Gruyère: L’assainissement de la Chartreuse de la Valsainte a commencé
Jacques Berset, agence Apic
Fribourg/Cerniat, 27 avril 2006 (Apic) Le visiteur arrivant à la Chartreuse de la Valsainte, en Gruyère, est d’emblée surpris par une vision inhabituelle. Ce joyau du patrimoine architectural semble avoir été bombardé: toute une rangée de «cellules» ont déjà été «déconstruites» et sur place il ne reste qu’un long tas de gravats. Seuls des murs à mi-hauteur subsistent, laissant apercevoir la prochaine rangée de cellules, qui vont être conservées.
Dans la tradition de l’ordre fondé par saint Bruno il y a neuf siècles, ces cellules sont en fait de petites maisonnettes contiguës de 4 pièces avec un jardin entouré de murs où le chartreux, quasiment un moine ermite vivant en collectivité, passe la plupart de son temps.
Ces premières cellules ont été en fait démolies, car minées par l’eau qui s’est accumulée sous les murs de la seule chartreuse en activité en Suisse, et dont les origines remontent à 1295. Mais qu’on se rassure, ce ne sont que celles qui furent rajoutées en 1902, lorsqu’il fallut agrandir le monastère qui devait accueillir les moines fuyant la sécularisation en France, qui allait aboutir à la Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat.
14 cellules sur les 36 que compte cet important monument historique ont été démolies. Il en reste donc 22, dont 12 remontant à la partie la plus ancienne des bâtiments (1864), 7 construites à la fin du 19e siècle, et 3 datant de 1902.
Suffisamment en tous cas pour les 28 moines, dont 13 Pères qui vivent en cellule, les Frères actifs dans les travaux de la maison vivant dans des chambres.
Réalisées en partie sur des remblais, qui se sont peu à peu saturés d’eau, ces 14 cellules – de toute façon inoccupées – étaient destinées à s’effondrer à brève échéance, le cri d’alarme ayant été lancé il y a six ans par l’effondrement d’un mur de clôture. Casque de chantier sur la tête, perché sur une épaisse couche de gravats et de pierres – résultat de la «déconstruction» de 14 cellules datant du début du XXe siècle – Bernard Muller, ingénieur civil dans la localité voisine de Bulle, explique les caractéristiques techniques du chantier.
Les cellules cartusiennes se transformaient peu à peu en véritables baignoires
Les «cellules» cartusiennes, avec leur jardin entouré de hauts murs, s’étaient peu à peu transformées en véritables baignoires. Les canaux de pierre destinés à l’évacuation des eaux de pluie s’étaient en effet peu à peu disjoints et ne remplissaient plus leur fonction, alors que les toits ne sont pas équipés de chéneaux et de gouttières.
Appelé par les moines pour analyser l’effondrement du mur il y a 6 ans, Bernard Muller a tout de suite voulu en savoir plus sur l’état du bâtiment, en faisant notamment appel à un géologue. Et c’est peu à peu – les analyses aidant – qu’on a découvert l’ampleur du mal, les dégâts causé par l’accumulation des eaux de pluie et des eaux souterraines prenant des proportions alarmantes et exponentielles, menaçant à terme une bonne partie des bâtiments.
Il manque encore deux millions de francs pour la restauration
Les études pointues menées par les spécialistes ces dernières années – dont les investigations des spécialistes de l’EPFL sous la direction du prof. Laurent Vuillet montrant le très mauvais état du sous-sol du site – ont conduit à une conclusion difficile: face à l’impossibilité de conserver l’ensemble du site, il fallait «déconstruire» une partie des bâtiments.
D’entente avec l’Office fédéral de la culture et le Service des biens culturels du canton de Fribourg – la Valsainte est en effet un bien culturel suisse de première catégorie! – la communauté des Chartreux a décidé de sacrifier la rangée Sud des cellules, avant de procéder à un assainissement approfondi du sous-sol.
Les travaux devraient durer jusqu’en été 2008, pour un coût estimé à 7,5 millions de francs, dont le 55% est pris en charge par la Confédération et le canton de Fribourg, et deux millions sont encore à trouver. «Si on avait voulu tout conserver, il fallait compter près du double, et c’était impossible», lâche Bernard Muller. D’autant plus que ces cellules avaient été construites dans l’urgence – alors que les chartreux quittaient la France – et avec la technologie de l’époque, note pour sa part Jean-Luc Moner-Banet, président de l’Association pour la conservation de la chartreuse de la Valsainte.
C’est cette association regroupant une poignée de volontaires et de bénévoles, en étroite collaboration avec les moines – ce sont eux qui gardent la haute main sur le projet – , qui récolte les fonds. Elle va sonner aux portes des entreprises, institutions et autres fondations susceptibles d’aider à financer les travaux. Sans d’ailleurs qu’elles puissent en tirer un quelconque profit promotionnel, par respect pour les constitutions des chartreux.
Garder une trace des cellules détruites pour les générations futures
Dans le but de garder une trace des bâtiments détruits pour les générations futures – d’ailleurs une exigence des Biens culturels! – un architecte paysagiste a développé un projet finalement simple: les murs seront détruits à 10 cm au-dessous de la surface du sol, ce qui aura pour conséquence que l’herbe poussera à une hauteur différente, marquant ainsi les surfaces. Un arbre sera également planté sur l’emplacement de la cellule «déconstruite».
En attendant, pour consolider les murs restants, on a commencé à injecter du ciment sous-pression, avant de procéder au drainage de tout le monastère, sur une surface de près de 40’000 m2 (plus de 4 km de collecteurs d’eau claire à réaliser et 1,3 km pour les eaux usées), pour évacuer toute l’eau qui s’est accumulée au cours du temps et menace la stabilité des édifices restants.
«Si nous n’évacuons pas cette eau, lance Jean-Luc Moner-Banet, tout va disparaître à terme.» Quand les travaux seront finis, qu’une partie du mur d’enceinte sera reconstruite plus ou moins sur d’anciennes fondations, et que les traces du chantier seront définitivement effacées, la chartreuse retrouvera peu ou prou ses dimensions et sa beauté du 19e siècle. JB
Encadré
L’Ordre des chartreux: près de 450 moines et moniales sur trois continents
L’Ordre des chartreux a été fondé par saint Bruno en 1084 et comprend une branche masculine et une branche féminine. Actuellement, l’Ordre se compose de quelque 450 moines et moniales qui mènent une vie solitaire au coeur de l’Eglise. Il comporte 24 maisons sur trois continents, toutes dédiées exclusivement à la vie contemplative.
Les chartreux consacrent entièrement leur vie à la prière et à la recherche de Dieu dans le secret du coeur. Ils intercèdent pour l’Eglise et pour le salut du monde entier. Leur vie s’équilibre autour de trois axes: le silence, la solitude, la garde de la cellule;la prière commune à l’Eglise, trois fois par jour, ainsi que quelques rencontres fraternelles; une liturgie propre, adaptée à leur style de vie et leur petit nombre.
La solitude des chartreux implique la séparation du monde, réalisée par la clôture. Cela se traduit, entre autres, par le renoncement à tout accueil et à tout apostolat extérieur; très peu de contacts directs avec les médias; des visites limitées à la plus proche famille, une ou deux fois par an; une sortie communautaire toutes les semaines pour une bonne promenade. JB
Les illustrations de cet article peuvent être commandées auprès de l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 CP 253 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch, www.ciric.ch (apic/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/gruyere-l-assainissement-de-la-chartreuse-de-la-valsainte-a-commence/