Suisse: Soeur Mary John Mananzan, une religieuse des Philippines pour plus de justice
Georges Scherrer, traduction et adaptation Jacques Berset
Berne, 10 avril 2006 (Apic) «Un mariage peut être pour la femme un danger mortel», lance Soeur Mary John Mananzan, une religieuse catholique de Manille. Affirmation surprenante de la part de cette soeur bénédictine, en Suisse à l’occasion de la campagne de carême.
Mais pour cette militante, les droits de la femme font partie intégrante de la formation des 35’000 élèves – filles et garçons – qui fréquentent aux Philippines les écoles dirigées par les soeurs bénédictines (OSB).
Pour cette religieuse de 68 ans engagée dans les combats contre la dictature militaire à l’époque de Ferdinand Marcos, des mots comme théologie de la libération, théologie féministe, droits des femmes ou justice sociale, coulent de source. Soeur Mary John Mananzan, née le 6 novembre 1937 à Dagupan/Pangasinan, a étudié la théologie, la philosophie, l’histoire et la missiologie à Manille, Münster et Rome.
Depuis des décennies, la promotion de la femme est au coeur de son combat: elle a fondé et présidé «Gabriela», la plus grande organisation faîtière des associations féminines aux Philippines, et enseigne la théologie au Collège de Ste-Scholastique de Manille, qui cherche à inculquer aux étudiants «la solidarité avec les pauvres et les opprimés». Dans sa «spiritualité de la vie», la religieuse bénédictine s’efforce d’intégrer au christianisme d’autres traditions religieuses.
Comme jeune fille, Mary John Mananzan a fréquenté l’école des soeurs bénédictines missionnaires de Tutzing aux Philippines, avant d’entrer dans leur congrégation à l’âge de 19 ans. Aujourd’hui, elle en est la prieure générale. Les 185 soeurs – novices et postulantes non comprises – ne peuvent évidemment pas assumer toutes seules la charge des 35’000 élèves qu’elles accueillent dans leurs écoles. Il y a quelque 500 laïcs actifs dans chacune des écoles des soeurs bénédictines.
Questionnée sur la raison pour laquelle elle est et reste bénédictine, Soeur Mary John se souvient d’un livre sur la contemplation intérieure et la spiritualité, qu’elle avait lu quand elle était jeune et qui lui avait fait forte impression. Aujourd’hui, elle veut vivre en lien avec Dieu, mais également agir pour les hommes. Cette attitude lui permet de s’engager pleinement pour son peuple aux Philippines, «où il y a tant de problèmes». Le fait qu’elle puisse agir dans ce domaine en tant que religieuse a des avantages: «Les gens nous respectent et nous écoutent quand nous les incitons à agir – peut-être parce que nous sommes crédibles», lâche Soeur Mary John dans un grand sourire.
La religieuse philippine parle parfaitement l’allemand, car elle a notamment étudié à Münster, en Westphalie, auprès du célèbre théologien Karl Rahner. Il lui a appris à ne pas parler à la légère de Dieu, mais à le comprendre comme mystère. «L’homme doit par conséquent toujours demeurer à la recherche de Dieu». Mais Soeur Mary John s’est également intéressée particulièrement à la théologie de la libération et à la théologie féministe, «et cela va au-delà de Rahner», lance-t-elle.
L’injustice frappe en particulier les femmes
Grâce à sa solide formation fort diversifiée, et aussi au soutien de ses consoeurs, la religieuse philippine s’est lancée dans le combat pour la justice. Depuis des lustres, elle dénonce dans son pays l’injuste distribution des richesses: «2% de la population possèdent et contrôlent 75% de notre richesse!»
Mais elle déplore également qu’aux Philippines, un pays qui croule sous les dettes, les entreprises transnationales possèdent une influence indue. Conséquence: les salaires sont tellement bas que les 80% de la population ne peuvent même pas couvrir leurs besoins de base.
Outre la crise économique qui frappe le pays, les Philippines font face à la corruption et à l’indifférence des hommes politiques, ce qui a pour effet une crise politique permanente et conduit à une «féminisation de la pauvreté». En effet, dans ce pays, les plus pauvres dans tous les secteurs sont les femmes, qui sont discriminées. «Mais le pire, insiste la religieuse, c’est la violence contre les femmes: viols, coups, incestes.qui concernent aussi bien sûr l’ensemble des femmes au plan mondial, mais la prostitution et les mariages par correspondance sont particulièrement élevés aux Philippines».
Ces «épouses par e-mail» ne quittent pas volontairement leur pays, mais parce qu’elles veulent sortir de la misère, relève Soeur Mary John. En outre, les Philippines parties travailler à l’étranger sont souvent abusées.
Le système patriarcal et la religion pénalisent la femme
Pour la religieuse philippine, il ne fait aucun doute que le système patriarcal et la religion pénalisent la femme. Ce n’est pas seulement l’homme seul qui porte la responsabilité de cette situation, mais tout le système qui conditionne l’individu, «c’est-à-dire l’école, l’Eglise, les mass médias et l’éducation». Soeur Mary John regrette qu’une mauvaise interprétation de la Bible présente la femme comme soumise à l’homme. La prieure bénédictine estime que l’Eglise doit lire la Bible avec des yeux neufs.
L’injustice faite aux femmes fait partie des thèmes enseignés dans les écoles des bénédictines aux Philippines. Soeur Mary John a ainsi fondé un «Institut pour les études féminines» et les branches concernant la situation des femmes sont obligatoires dans les écoles des religieuses. Des cours concernent «l’écoféminisme», «la formation à la direction pour les femmes», «genre et développement» ou la «spiritualité des femmes». Les hommes fréquentent le cours de «sensibilisation aux différences spécifiques entre les sexes».
