Bulle/La Tour-de-Trême: Les grandes religions mondiales exposées aux CO de la Gruyère

Apic Reportage

Des religions abordées par le biais des sens

Jacques Berset, agence Apic

La Tour-de-Trême, 22 mars 2006 (Apic) Les élèves, silencieux, s’agglutinent autour de cinq moines bouddhistes en robe bordeaux et safran. Accroupis autour d’une table ronde de couleur verte, les moines du monastère Rabten Choeling du Mont-Pèlerin sont affairés depuis lundi à la confection d’un «mandala» de sable de diverses couleurs. Leurs gestes lents et précis sont guidés par le Vénérable Lobsang Phuntsor, venu tout exprès des Etats-Unis.

«C’est un mandala de purification, une maison que l’on fait pour Dieu, où l’on va le rencontrer; c’est un travail de religieux, une prière, même si cela ressemble à une oeuvre d’art», explique André Zamofing (*) aux classes qui défilent dans le grand hall du Cycle d’Orientation (CO) de La Tour-de-Trême, localité accolée à Bulle.

A mi-temps professeur de religion et d’éthique au CO de la Tour, et pour un demi poste au service des paroisses gruériennes comme animateur de l’aumônerie du CO et coordinateur de Formule Jeunes pour le Sud du canton, André Zamofing se fait guide pour quelques instants. Pour faire comprendre l’exposition didactique qui présente les cinq grandes religions du monde. «Elles sont abordées par le biais des sens, car à cet âge, on lit peu les panneaux d’explications».

«Toi qui rêves depuis un moment de partir en Inde, au Tibet, en Israël ou encore au Maroc pour mieux connaître et ressentir de l’intérieur le contact des grandes religions, tu n’es pas obligé de réserver quatre billets d’avion dès ce soir. Prends tout simplement deux heures pour aller plonger au coeur d’un premier voyage initiatique aux CO de La Tour-de-Trême ou de Bulle. Ton coeur mais aussi ta tête et tes sens te diront merci !». C’est par ce langage, percutant comme une pub TV, que les jeunes sont invités à parcourir l’exposition.

Cinq tentes comme cinq lieux de culte, dans lesquelles chaque religion – l’islam, le catholicisme, le judaïsme, l’hindouisme, le bouddhisme – est présentée au travers d’objets: statues, habits ecclésiastiques, images saintes, tentures, livres et autres objets sacrés.

«Cette exposition veut faire appel aux sens, précise le prof; on veut faire sentir, toucher, voir les religions plutôt que les comprendre. Car pour cela, on a toute l’année en classe, et il faut avouer que des fois, ce n’est pas facile». Les jeunes du CO, à cet âge, sont en effet bien plus attirés par les couleurs, les encens qui brûlent, les moines qui travaillent dans le silence. «On dit qu’ils sont un peu sauvages, notamment quand on en lâche 870 à la récré, c’est une vraie fourmilière. Mais, quand ils visitent l’exposition, c’est étonnant comme ils sont réceptifs et respectueux.Rien n’a été saccagé ou dérangé. Ils sont reconnaissants qu’on leur fasse confiance!».

Des jeunes, d’habitude indifférents, soudain intéressés.

Dans le corridor, Alizée, en deuxième du CO, nous le confirme: «On est tout de suite attirés, on peut mieux voir ce qui se passe»; sa copine Carine renchérit: «Cela nous aide à mieux connaître comment les autres vivent leur religion. J’aurais bien voulu rester plus longtemps». A la question de savoir si d’autres camarades de classe appartiennent aux religions exposées, elles hésitent. La religion, ce n’est visiblement pas leur préoccupation: «On a d’autres points communs, on ne parle pas de religion entre nous!».

A leurs côtés, Qendresa, qui vient du Kosovo, est musulmane. Elle dit apprécier l’exposition: «Cela nous apprend beaucoup de choses, c’est important que l’on montre du respect pour les autres religions. Les musulmans en Suisse. c’est plutôt l’indifférence, il n’y a pas tellement d’agressivité».

Sylvain reconnaît lui aussi qu’il a appris beaucoup de choses, «car à part les chrétiens, je ne connaissais pas grand-chose d’autre. Même s’il y a parmi nous des fidèles d’autres confessions, on ne fait pas gaffe à leur religion! On découvre une fois autre chose, mais pour moi, rien ne va changer! On doit accepter leur religion comme eux doivent accepter la nôtre!»

Quittant l’espace bouddhiste, en passant sous les drapeaux de prière multicolores suspendus au plafond – comme dans les temples, pour inonder positivement l’espace qui les entoure – on entre dans un temple hindou, en sonnant trois fois la cloche. Deux Taras, des statues de femmes à l’entrée, présentent aux visiteurs l’eau ou le lait, ainsi que le safran pour appliquer un point rouge sur le front du fidèle. Le visiteur pénètre alors dans le temple dans les odeurs d’encens. «Pour protéger le pèlerin et éloigner les mauvais esprits». Sur un autel, on aperçoit un tableau du Mahatma (la grande âme) Gandhi, père de la patrie.

