Rome: La curie romaine a peu de considération pour les Eglises d’Asie et d’Afrique
Rome, 11 avril 2006 (Apic) La curie romaine a peu de considération pour les Eglises d’Asie et d’Afrique, affirme le cardinal japonais Stephen Fumio Hamao. L’ancien président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement déplore également ne pas avoir été consulté sur la récente unification de la présidence de son dicastère avec celle du Conseil pontifical Justice et Paix.
Interrogé par l’agence catholique Ucan en fin de semaine, le cardinal Fumio Hamao, qui a présidé le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants depuis 1998, explique que la faible considération que Rome porte envers les Eglises africaines et asiatiques tient au fait qu’elles sont considérées comme «immatures en termes de christianité».
Des Eglises considérées comme «immatures»
«Peut-être pense-t-on que ce sont des Eglises à peine nées et juge-t-on, à l’inverse, que seule l’Eglise européenne (et peut-être aussi l’Eglise d’Amérique latine) est mûre», a ainsi déclaré le haut prélat. A Rome subsistent de grandes difficultés à comprendre l’Eglise asiatique, en particulier la manière dont ses évêques conduisent le dialogue interreligieux, a regretté l’ancien chef de dicastère.
Fort de sa connaissance de l’Orient, le cardinal Fumio Hamao a souligné que les peuples asiatiques avaient tendance à accepter plus facilement la charge pastorale de Jésus-Christ que le catéchisme en soi, «parce que le catéchisme est une théologie, une théologie européenne et non orientale». C’est pourquoi il faut «proclamer l’Evangile de manière graduelle: si nous déclarons dès le début que le Christ est notre Sauveur, nous ne pourrons pas entrer en dialogue» avec les bouddhistes et les shintoïstes.
Faible présence des Asiatiques et Africains dans le collège des cardinaux
Le haut prélat japonais a également pointé la faible représentativité des cardinaux asiatiques et africains dans le collège cardinalice. Ce qui ne reflète pas l’esprit universel de l’Eglise. Depuis le dernier consistoire, le 24 mars 2006, l’Europe représente toujours plus de la moitié du collège cardinalice avec 51,81 % de cardinaux contre 10,36 % pour l’Asie.
En outre, le cardinal Hamao a vivement regretté la manière dont s’est faite l’unification de la présidence de son dicastère avec celle du Conseil pontifical Justice et Paix, le 11 mars 2006. «Personne ne m’a consulté, je me suis senti un peu triste», a confié le cardinal de 76 ans.
«Personne ne m’a consulté»
En février 2005, peu avant d’atteindre ses 75 ans, il avait présenté sa démission à Jean Paul II. Mais, à la mort du pape polonais, moins d’un mois après, Benoît XVI lui avait demandé de rester encore à ce poste pour «travailler ensemble pour le bien des migrants». Puis, en septembre 2005, au cours d’une audience privée d’une demi-heure à Castel Gandolfo, Benoît XVI n’avait donné «aucune indication sur ce qu’il en serait pour notre Conseil».
C’est par la presse que le cardinal Fumio Hamao a ensuite appris l’intention du pape de nommer le cardinal Martino, déjà président du Conseil pontifical Justice et Paix, a la tête de son Conseil pontifical. C’est en s’adressant ensuite à Mgr Leonardo Sandri, substitut de la Secrétairerie d’Etat, afin de recomposer son équipe, qu’il a appris que Benoît XVI avait accepté sa démission.
En 2003, peu après avoir été créé cardinal par Jean Paul II, Stephen Fumio Hamao avait déclaré à Eglises d’Asie, l’agence des missions étrangères de Paris (MEP), qu’il souhaitait que le prochain pape soit «un homme qui comprenne bien les autres cultures, les autres religions et les coutumes des différentes nations». Il ajoutait que «dialoguer avec les autres religions est essentiel».
Le cardinal Fumio Hamao n’est pas le seul à avoir fait les frais d’une unification de dicastères décidée par Benoît XVI. Le 15 février 2006, le pape a écarté le Britannique Mgr Michael Louis Fitzgerald de la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux en le nommant nonce apostolique en Egypte et délégué auprès de l’Organisation de la Ligue des Etats arabes. Il a été remplacé quelques jours plus tard par le cardinal Paul Poupard, pourtant âgé de 75 ans, déjà à la tête du Conseil pontifical pour la culture.
Réserves également du côté de Mgr Fitzgerald
Peu avant son départ pour Le Caire, le nonce a lui aussi émis quelques réserves sur ces changements. Il a rappelé lors d’une conférence donnée au siège de l’Institut pontifical d’études arabes et islamiques (PISAI), le 29 mars 2006, qu’il existait certes «un lien entre religion et culture», mais que l’on ne pouvait «réduire les rapports entre personnes de différentes religions à un rapport culturel». «Plusieurs religions peuvent coexister dans un même cadre culturel», avait ainsi souligné Mgr Fitzgerald, donnant l’exemple de l’Inde, affirmant alors qu’il ne s’agissait pas dans ce pays «d’une rencontre interculturelle mais interreligieuse». (apic/imedia/be)
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