Rome : Embarras au Vatican après les propos du cardinal Martini
Rome, 21 avril 2006 (Apic) La curie romaine a du mal à cacher un certain embarras après les propos tenus par le cardinal italien Carlo Maria Martini, ancien archevêque de Milan, sur l’utilisation du préservatif, la fécondation assistée ou l’adoption d’embryons congelés. L’ancien archevêque de Milan s’est exprimé dans un dialogue avec le scientifique et bioéthicien italien Ignazio Marino, publié le 21 avril par l’hebdomadaire L’Espresso.
Dans le ’Dialogue sur la vie’ publié par le magazine italien, le cardinal et jésuite en retraite à Jérusalem a qualifié le préservatif de «moindre mal» dans certains cas, a ouvert la porte à la fécondation assistée et à l’adoption d’embryons congelés par des femmes seules. Une copie de l’entretien réalisée il y a un mois par le journal a été envoyée à Benoît XVI.
Au Vatican, les propos du cardinal Martini ont causé une certaine «surprise» et «perplexité». Ainsi, le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil pontifical pour la famille, habituellement loquace sur ce genre de thèmes, a demandé du temps avant de livrer une éventuelle réaction. «Ce sont des questions de débat et il faut bien lire», a-t-il affirmé. «Le cardinal a utilisé des mots qui doivent être étudiés, on ne peut réagir de façon impulsive», a pour sa part estimé le président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr Elio Sgreccia. Celui-ci devrait commenter les déclarations du cardinal Martini dans les colonnes du Corriere della Sera, le 22 avril. Comme plusieurs de ses confrères, le cardinal Camillo Ruini, vicaire de Rome, a quant à lui refusé de donner tout commentaire sur les questions abordées par le cardinal Martini.
Selon des informations recueillies par l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome, au Conseil pontifical de la santé, «il n’y a rien de vraiment neuf» dans les propos du cardinal Martini sur le préservatif ou de très distant par rapport à la position officielle de l’Eglise.
Préparation d’un document sur le préservatif
Des sources autorisées ont cependant confirmé à I.MEDIA la préparation par la Congrégation pour la doctrine de la foi d’un document sur la question de l’usage du préservatif. Il s’agit d’une problématique délicate sur laquelle les théologiens, dont le cardinal Joseph Ratzinger, travaillent depuis un certain temps. Au lieu de donner son avis en ordre dispersé par la voix parfois divergente des cardinaux, ce qui s’est fait jusqu’ici, l’Eglise se prononcerait ainsi officiellement sur le sujet. Elle donnerait alors des recommandations, entre autres, sur l’attitude des époux dans le cas de la contamination de l’un de deux par le Sida. Ce document revu par le pape pourrait être publié dans l’année.
Sur cette question, le cardinal Carlo Maria Martini a affirmé qu’il fallait «tout faire pour contrer le Sida» et que, «certainement, l’usage du préservatif pouvait constituer dans certaines situations un moindre mal». A propos des couples dans lesquels un des conjoints est atteint du virus du Sida, le cardinal Martini a soutenu que «l’un est obligé de protéger l’autre partenaire et ce dernier doit aussi pouvoir se protéger». «Mais la question est plutôt de savoir s’il convient que ce soient les autorités religieuses qui fassent la propagande d’un tel moyen de défense en retenant que les autres moyens moralement soutenables, y compris l’abstinence, soient mis en second plan, alors que l’on risque de promouvoir une attitude irresponsable».
Les théologiens sont divisés sur la question du ’moindre mal’, certains estimant que l’Eglise ne doit pas raisonner en terme négatif et s’immiscer dans une situation déjà corrompue, mais montrer la voie de la vérité. Certains dirigeants africains promeuvent d’ailleurs en amont cette idée d’abstinence et de fidélité comme moyen de lutte contre le Sida. Dans le cas de la contamination de l’un des époux, certains théologiens considèrent aussi que la solution la plus juste serait l’abstinence au sein du couple.