Beaucoup de confiance et de bonne volonté

Plus loin, voici l’espace du judaïsme. Sur le lutrin, un «talit» (châle de prière) enveloppe une torah. Les 613 fils qui dépassent de ce châle représentent les 613 commandements de la torah. Pour marquer une distance entre Dieu créateur et l’homme créature, les hommes doivent se couvrir d’une «kippa». Les juifs religieux s’harnachent de longues lanières de cuir, les phylactères, terminées par de petits coffrets noirs contenant des versets de la torah. Ces phylactères sont posés à côté d’une Ménorah, le chandelier à sept branches présent dans toutes les synagogues.

«Le chiffre 7 est le chiffre de la perfection, c’est les 7 jours de la création», lance André Zamofing. Qui précise que l’exposition, qui a eu lieu grâce à beaucoup de soutiens extérieurs, vaut tout de même plusieurs dizaines de milliers de francs. Les objets venant directement de l’Inde ont été prêtés «à un tarif préférentiel, presque gratuitement», par le photographe Benoît Lange, d’Aigle, qui aide le «médecin des rues» de Calcutta Jack Preger grâce à la fondation «Calcutta-Espoir».

Tout à côté, voici le choeur d’une église catholique, avec un antiphonaire venu de la chartreuse de la Valsainte. Quand André Zamofing passe devant l’exposition catholique, il leur propose de passer rapidement: «Vous êtes quasiment tous catholiques, alors vous connaissez déjà, mais ils veulent avoir des explications. C’est alors que l’on s’aperçoit qu’il y a une telle inculture.Cela vaut aussi pour nombre de nos élèves musulmans!»

Dans la synagogue, un rouleau d’une Torah de provenance roumaine, écrite à la main sur parchemin – 26 m de long! – et datant de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle. «C’est un prêt du professeur Othmar Keel, du Musée Bible+Orient, à Fribourg». Le rabbin de la communauté libérale de Genève, François A. Garaï, a également prêté des objets de culte et une maquette du Temple de Jérusalem, tandis que la communauté musulmane de Fribourg est venue elle-même monter le stand sur l’islam.

«Le vendredi, au moment du montage, les musulmans qui préparaient l’exposition ont disparu. Ils s’étaient retirés pour la prière du coucher du soleil.Pour monter l’exposition, on était quasiment tous des croyants, n’empêche que ceux qui nous donné l’exemple, c’étaient les musulmans. Une belle leçon!» Au fond, dans la mosquée figurée par cinq colonnes, les cinq piliers de l’islam, un Coran ouvert sur une page qui parle de Marie… JB

Encadré

André Zamofing (*), un bourlingueur qui a jeté l’ancre.

Originaire de Praroman, André Zamofing est né en 1964 à Fribourg. Après son école secondaire à Marly, il fait un apprentissage d’électronicien et obtient un CFC. De 14 ans à 20 ans, il se dit «vraiment athée». Il part alors en voyage autour du monde pour découvrir un sens à sa vie. Durant ces quatre ans de pérégrinations, il redécouvre la foi. En Inde, en pleine quête, il découvre l’hindouisme. Rencontrant un saddhou, un moine errant qui vit d’aumône, il pense avoir trouvé son maître spirituel; ce dernier lui dit cependant: «Tu es un chrétien venant d’Europe, retourne chez toi et lis la Bible. J’ai trouvé très beau qu’un hindou me renvoie à mes propres racines». Il avait alors 22 ans, et la Bible ne lui disait toujours rien.

Alors il s’en va au Rwanda, pour vivre avec des missionnaires catholiques, des Soeurs hospitalières de Brünisberg, et des Pères Blancs. «J’ai vu là-bas combien des gens qui ont la foi peuvent changer le monde autour d’eux!». En rentrant d’Afrique, André Zamofing se dit qu’il est temps de lire la Bible, mais il veut aller sur place, en Israël, pour le faire. «C’est là que j’ai rencontré la Bible sur le terrain, avec le Père dominicain Jacques Fontaine, .la rencontre avec le peuple, le texte et la terre». A la fin de ces quatre ans de voyage, «pour digérer tout ça», André Zamofing rentre de Jérusalem. à pied.

Ce temps de réflexion le décide à devenir animateur pastoral et de faire de sa vie professionnelle un véritable engagement. Animateur de jeunes (avec une formation à l’Institut romand de Formation aux Ministères IFM, à Fribourg), il allait devenir travailleur social (10 ans comme éducateur au Tremplin), avant d’être invité par Mgr Bernard Genoud à faire un remplacement pour le cours de religion. «C’est comme cela que je suis devenu enseignant de religion et animateur en aumônerie». JB

L’exposition, à la mise sur pied de laquelle ont participé également Bertrand Oberson, animateur de l’aumônerie au CO de Bulle, et Myriam Stocker, assistante pastorale de l’Unité de Bulle, est ouverte au public du lundi au vendredi de 08h00 à 17h30 jusqu’au jeudi 6 avril au CO de la Tour-de-Trême et du 24 avril jusqu’au 11 mai au CO de Bulle. Le mardi 28 mars, une vente d’épices de l’Inde sera organisée au CO de la Tour-de-Trême en faveur de l’association Calcutta-Espoir pour soutenir le travail de médecins de rues. Dans le hall, on peut également visiter une présentation unique de 31 tableaux sur le thème «Bible et philatélie», préparée par l’Alliance Biblique Française. JB

Des illustrations de cet article peuvent être commandées à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch Dorénavant, les photos de CIRIC peuvent être commandées automatiquement par internet sur le site www.ciric.ch (apic/be)

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