Vaud: Pèlerinage du Conseil des Eglises chrétiennes en Terre sainte
Déo Negamiyimana, pour l’Apic
Lausanne, 28 avril 2006 (Apic) Une délégation du Conseil oecuménique des églises chrétiennes du canton de Vaud se rendra en pèlerinage lundi 1er mai au Proche-Orient. Le voyage permettra aux participants de témoigner de leur solidarité avec les chrétiens de la région. L’occasion également de demander pardon pour la responsabilité des Eglises chrétiennes de l’Occident impliquées dans la division et la souffrance dans lesquelles se trouvent Israéliens et Palestiniens.
Le Conseil des églises chrétiennes du Canton de Vaud débute lundi un pèlerinage à Jérusalem, Bethléem et Nazareth. Le voyage s’inscrit dans la suite de la visite du Père Shoufani, de Nazareth, à Lausanne en septembre 2004. Celui-ci avait émis un vif souhait de voir les Eglises chrétiennes vaudoises partir en Terre sainte en signe de solidarité avec les chrétiens arabes et israéliens. Quatre réformés, quatre orthodoxes, deux catholiques romains, deux évangéliques et un catholique représenteront les différentes Eglises.
Eu égard à la complexité des problèmes que connaît la Terre sainte, le Conseil des Eglises a fait appel à deux fins connaisseurs de la région, à savoir le jésuite et bibliste suisse Jean-Bernard Livio et le Palestinien luthérien Rifaat Kassis. Tous deux ont récemment rencontré les futurs pèlerins pour présenter les grandes lignes et les enjeux de ce voyage.
D’après le Palestinien, les bonnes initiatives des chrétiens ordinaires sur place ne doivent pas camoufler les grandes divergences entre les Eglises chrétiennes, dont les membres ne représentent que 1 à 2% des populations israélienne et palestinienne. « Tout a commencé avec les premiers missionnaires qui entretenaient une complicité spirituellement incorrecte avec les pouvoirs coloniaux. En Palestine par exemple, l’évangélisation a démarré alors que personne ne voulait respecter les us et coutumes locales. Même faux pas de la part des puissances colonisatrices de la région sans scrupules par rapport à l’organisation politico-administrative locale. Elles sont entrées dans la région et ont commencé à l’administrer sans tenir compte des traditions locales », soutient Rifaat Kassis. Ce qui a abouti à l’échec total, déplore le luthérien, qui regrette que les colonisateurs ont en grande partie contribué aux violences qui sévissent actuellement dans la région. Les Eglises chrétiennes du canton de Vaud, déjà sensibles à ce passé peu glorieux, ont choisi de demander pardon aux chrétiens de Terre sainte dans un message qu’ils vont leur adresser.
Mettre sa sécurité dogmatique à part pour se libérer
Le jésuite Jean-Bernard Livio recommande de faire preuve de dépossession doctrinale chaque fois qu’on prend la route pour le Proche-Orient. « La vie y est plus forte que les structures doctrinales. 90% des familles chrétiennes sont oecuméniques. Il n’est pas rare que dans une même famille, on trouve trois confessions, voire plus », indique le bibliste. Cela ne cause presque jamais de problèmes aux familles, mais à des curés. Certains d’entre eux refusent un enterrement, arguant qu’untel a quitté la religion catholique. « Le problème est que ces curés pensent encore que si on est baptisé catholique, on doit mourir catholique », commente Rifaat Kassis. « Pareille réaction a toujours été dramatique pour moi », regrette le Père Livio.
« Je n’ose même plus poser mon sac par terre »
Dans ce monde dur, le risque est grand de se sentir agressé sans avoir mis les pieds au Proche-Orient sous l’effet de l’actualité des médias. « Ne pensez pas que seuls les chrétiens souffrent. La situation est dure pour tout le monde. La guerre a tout perverti. Je n’ose même plus poser mon sac par terre parce qu’il y en a qui courent tout de suite pour me demander: C’est à vous ça? Cette question en cache une autre. On veut s’assurer qu’il n’y a pas de bombe là-dedans », explique Jean-Bernard Livio.
A la délégation qui part au Proche-Orient, le bibliste conseille une attitude à adopter une fois qu’elle veut faire des dons. « Je sais que nous venons d’un pays riche. Ne participez pas à la corruption des gens transformés des siècles durant en assistés. Sur la route, ne donnez pas d’argent parce que quelqu’un vous a fait un sourire ou qu’il a accepté que vous lui preniez une photo », recommande-t-il. A ceux qui seront pris par l’envie de donner, Jean-Bernard Livio estime que les dons sont à faire aux organisations sociales et caritatives présentes sur le terrain. » N’aidez pas les gens à pleurer. A ceux qui vous montrent toute la peine du monde qu’ils ont à vivre dans ce pays, ne faites que rigoler avec eux. A ce moment, ils vont eux aussi commencer à rigoler et vous pourrez parler dès lors des choses sérieuses », conclut le religieux. (apic/dng/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/vaud-pelerinage-du-conseil-des-eglises-chretiennes-en-terre-sainte/