Adoption d’embryons congelés
Un autre moindre mal, aux yeux du cardinal italien, est celui de l’adoption à fin implantatoire d’embryons congelés, plutôt que leur destruction. Selon lui, «il paraît éthiquement plus significatif de proposer une telle solution qui permette à une vie de s’épanouir plutôt que de la laisser mourir». Il a ainsi mentionné le cas de «couples qui, pour des raisons médicales graves, ne peuvent pas procéder à la fécondation artificielle normale», ou même «les femmes seules qui désirent accomplir une grossesse».
La question de l’adoption d’embryons fait également l’objet de débats chez les théologiens en lien avec la Congrégation pour la doctrine de la foi. Elle devrait aussi faire l’objet d’un document. Cependant, les avis sont là aussi partagés. Certains, comme Mgr Rino Fisichella, recteur de l’université du Latran, sont favorables à l’implantation d’embryons congelés par des femmes se portant volontaires, d’autres considérent plus logique et plus juste qu’ils meurent de leur mort naturelle après quelques années.
A propos de la recherche sur les embryons, le cardinal Martini s’est en revanche félicité que «l’on ne retienne plus comme nécessaire de créer des embryons ayant pour but de produire des cellules souches» car «des méthodes alternatives qui ne posent pas de problème de conscience ont été élaborées».
Empêcher les avortements clandestins
«Il faut un grand respect et une grande réserve sur tout ce qui, de quelque manière que ce soit, manipule la vie ou pourrait l’instrumentaliser» a cependant prévenu le cardinal Martini avant d’affirmer qu’il faut «faire tout ce qui est possible et raisonnable pour défendre et sauver chaque vie humaine». Mais ce qui compte surtout, selon lui, c’est de «soutenir toujours et partout la dignité de la personne». Ainsi, le cardinal Martini a déclaré que, «dans le cas des avortements clandestins», il est «somme toute positif que la loi (en faveur de l’avortement, ndlr) ait contribué à les réduire et tende à les éliminer», notant qu’il est «difficile qu’un Etat moderne n’intervienne pas au moins pour empêcher une situation sauvage et arbitraire». Il a en revanche souligné qu’il ne s’agissait pas d’un «droit de tuer» et que l’Etat devait s’efforcer de «diminuer les avortements et de les empêcher par tous les moyens».
Le cardinal Martini a rappelé le «devoir de formation» de l’Eglise catholique qui doit aider à «discerner le bien du mal en toutes occasions», soulignant que «de nombreuses interdictions et ’non’ ne serviront à rien, (.) même si, parfois, il faudra savoir les prononcer». Il a aussi souligné que dans «les zones de frontières ou zones grises» qui existent dans le progrès de la science et de la technique, dans lesquelles «il n’est pas de suite évident de voir où se situe le véritable bien de l’homme et de la femme», il convenait de «s’abstenir avant tout de juger trop vite et de discuter sereinement».
Le haut prélat s’est exprimé, tout comme l’Eglise, en faveur du don d’organes, souhaitant que «la conscience collective grandisse» en la matière. Enfin, il n’a pas souhaité «approuver» ni «condamner» ceux qui ont recours à l’euthanasie de personnes gravement malades.
Préservatif «légitime» dans certains cas
En janvier 2005, alors théologien de la maison pontificale, le cardinal suisse Georges Cottier avait déjà estimé que l’utilisation du préservatif dans le cadre de la lutte contre le Sida pouvait être «légitime» dans certains cas et certaines limites très strictes. Récemment interrogé par un quotidien belge, le cardinal Godfried Danneels s’est aussi exprimé en faveur du préservatif dans le cas où la vie de l’un des partenaires serait en danger. L’archevêque de Malines-Bruxelles a aussi considéré légitime que la société définisse des lois différentes de celles de l’Eglise, dans les domaines de l’union homosexuelle, de la prostitution ou de la contraception. (apic/imedia/ami/ar/bb)
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