Début d’une campagne contre le « foeticide »
New Delhi, 6 avril (2006 (Apic) La condamnation à la prison d’un avorteur en Inde pourrait marquer le début d’une campagne contre le « foeticide »
La condamnation à la prison d’un avorteur ayant recouru à l’échographie pour déterminer le sexe d’un foetus avant de pratiquer l’avortement, est la première action prise depuis le lancement par le gouvernement, en mars, d’une « Décennie de la survie des enfants de sexe féminin ».
Le gouvernement fédéral de l’Inde a lancé cette campagne pour inverser la tendance alarmante d’une diminution de la proportion des femmes par rapport aux hommes, à la suite du foeticide – ou destruction des foetus – de sexe féminin qui n’a cessé d’augmenter depuis qu’il est possible de déterminer le sexe du foetus en recourant à la technologie du 21e siècle.
Les dossiers médicaux ont permis aux autorités de remonter au docteur Anil Sabsani qui a envoyé une « patiente » subir une échographie pour déterminer le sexe du foetus afin de pratiquer un avortement. Le médecin et son assistant ont été condamnés à la fin mars à deux ans de prison et à une amende de 5’000 roupies indiennes (91 euros) par un tribunal de Palwal, dans l’Etat du Haryana.
« Chaque année, et c’est une tragédie, un demi million de filles sont tuées et ne peuvent voir le jour », a déploré Renuka Chowdhury, ministre pour la condition des femmes et des enfants, lors du lancement de la Décennie le 8 mars, date de la Journée internationale de la femme. « Nous devons mettre fin à ceci. »
Selon le recensement national de 2001, il y a moins de 800 filles pour 1’000 garçons en dessus de l’age de six ans dans plusieurs régions de l’Inde et seulement 929 adultes femmes pour 1’000 hommes.
Pour Renuka Chowdury, l’aspect « le plus choquant » de la baisse de la proportion des femmes est qu’elle se produit dans des régions développées, ou` l’économie est prospère, l’alphabétisation importante, et les revenus meilleurs comparés aux régions moins développées.
Encore de sérieux efforts à faire
L’Association médicale chrétienne en Inde a réalisé une étude novatrice sur les naissances dans les hôpitaux de Delhi qui ont montré l’an dernier que parmi les familles ayant un troisième enfant après deux filles, il y avait seulement 219 filles pour 1’000 garçons.
En plus de mesures strictes visant à freiner les avortements de foetus de sexe féminin, a précisé Renuka Chowdhury, la Décennie va promouvoir le renforcement de la position des femmes et la création d’emplois plus nombreux pour les femmes.
« Nous nous félicitons de cette initiative. Mais le gouvernement devrait s’assurer que des efforts sérieux seront faits pour faire diminuer les avortements de foetus de sexe féminin », a déclaré Annie Raja, secrétaire général de la Fédération nationale des femmes indiennes. Pour Annie Raja, une militante féministe, « il ne suffit pas pour le gouvernement d’annoncer de grands projets sans faire de gros efforts pour appliquer convenablement le programme ».
Jessy George, secrétaire des Unions chrétiennes féminines à Delhi, a confié à l’Agence oecuménique ENI que « nous sommes heureuses que le gouvernement reconnaisse la gravité du problème », mais la lutte contre le foeticide exige une action concertée visant à changer les préjugés à l’encontre des filles.
En plus de la préférence pour les fils dans la tradition indienne, des milliers de jeunes mariées sont tuées si elles n’apportent pas la dot demandée. C’est pourquoi de nombreuses familles tentent d’empêcher la naissance d’une fille, même en enfreignant la loi. (apic/eni/pr)
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