Droit au divorce
Dans son engagement en faveur de la justice pour les femmes, la soeur bénédictine ne craint pas les conflits avec la hiérarchie de l’Eglise, notamment en matière de divorce. Elle rejette les efforts de l’Eglise en faveur d’une «réconciliation précipitée» pour sauver un mariage en échec. «On doit examiner de façon détaillée le conflit dans le couple et en mesurer les conséquences sur la femme», avertit la religieuse. Et d’estimer qu’il y a un moment où l’on doit dire: «Cela ne va plus, la poursuite de l’union matrimoniale met en danger la vie de la femme!»
L’Eglise exige que l’homme et la femme restent ensemble pour le bien des enfants. La femme doit cependant pouvoir, le cas échéant, sauver sa vie en quittant la demeure familiale, affirme la religieuse, dont la communauté dirige des maisons pour les femmes battues ou abandonnées. Soeur Mary John est d’avis que l’Eglise catholique doit modifier la vue qu’elle a des femmes, qui présente des aspects problématiques.
La prieure bénédictine, qui se maintient en forme grâce au shibashi, une ancienne pratique chinoise de mouvements qui met le corps en harmonie avec le rythme de la nature, se sent soutenue par d’autres femmes, comme celles qui sont engagées dans l’Association oecuménique des théologiens et théologiennes du Tiers-monde, qui regroupe des membres venant d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Au sein de l’association, il y une commission qui travaille à l’élaboration d’une théologie de la libération des femmes à partir de la situation des femmes du tiers-monde.
La religieuse des Philippines plaide pour un renforcement du pouvoir des femmes – une notion venant de l’anglais «empowerment» – au plan économique, politique, social et culturel. Elle dénonce l’image de la femme que l’on véhicule dans la publicité et dans l’industrie du sexe: «La pornographie et la violence contre les femmes vont ensemble», affirme Soeur Mary John.
La partie spirituelle de cet «empowerment» serait du ressort de l’Eglise, estime-t-elle. «Elle ne le fait pas, alors nous on le fait!». Et de déplorer que la hiérarchie de l’Eglise ne se rende pas compte du travail que les bénédictines des Philippines accomplissent dans le domaine de la «spiritualité de la vie». «La hiérarchie n’a aucune idée de cette spiritualité développée par les femmes.»
La prieure bénédictine est d’avis que la théologie doit être réexaminée dans son ensemble. Elle demande aux organisations féminines catholiques en Suisse de prendre en compte les problématiques développées par les femmes du Sud et de les faire passer consciemment dans l’Eglise d’ici.
En Suisse, les soeurs bénédictines missionnaires de Tutzing avaient une maison à Guin dans le canton de Fribourg, et une autre à Ettiswil, dans le canton de Lucerne, mais elles ont dû les fermer ou les transmettre à des fondations, faute de relève. GS/JB
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Pologne: Défense de la culture chrétienne, les éditions «Znak» saluées par le pape
Benoît XVI souligne leur engagement
Rome, 10 avril 2006 (Apic) Benoît XVI, recevant samedi quelque 75 membres de la maison d’édition polonaise Znak, de Cracovie, a salué leur engagement pour la défense de la culture chrétienne. Le pape les a invités, le 8 avril, à poursuivre leur lutte en faveur de ces «valeurs éternelles». Il a aussi salué le travail de ces éditeurs qui ont publié certains de ses ouvrages en polonais, ainsi que ceux de son prédécesseur.
En recevant des membres des éditions Znak, Benoît XVI a souligné que leur engagement contribuait valablement «à la formation du visage spirituel de Cracovie, de la Pologne et de l’Eglise». Pour honorer la mémoire de Jean Paul II, a souligné le pape, «je vous demande de rester fidèles au Christ et à l’Eglise» et que «votre zèle pour diffuser la culture basée sur des valeurs éternelles ne s’éteigne pas».
Le pape a profité de cette opportunité pour remercier la maison d’édition de Cracovie pour la publication en langue polonaise de ses livres, dont des ouvrages ont été publiés chez Znak dès 1960. Benoît XVI a en outre rappelé que Jean Paul II, alors qu’il était hospitalisé à la polyclinique Gemelli de Rome, le 8 mars 2005, avait accueilli Henryk Wozniakowski, le président de la maison d’édition. Privilégié, ce dernier avait alors présenté au pape souffrant l’édition polonaise de son dernier livre, «Mémoire et identité».
La béatification du dernier empereur d’Autriche avait suscité la polémique
Interrogé par I.MEDIA, Henryk Wozniakowski a expliqué peu avant l’audience au Vatican qu’il était venu à Rome avec une délégation de Znak, «éditeur des deux papes», à l’occasion du 1er anniversaire de la mort de Jean Paul II mais aussi pour remercier Benoît XVI de son soutien.
Le 8 avril, Benoît XVI a aussi reçu en audience l’archiduc d’Autriche Otto de Habsbourg, accompagné d’une trentaine de proches, dont de très jeunes enfants. Membre du Parlement européen et âgé de 93 ans, l’archiduc Otto est le fils du dernier empereur d’Autriche et roi de Hongrie Charles de Habsbourg (1887-1922), béatifié par Jean Paul II le 3 octobre 2004. La béatification de Charles Ier avait alors soulevé des polémiques en Autriche où certains jugeaient qu’elle avait été pilotée par les milieux conservateurs de l’Eglise du pays. (apic/imedia/ami/be)
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