Une ouverture sérieuse vers la paix

Pays basque: Optimisme de l’Eglise et du clergé basque après l’annonce de l’ETA

San Sebastian, 27 mars 2006 (Apic) Le clergé basque se déclare enthousiaste et prêt à contribuer au processus de paix, après l’annonce de cessez-le-feu décrété la semaine passée par l’ETA. Il faut dire que l’Eglise catholique basque s’est toujours posée en actrice parfois même militante dans cette région qui réclame son indépendance, à défaut son droit à l’autodétermination. 70% du clergé d’Euskal Herria – la Terre basque – se dit en effet en faveur de ce droit.

L’annonce d’un cessez-le-feu de l’ETA, entré en vigueur vendredi passé, redistribue les cartes. Même le PP, le Parti populaire de Mariano Raroy, le chef de file de la droite espagnole, y compris des nostalgiques du franquisme, a opéré un virage à 180 degrés par rapport à ses déclarations en début de semaine. Il se disait alors hostile à toutes négociations avec le groupe terroriste de l’ETA.

Incontestablement, l’Eglise catholique d’Euskal Herria, qui a joué par le passé un rôle important dans l’histoire de la terre basque, aura aussi son mot à dire dans le processus de paix. Ce qu’elle a toujours du reste souhaitée et appelée de ses voeux, même si celle-ci, souvent, s’accompagnait pour la majorité du clergé, comme le démontrait une enquête de l’Apic réalisée au Pays basque en été 2003, d’une revendication: le droit à l’autodétermination du peuple basque.

«Si on a besoin de l’Eglise pour ce processus, elle est disponible», souligne le Père Jesus de Garitaonandia, 68 ans, reprenant à son compte des déclarations de l’évêque de Saint-Sébastien, Mgr Juan Maria Uriarte. Pour lui l’Eglise est prête à jouer un «rôle de catalyseur positif» dans cette nouvelle étape. Mgr Uriarte avait servi d’intermédiaire il y a quelques années dans des contacts entre l’organisation séparatiste basque ETA et le précédent gouvernement conservateur de José Maria Aznar. Processus que des milieux proches du franquisme s’étaient chargés de dénaturer. L’échec fut total.

Période porteuse d’espoir

«Nous entrons dans la période la plus porteuse d’espoir» de ces dernières années au Pays basque, estime encore le Père Jesus de Garitaonandia, à l’annonce de la décision de l’ETA, appuyant sans réserve le «dialogue et la réconciliation» dans une région où le clergé s’est souvent identifié avec les positions des nationalistes. «Si être nationaliste signifie aimer son peuple, eh bien je suis nationaliste», dit-il sans détour, assurant dans le même temps avoir toujours condamné le terrorisme et prôné la paix. Prudent avec la nouvelle position du PP, il s’inquiète de la philosophie de ce parti selon qui le problème de l’’ETA ne se résoudra que par la répression. Il défend le regroupement au Pays basque des détenus de l’ETA, répartis dans des prisons sur tout le territoire espagnol et en France.

Les positions souvent tranchées et sans équivoque du clergé basque a d’ailleurs valu à ce dernier les remontrances, voire les accusations de la Conférence épiscopale espagnole, accompagnées des critiques acerbes de la classe politique des milieux conservateurs.

A l’image de la réalité politique, l’Eglise catholique espagnole et l’Eglise basque ne vivent de loin pas une histoire d’amour. La volonté de se distinguer l’une de l’autre est du reste telle que même le Bon Dieu à leurs yeux semble avoir deux nationalités. La première a mal à son passé. La seconde, par son clergé en particulier, se charge de le lui rappeler. D’autant plus qu’elle a pris fait et cause depuis longtemps sinon pour les nationalistes, du moins en faveur du droit à l’autodétermination. Mais contre la violence de l’ETA.

Un problème: deux versions

«La hiérarchie catholique espagnole a toujours tenté d’abuser l’opinion en associant nationalisme et terrorisme de l’ETA», s’insurgeait en 2003 le Père Felix Bergara Zurutuza, curé de la paroisse d’Eibar, près de San Sebastian. Qui affichait alors la couleur: «Nous voulons la création d’une province ecclésiastique basque et le droit à l’autodétermination, et que soit reconnue ici une Eglise enracinée dans son peuple, avec son identité, sa langue et sa culture. Le prix de la paix passe par cette exigence». En 2003, au moment du reportage de l’Apic au Pays Basque, le Père Zurutuza était l’un des responsables du collectif «Herria 2000 Eliza», une association de prêtres et de religieux basques nationalistes déclarés, forte de plusieurs centaines de membres. Un groupe toujours très important au Pays basque. En particulier du côté du diocèse de San Sebastian.

«Depuis longtemps cette Eglise s’est identifiée aux nationalistes», accusait d’ailleurs Leopoldo Barreda de Los Rios, parlementaire basque et président du PP de la région de Biscaye, rencontré à Bilbao en 2003. Même les évêques basques ne trouvant pas grâce aux yeux du représentant du PP: «Ils se sont mis en terrain politique, en marge de la morale».

Ces propos illustrent les tensions entre la hiérarchie catholique d’Espagne et la population des trois provinces autonomes du Pays basque, où plus de 70% du clergé emboîtent le pas aux nationalistes pour réclamer un vote d’autodétermination, à en croire Xabier Lekuona, journaliste et vice-directeur du quotidien «Egunkaria Aurrera», un journal édité en langue basque uniquement.

Nationalisme au pluriel

Nombre de prêtres aujourd’hui au Pays basque attendent aujourd’hui la suite des événements. Ils reconnaissant toutefois qu’un pas dans la bonne direction a été franchi, même si, pour l’heure, à leur connaissance, la Conférence des évêques d’Espagne ne s’est pas prononcée sur la nouvelle donne: «Il y a un nationalisme espagnol, au même titre qu’il existe un nationalisme basque, gallego ou catalan. Le problème est le poids, au sein des structures de la Conférence épiscopale, d’évêques qui respirent le nationalisme espagnol», relèvent-ils à propos des critiques encourues à leur encontre par la hiérarchie espagnole, à Madrid notamment.

Pour l’instant, la classe politique semble faire cause commune avec le Premier ministre Zapatero pour tenter d’apporter une solution à ce conflit mené notamment par l’ETA, après quatre décennies de violence terroriste et plus de 800 morts. Qu’un cessez-le-feu décidé secrètement dès janvier par l’ETA, selon la radio-télévision basque, pourrait être en mesure de résoudre. L’annonce de cessez-le-feu serait le fruit de contacts entre émissaires du gouvernement espagnol et ETA tenus depuis août 2004, notamment à Genève et Oslo. (apic/pr)

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