Fribourg: L’oeuvre d’entraide des travailleurs «Brücke – Le Pont» fête ses 50 ans le 6 mai

«Travail en dignité» – Un pont du Sud vers le Nord

Jacques Berset, agence Apic

Fribourg, 3 mai 2006 (Apic) Un milliard de personnes dans le monde survivent avec moins d’un dollar par jour et font face à une pauvreté extrême. Dans cette période de globalisation, où la Suisse fait partie du «village global», la solidarité est plus que jamais à l’ordre du jour, a lancé mercredi à Fribourg le conseiller national fribourgeois Hugo Fasel, président de «Brücke – Le Pont».

Ce samedi, l’oeuvre d’entraide «Brücke – Le Pont», parrainée par le mouvement des travailleurs catholiques KAB et Travail.Suisse, fêtera son demi-siècle d’existence à l’Aula de l’Université de Fribourg. L’occasion pour montrer aux travailleurs et au public suisses que l’on a tout intérêt à se solidariser avec les travailleurs exploités des pays du Sud, «car l’exploitation qu’ils subissent n’a plus rien à voir avec la concurrence.», a souligné H. Fasel. Notre propre sécurité passe par la solidarité

Le politicien chrétien social, qui préside la Commission consultative de la coopération internationale au développement – qui a pour tâche principale de conseiller les autorités fédérales ainsi que la Direction du développement et de la coopération (DDC) et le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) – estime que cette lutte n’est pas sans écho. Malgré les tentatives parlementaires de couper dans l’aide au développement, au nom d’une idéologie d’économies à court terme.

«Notre point de vue a gagné un certain respect de la part de la Confédération. La coopération avec le Sud est une forme de prévention et un investissement pour notre propre sécurité, lance-t-il. Il ne faut pas hésiter à dire que la pauvreté est souvent à la base de la terreur et du fondamentalisme, car trop de gens sans avenir n’ont plus rien à perdre!» Et le conseiller national de dire à tous ceux qui seraient tentés par l’individualisme que la coopération au développement est effectivement un investissement pour la Suisse.

A l’évidence, poursuit Hugo Fasel, on constate également avec la grippe aviaire que les maladies ne s’arrêtent pas aux frontières, que la dégradation de l’environnement est un problème qui concerne tous les continents, tandis que la globalisation a déjà coûté des milliers d’emplois en Suisse. En fait, insiste-t-il, il est aussi dans l’intérêt bien compris des travailleurs en Suisse que l’on soit solidaires des travailleurs du Sud, pour qu’ils puissent avoir un «travail dans la dignité», pour paraphraser le titre des programmes que «Brücke – Le Pont» soutient en Bolivie, au Brésil, au Nicaragua, au Salvador, au Bénin et au Togo.

«Le fait de soutenir les populations du Sud contribue à assurer nos propres emplois. Les emplois en Suisse ne seront jamais compétitifs par rapport à ceux qui sont caractérisés par la pratique de l’exploitation; de plus le développement dans le Sud crée des emplois également chez nous. En effet, si les salaires augmentent dans les pays du Sud, ces derniers connaîtront un vaste développement, ce qui aura pour conséquence de donner à notre économie une chance d’exporter des biens d’investissements, des machines et des services..», insiste-t-il.

L’imposition du modèle néo-libéral est désastreux

Invitée à Fribourg pour les 50 ans de «Brücke – Le Pont», la militante salvadorienne Marina Ríos confirme les propos du syndicaliste H. Fasel. Soutenue par l’organisation suisse, elle défend au sein du mouvement de femmes «Las Mélidas» les droits des travailleuses des «maquilas», ces usines de sous-traitance actives essentiellement dans le secteur textile.

Au nombre de 264 au Salvador, ces entreprises occupent près de 90’000 personnes et travaillent en sous-traitance pour des marques prestigieuses comme Puma, Nike, Adidas, Reebok, Gap et Tommy Hilfiger. Le travail dans ces «maquilas» – où les droits sociaux et syndicaux les plus minimes sont souvent foulés aux pieds – n’est certes pas la solution, admet-elle, mais c’est le seul travail que trouvent les femmes, contraintes très souvent d’élever seules leur progéniture.

