prélat de Lviv à Kiev, en août 2005, avait irrité l’Eglise orthodoxe locale, ainsi que le Patriarcat de Moscou. Les autorités orthodoxes russes ont vu dans ce geste une humiliation à l’égard de leur métropolite dans la capitale ukrainienne et une nouvelle manifestation de prosélytisme catholique. L’Eglise gréco-catholique d’Ukraine compte aujourd’hui 15 évêques et près de 2’200 prêtres, 750 moines et 1’100 religieuses, 3’000 églises et 5 millions de fidèles. (apic/imedia/ami/be)

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