Fribourg: A bâtons rompus avec Mgr Bernard Genoud, évêque de LGF
Fribourg, 10 avril 2006 (Apic) Sollicité, à la veille de Pâques, Mgr Bernard Genoud l’est plutôt deux fois qu’une, par les médias romands. Dans un portrait que lui consacre « Le Temps », l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg s’inquiète de la disparition de la morale individuelle. Cela le jour même où le quotidien « La Liberté » de Fribourg discute à bâtons rompus dans une interview parue lundi, abordant là des pans plus personnels de sa personne.
Dans le premier comme dans le second cas, le ton est à la fois sérieux et badin, histoire de découvrir l’évêque sous un jour quelque peu différent. Dans le quotidien « Le Temps », on y apprend par exemple que l’un des soucis de Mgr Genoud est de boucler le budget de son évêché. Y compris le sien. « Je dois bien rouler 20’000 kilomètres par an ». Pour ses ressources propres, l’évêché dépend directement de la générosité des cantons du diocèse. Mgr Genoud y relève en outre « que des curés, dans des cantons prodigues, perçoivent un salaire supérieur au sien ». « L’Eglise, dit-il, est une des rares entreprises où les ’salariés’ peuvent gagner plus que le ’patron!’ »
Interrogé sur les contacts entre les évêques suisses et le PDC, qui ont débouché il y a quelques semaines sur une rencontre à Berne entre les deux parties, Mgr Genoud estime que l’explication a été « constructive »: « Nous avions des malentendus à dissiper », y compris sur la politique du PDC en matière de requérants d’asile et de sans-papiers, politique largement critiquée par les évêques suisses.
Les évêques suisses s’étaient en outre déclaré peinés que des dirigeants d’un parti « se réclamant du label chrétien » préconisent la dépénalisation de l’avortement et soutiennent les mariages gays ». Des sujets qui fâchent les évêques. Et Mgr Genoud: il dit ne pas souhaiter un PDC à la botte de la Conférence des évêques. En revanche, il conçoit mal « que des catholiques engagés en politique puissent totalement s’affranchir des valeurs chrétiennes ». La défense de la vie reste à ses yeux un principe juste, non négociable. Idem pour l’union entre l’homme et la femme, « la seule que l’Eglise juge légitime ».
L’Europe du fric
L’évêque s’inquiète enfin de la « disparition de la morale individuelle, à grande échelle ». « Le mépris de l’homme, dit-il, est contagieux, avec des conséquences dramatiques ». Mgr Genoud critique en outre un modèle de société qui « bazarde tout ce qui n’est pas directement rentable, où l’homme n’est respectable que s’il travaille et produit ». Il s’en prend à « l’Europe du fric, l’Europe du coffre-fort, qui n’a même pas réussi » à citer les valeurs chrétiennes dans le préambule de sa nouvelle Constitution ». Et de faire le constat: « Tiens, depuis cet échec, l’Europe ne s’entend plus sur grand-chose. Ce n’est pas un hasard ».
Dernier chapitre abordé: l’Uni de Fribourg, qui a refusé une bénédiction des bâtiments lors de l’inauguration de Pérolles II: « C’est juste, ça m’a fait mal. Sous prétexte de respecter une minorité, on en vient à manquer de respect à une majorité ». « Plutôt que d’interdire les symboles religieux, il faut les multiplier! Mettons au mur des classes un crucifix, mais aussi un croissant islamique et un chandelier juif à sept branches. Et pour les athées, pourquoi pas, délimitons un coin de mur blanc! ». Et de conclure: « Ne renonçons pas à notre identité. Ne coupons pas nos racines, les arbres périront. Chacun doit savoir qui il est pour nouer un dialogue fécond avec l’autre ».
Dieu n’est-il pas contre le tabac?
Dans l’autre portrait qui lui est consacré, l’évêque de LGF s’explique sur un phénomène qui n’est un secret pour personne: il fume. A la question de savoir combien de paquets il fume par jour, Mgr Genoud répond par très un bref « trop ». Avant d’enchaîner: « Mais que voulez-vous, ma vie n’est pas faite que d’efforts. Alors arrêter de fumer, non, pas celui-là. Pas tout de suite ». Si Dieu est contre le tabac? Mgr Genoud est là catégorique: « Il ne peut pas être contre une plante qu’il a créée. Il est simplement contre les abus, contre tout ce qui abîme l’homme ».
Plus loin, à une question du journaliste sur le tsunami, destinée à titiller l’évêque, affirmant que « Dieu a laissé faire », l’évêque du diocèse de LGF estime qu’il faut voir plus haut: « Dieu est amour. Il a créé l’homme pour partager librement cet amour, et non pour qu’il Lui obéisse mécaniquement, comme la nature. Il savait ce qu’il en coûterait car, en lui offrant la liberté, il prenait le risque d’être soumis à critiques. N’oublions pas le péché originel! Accuser Dieu d’une injustice est tout simplement odieux ». (apic/lt/lib/pr)
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