Le modèle néo-libéral imposé par les Etats-Unis, relayé sur place par le parti ARENA (Alliance républicaine nationaliste) au pouvoir depuis 17 ans, est désastreux pour le Salvador: ses 2,5 millions d’émigrés aux Etats-Unis (dont une grande partie de clandestins) font littéralement vivre ce petit pays d’Amérique centrale deux fois plus petit que la Suisse et peuplé de 6,8 millions d’habitants. La pauvreté frappe le 43% de la population et la pauvreté extrême le 18%, tandis que 14% de la population souffre de malnutrition.

Marina Rios relève que les emplois dans ce secteur sont très instables, «flexibles» à souhait, avec des contrats «à l’heure» ou à la demi-journée. «Les travailleurs y perdent tous les droits sociaux, jusqu’à leur dignité.» Grâce à l’aide de «Brücke – Le Pont», son organisation a pu fournir une assistance légale à plus de 1’300 femmes par année.

Au Togo, la chute des revenus du café est catastrophique

Autre point d’intervention de «Brücke – Le Pont», les projets de Danyi-Apéyémé, dans la Région des Plateaux, au Togo. Cette zone vivait «relativement bien» de la culture du café: il y a dix ans, ce produit se vendait à l’équivalent de 2,5 francs suisses le kilo. «Aujourd’hui, c’est quatre fois moins», lance Komlan Adanlessossi, ingénieur agronome et coordonnateur du Centre pour l’Ecologie et le Développement CED. Invité en Suisse, il souligne que les familles ont été confrontées à une chute énorme de leurs revenus.

Le CED appuie les villageoises et villageois qui testent de nouvelles activités génératrices de revenus, notamment la production et transformation du soja, un produit jusque-là inconnu dans cette région d’Afrique de l’Ouest. Le Centre soutient également des paysans engagés dans le maraîchage et la culture d’un champignon comestible très apprécié dans la région. En aidant à améliorer l’image des femmes – qui gagnent en respectabilité et en participation dans la société traditionnelle grâce à l’amélioration de leurs revenus -, le CED contribue à changer les relations sociales. «Les femmes sont de plus en plus sollicitées pour des prises de décisions. Elles sont davantage aidées dans les travaux ménagers par leurs maris», témoigne Komlan Adanlessossi.

La flamme des débuts est toujours vivante

Alors que «Brücke – Le Pont» s’apprête à fêter son demi-siècle d’existence, sa directrice Dorothée Guggisberg, qui dirige depuis 2004 le secrétariat situé à la Rue St-Pierre 12 à Fribourg, relève que la flamme des débuts est toujours vivante: celle de la solidarité des travailleurs en Suisse avec leurs collègues des pays du Sud. Les projets de l’oeuvre d’entraide des syndicats contribuent à ce que les hommes puissent subvenir eux-mêmes à leurs propres besoins, et qu’avec la dignité ainsi retrouvée, ceux qui étaient jusque-là exclus commencent à regagner de l’influence sur la vie politique et sociale de leur milieu.

Pour le développement durable d’un pays, cette démocratisation à la base est indispensable, souligne Dorothée Guggisberg, diplômée en Travail social et ancienne collaboratrice de Caritas Suisse, au bénéfice d’une expérience de terrain dans le domaine de la coopération au développement suite à plusieurs séjours à l’étranger. L’an dernier, «Brücke – Le Pont» a géré des projets pour un montant de 1,3 million de francs, et cette somme devrait se monter à 1,4 million cette année. JB

Des photos et d’autres informations peuvent être obtenues auprès du secrétariat de «Brücke – Le Pont», à la Rue St-Pierre 12, 1700 Fribourg, 026 425 51 51, www.bruecke-lepont.ch). (apic/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/fribourg-l-oeuvre-d-entraide-des-travailleurs-bruecke-le-pont-fete-ses-50-ans-le-6-mai-1/