Le Regard d’Or 2006 au film iranien « Be Ahestegi. »
Fribourg, 19 mars 2006 (Apic) Le Regard d’Or de la 20e édition du Festival international de films de Fribourg (FIFF), qui s’est clos dimanche 19 mars dans la Cité des Zaehringen, a été décerné à l’unanimité au film « Be Ahestegi. » (« Tout doucement. »), du réalisateur iranien Maziar Miri.
Le Grand Prix « Le Regard d’Or » du FIFF, d’un montant de 30’000 francs suisses (doté par l’Etat et la Ville de Fribourg), a été choisi par le Jury international pour la qualité de la mise en scène de Maziar Miri. Présidé par le Grec Michel Demopoulos, critique et ancien directeur du Festival de Thessalonique, le Jury a récompensé cette oeuvre pour la façon dont le réalisateur iranien, grâce aux caractères remarquablement décrits, a montré les divers tabous sociaux concernant les femmes en Iran. « Be Ahestegi. » a également reçu le Prix du Jury FIPRESCI, (Fédération internationale de la presse cinématographique), qui a pour but de promouvoir le jeune cinéma.
Le Prix spécial du Jury est revenu au film numérique philippin « Heremias », un film fleuve (près de huit heures !) de Lav Diaz, qui a récompensé la recherche par le réalisateur d’un langage cinématographique « radical et anti-conventionnel dans le but de sauvegarder une culture nationale originale ». Le Jury international a de plus attribué une mention au film taiwanais « Shen Hai » (« Blue Cha Cha »), de Cheng Wen-tang, « pour l’émotion condensée dans la destinée malheureuse de l’héroïne d’où jaillit pourtant une lueur d’espoir ».
Décerné pour la première fois, le Prix Oikocredit a été remis à « Un Matin bonne heure » (France, Guinée), de Gahité Fofana, « pour le regard, à la fois tendre et désillusionné, que pose le réalisateur tant sur ses personnages que sur le continent Africain, lâché à la dérive ». Le Jury international a accordé une mention spéciale au film « Be with me », du réalisateur Eric Khoo (Singapour), qui a également reçu le Prix du Jury oecuménique (doté de 5’000 francs conjointement par les oeuvres d’entraide Action de Carême et Pain pour le Prochain) ainsi que le Prix du Jury de la FICC, la Fédération internationale des ciné-clubs.
Le Prix du mouvement des volontaires pour le développement E-CHANGER (doté de 5’000 francs) et décerné par le Jury des Jeunes, ainsi que le Prix du public du même montant offert par la Direction du développement et de la Coopération (DDC), est allé à « Dunia – Kiss me not on the Eyes », de Jocelyne Saab (Egypte/Liban/France).
Des films qui montrent l’humanisme, à l’opposé de la propagande
Le Prix du Documentaire, pour lequel neuf films étaient en compétition, est décerné ex-aequo à « Taimagura Baachan » (« Grand-mère de Taimagura ») de Yoshihiko Sumikawa (Japon) et « Doust » (« L’Ami »), de Sara Rastegar (France/Iran). Le jury, présidé par le journaliste Patrick Ferla, a estimé que ces deux films « racontent tous deux une rencontre humaine et poétique avec un personnage symbole de sagesse universelle ». Dans son hommage, Patrick Ferla a souligné que le film « Doust » – inventif, spontané et d’une grande fraîcheur – « apporte un démenti cinglant à l’image d’un Iran fanatique véhiculé par le régime de Téhéran et par les Etats-Unis. Le vieux berger de Sara oppose son humanisme, sa tolérance naturelle et son scepticisme terrien au régime autoritaire des mollahs. Une leçon de bon sens populaire qui fait tant de bien aujourd’hui ».
Nombre de spectateurs en léger recul
L’édition 2006, qui a attiré dans les salles quelque 26’000 spectateurs – dont un nombre record de 7’000 étudiants qui ont visité les projections destinées aux écoles – a dépassé celle de l’an passé (qui avait connu une baisse en raison de l’incendie de la salle du Corso). Elle est cependant en léger recul par rapport à 2004, qui avait connu une affluence record de 28’000 entrées. Ainsi, les deux panoramas – « Le cinéma iranien s’en va-t-en-guerre » et « Le cinéma numérique philippin » – , qui intéressent davantage un public de professionnels, ont moins attiré le grand public. Ils ont toutefois su conquérir un public pointu.
Interrogée par l’Apic sur ce tassement relatif du public, la Bernoise Franziska Burkhardt, nouvelle directrice du FIFF, reconnaît que cette année certains films – notamment les deux qui avaient une durée de huit et de dix heures ! – n’étaient peut-être pas si faciles d’accès pour le grand public. Elle pense cependant que de tels films méritent d’être projetés. Beaucoup peut être fait cependant en réaménageant la programmation des séances (on a dû refuser du public pour certains films !), sans toutefois sacrifier les programmes destinés aux professionnels et aux cinéphiles avertis, qui restent l’objectif d’un tel festival.
Percée en direction de la Suisse alémanique
Cette année, 30% du public étudiant étaient des Alémaniques, venant notamment des gymnases et lycées de Bâle et de Berne. Cette progression est due notamment au sous-titrage en langue allemande pour tous les films en compétition, financé par la Fondation Stanley Thomas Johnson.
Notons que pour remercier le public de sa fidélité et pour marquer la Journée de la Francophonie, une projection gratuite de « Un Matin bonne heure » aura lieu lundi 20 mars à 18h au cinéma REX1 de Fribourg. Parmi les quatre Films du Sud dont le Festival acquiert les copies et qui prendront le chemin des salles de cinéma suisses à partir du printemps grâce au distributeur trigon-film, on retrouve « Be with me », d’Eric Khoo, « Umoregi – The Buried Forrest » (« Umoregi – La forêt oubliée »), de Kohei Oguri (Japon), « Delwende », de S.Pierre Yaméogo (Burkina-Faso/France/Suisse), et « Les Artistes du théâtre brûlé », de Rithy Panh (France/Cambodge). (apic/be)
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